‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 41 sur 442 · AGIS, ALCMÈNE · texte numérisé non relu

AGIS, ALCMÈNE

AGIS

O maison désolée! 6 perte déplorable!

Crédule Déjanire! et Nesse détestable!*

ALCMJÎNE.

Quel tourment viens-tu joindre à mes autres douleurs? Et quel nouveau malheur me demande des pleurs ?

AGIS

Déjanire à nos yeux, malgré notre défense, D'un ruisseau de son sang a lavé son offense.

ALCM^lNE.

Son supplice étoit juste , et mon œil ne peut pas Refuser toutefois des pleurs à son trépas. Puisque tu fus présent à la fin de sa vie, Dis-moi de quelle sorte elle se Test ravie.

AGIS

Quand elle a su par nous l'accident malheureux Qui sur Alcide exerce un mal si rigoureux, Cette femme aussitôt, furieuse, enragée, De cent coups inhumains a sa face outragée; Et ses yeux pleins de feu, vers les astres portés,. Ont grossi d'un torrent de pleurs qu'elle a jetés, a Comment, a-t-elle dit, quand il cesse de vivre, Je résiste aux assauts que la douleur me livre !

Que tarde , malheureuse , un généreux effort , De venger son injure et réparer sa mort? » Là , plus vite qu'un cerf qui court d'un pas agile , Poursuivi des chasseurs , se chercher un asile , Elle s'est retirée aux vallons d'alentour, Non pour se conserver , mais pour perdre le jour. - Nous la suivons en vain, et dès notre venue, Elle avoit le poignard contre sa gorge nue; Luscinde à deux genoux, pleurant, joignant les bras. De loin la conjuroit de ne s'outrager pas; Et j'allois la saisir, lorsque cette cruelle A porté dans son sein la blessure mortelle; Sur les fleurs d'alentour le sang en a jailli, Ses yeux se sont troublés et son teint est pâli; Elle a fini sa vie avec cette parole:

|« Agis, m'a-t-elle dit, un seul point me console; IJ'ai sans intention tramé cet accident , Et mon dessein fut moins criminel qu'imprudent; Par le linge fatal imbu du sang de Nesse J'espérois seulement l'effet de sa promesse, Et croyois que ce sang, mortel à ce héros. Me dût rendre ses vœux sans troubler mon repos.» Là , cette triste reine en mes bras étendue , Par un dernier soupir , a son âme rendue.

ALCMÈNE

J Ainsi, par le pouvoir d'un aveugle destin. Tous les plaisirs du soir sont détruits le matin ; Ainsi de nos grandeurs la fortune se joue. Et sans qu'Alcidc même ait pu clouer sa roue.

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