SCÈNE V
Les mêmes; FILANDRE.
Céphise, que fais-tu?
CÉPHISE
Qui porte ici tes pas?
Tu pourrois réveiller ; attends , n'approche pas.
Tu ne peux contenir ton ardeur apparente;
Et quand je plains mes maux tu fais l'indifférente.
CÉPHISE
Je ne prévoyois pas tes regards indiscrets; Et tous effets d'amour sont beaux s'ils sont secrets. Je ne me cachois pas aux objets de ces plaines; Je ne redoutois point ces fleurs ni ces fontaines; Comme elles ce rocher n'entend, ni voit, ni sent, Et toi seul as connu ce larcin innocent. Ta vue eût diverti cette jeune licence ; Mais c'est à Célidor une légère offense.
Ses cheveux lui sont chers.
CÉPHISE
Mon cœur m'est cher aussi, Et l'ingrat me l'a pris. Mais tirons-nous d'ici, Et viens sous -ce feuillage en quatre mots apprendre Ce que j'ai fait tantôt en faveur de Filandre.
En ce même entretien tu sauras à ton tour Avec combien d'ardeur j'ai servi ton amour.
(Us s'en vont dans le bois.)
cÉLiDOR, endormi.
O merveille adorable aux yeux de tout le monde , Nérée, arrête ici ta course vagabonde; Vois la sueur épaisse et les ruisseaux de pleurs Dont j'arrose tes pas imprimés sur ces fleurs. Elle fuit, l'inliumaine , et sa vitesse extrême Egale en ces déserts celle du foudre même. Hélas! je ne vois plus cet objet précieux ; Ses détours infinis l'ont ravie à mes yeux.
(Il se soulève. )
Cours, malheureux amant, emploie ici ta peine, Et perds en la servant la vie après l'haleine.
(Il s'e'veille. )
Que vois-je, que poursuis-je, insensé que je suis?
O réveil importun ! ô clarté que je fuis ,
Porte ailleurs tes rayons; laisse au feu du tonnerre
Le soin d'illuminer cet endroit de la terre.
Ma mort sera, le prix du jour qu'il donnera,
Et mes jours achevés, ton astre éclairera.
( Il se lève. )
Enfin que résoudra ma douteuse pensée
En l'extrême douleur dont mon âme est pressée ?
Ferai-je à cette ingrate et perfide beauté
Voir le dernier effet de sa légèreté?
Ma main teinte en mon sang , et ma vue égarée
Me procurera-t-elle un soupir de Nérée?
Ah ! que je trouverois mon destin glorieux
Si, mourant, je tirois des larmes de ses yeux!
Que je préférerois une mort regrettée
A la possession d'une âme rejetée.
D'un rebut de Nérée!