SCÈNE V
THÉANE, NÉRÉE.
THÉANE.
Ah dieux! que ton conseil m'est enfin salutaire!
NÉR]ÉE.
Pour leur fermer la bouche , il ne faut que se taire. Mais sachant quel malheur traverse mon amour, Théane, tu me dois du conseil à ton tour.
THÉANE.
Fuis sans délibérer un ingrat qui t'oublie ;
D'un généreux effort romps le nœud qui vous lie:
Le temps éloignera cet objet odieux
De ton triste penser, s'il est loin de tes yeux.
Le temps et la raison font ces métamorphoses ;
Ils sont maîtres d'Amour, qui l'est de toutes choses.
Mais j'offre du remède au point de mon trépas;
Je donne des avis et je n'en use pas.
NÉRÉE
Comment?
THÉAUfE.
Hélas! il faut que je confesse
Mais te dois-je avouer cette ardeur qui me presse? Que me sert de t'ouvrir les secrets de mon sein , Qu'à me rendre plus lâche et ton frère plus vain?
NÉRÉE
Mon exemple t'oblige à cette confiance ; Théane, l'aimes-tu? Que j'ai d'impatience!