‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 411 sur 442 · THÉ A NE · texte numérisé non relu

THÉ A NE

Je l'aime, je l'avoue; et ce superbe cœur

Qui vainquit tant d'appas a trouvé son vainqueur.

NÉRÉE

O glorieux effet d'amour et de justice ,

Il n'est point de rigueur que le temps ne bannisse.

Il craignoit ton abord, et, s'il osoit te voir.

Les foudres de tes yeux étouffoient son espoir.

.Famais l'aversion n'a paru si constante

Qu'à combattre en ton cœur les désirs de Tliimante.

Ta rigueur si long-temps l'a traité de refus.

Et tu lui donnes tout quand il n'espère plus.

Il n'attend que la mort, mélancolique, sombre,

Triste, pâle, défait, et déjà moins qu'une ombre :

Mais s'il ne te déplaît , si ton dessein est tel ,

Courons, faisons un dieu de l'ombre d'un mortel.

Seule , irai-je finir sa triste rêverie?

Je reviens de ce pas ; laisse-moi , je te prie.

THÉANE, la retenant.

Non , non , que veux-tu faire ? Eh quoi! ne sais-tu pas..

NÉRÉE

J'ai dessein seulement d'empêcher son trépas. Je ne parlerai point de ta naissante peine; J'arrêterai son âme; et, sans la rendre vaine, Il laissera bientôt le dessein de mourir S'il apprend seulement que tu le peux souffrir.

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