HERCULE, PHILOCTÈTE, AGIS, ALCMÈNE
HERCULE
Tous remèdes sont vains, et ce feu véhément
Conveitiroit en soi le liquide élément,
Avant qu'il éteignît cette ardeur violente
Qui de ce triste corps fait une ombre parlante:
Donc je ne puis franchir cette sévère loi ,
Ni donner au vainqueur la moitié de l'effroi !
Quel antre si caché, quel endroit, quel asile.
Rend en ce désespoir ma poursuite inutile?
Que déjà de son cœur mon sein n'est le tombeau !
Quel dieu me la refuse et sauve mon bourreau?
ALCMÈNE
Sa main a prévenu votre juste colère.
Et de son imprudence a payé le salaire.
Hélas ! ce feu , mon fils , vous consume le sein
Contre son espérance et contre son dessein;
Jamais telle fureur n'a son âme occupée;
Mais sa crédulité par Nesse fut trompée;
11 lui fit espérer que son sang, qu'elle prit.
Lui rendroit , au besoin , vos vœux et votre esprit ;
Et ce linge, par elle, imbu de cette peste.
Fait d'un dessein d'amour un accident funeste.
HERCULE
Mon père en soit loué, mes travaux ont leur fin; Ce que vous m'apprenez explique mon destin. Un chêne prophétique en la forêt de Cyrre, Par ces mots, à peu près, m'a prédit ce martyre :.|
6o HERCULE MOURANT,
« Appui des dieux et des humains,
» Victorieux Alcide , » Un qui sera mort par tes mains,
» Sera ton homicide. »
Telle est mon aventure et la loi de mon sort : Un vainqueur insolent ne survit point ma mort. Il reste de choisir une fin mémorable, Qui pour tous les neveux laisse un renom durable. Sus , pour aider le feu dont ce sein est pressé , Qu'au plus haut de ce mont un bûcher soit dressé: Que toute la forêt tombe sous vos épées, Qu'à ce pieux devoir elles soient occupées ; Que mes plus cliers amis y portent le flambeau, Et qu'on me voie entrer en cet heureux tombeau! Toi, fidèle témoin des conquêtes d' Alcide, Gloire de la valeur et du sang Paeantide, Reçois ce dernier gage, et te sers à ton tour De ces traits teints du sang qui me prive du jour! Mais , et ressouviens-toi d'accomplir ma prière ; Fais sur le sein d'Arcas leur épreuve première. Il possède le cœur d'une jeune beauté Dont trop indignement le mien fut rebuté ; Que ta main de ces traits sur ma tombe l'immole , ,/ Et qu'il y rende l'âme aux yeux même d'iole.
riN DU QUATRIÈME ACTE.