‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 399 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CÉPHISE, Ctï.lBOJ{ endormi,

CÉPHISE

Redoublez vos accès, amoureuses atteintes : Je vois l'indigne objet de mes secrètes plaintes. Que d'un prompt changement mes esprits sont touchés ! Céphise , que crains-tu ? tes vainqueurs sont cachés : Un aimable repos tient ses paupières closes; Tu ne verras en lui que des lis et des roses; Il n'offre à tes regards que ses moindres appas. Et ces astres couverts ne t'éblouiront pas. Psyché, le cœur saisi d'une crainte pareille. S'approche quelquefois de l'Amour qui sommeille , Et Vénus, observant ces respects infinis, En faveur du sommeil va baiser Adonis.

En ce ravissement que l'amour et la crainte

En l'esprit d'une fille apportent de contrainte!

Hélas! qu'opposerai-je à ce doux ennemi

Quand il est éveillé, s'il me blesse endormi?

Mais, ô frivoles pleurs! ménageons sa présence

Que je dois au sommeil plus qu'à sa complaisance.

(Elle se met à genoux auprès de lui.)

Voyons avec plaisir ce visage charmant, Si doux et si fatal à mon contentement ; Admirons en repos ces attraits qui m'en privent. Et baisons sans rougir ces mains qui me captivent. , Croissez , saintes ardeurs qui consumez mon cœur : Il est doux de souffrir pour un si beau vainqueur.

'( Elle touche ses clipveux. )

Chers liens des esprits , jadis des mêmes tresses Le roi de la lumière enchaînait ses maîtresses. Votre nombre infini , beaux chaînons déliés , N'égalent pas celui des cœurs que vous liez. Céphise, use du temps, et que ces belles chaînes, Si tes soupirs sont vains , au moins payent tes peines.

(Elle tire des ciseaux d'un étui )

Coupe de ces cheveux , mais si subtilement Que tu n'éveilles pas cet agréable amant. O larcin précieux! ce trésor estimable Est le sujet du crime , et liera le coupable.

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