‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 414 sur 442 · ACTE III, SCÈNE VI. 5'j · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. 5'j

CIÎPHISE.

Tu sais que mes douleurs ont gagné sa pitié,

Que son cœur est sensible à ma longue amitié.

11 t'a long-temps servie; et je jure, Nérée,

Que j'ai long-temps aussi ton amour révérée.

IjC respect que j'avols pour tes vœux innocens

M'a fait long-temps cacher les douleurs que je sens:

Je souffrois tes plaisirs aux dépens de ma joie,

Et n'osois demander ce que le ciel m'octroie.

Mais qui vit sans se plaindre au milieu des tourmens ,

Et quel respect enfin ne forcent les amans ?

Je n'osois desservir ton amour si connue;

Mais le désir croissant, la crainte diminue;

Et j'ai fait à l'Amour employer tous ses traits

Pour toucher cet auteur des plaintes que tu fais;

J'ai tenté tous moyens, tant qu'enfin mon adresse

Ou sa facilité m'établit sa maîtresse.

Il feint subtilement et ses sermens sont vains,

Ou je donne des lois au plus beau des humains.

Mais écoute comment j'ai pris ces belles chaînes

A cet aimable auteur de nos communes peines :

J'employai la prière , et son humilité

Lui fit blâmer long-temps ma curiosité.

J^es cheveux , me dit-il , sont des présens des dames

Qui montrent d'agréer le servage des âmes;

Mais on n'a jamais vu qu'une fille ait porté

Ces signes de bassesse et de captivité.

Céphise , dis-je alors , sera donc la première :

Là mon autorité succède à ma prière;

J'approche les ciseaux , et coupe ces cheveux

Que n'osoit m'accorder cet objet de mes vœux.

Rend-les-moi. Que fais-tu?

wÉRÉE , rompant les cheveux.

Ce qu'en ma juste rage 3e ferois de bon cœur si j'avois ce volage.

CÉPHISE

O dieux!

NÉRÉE

J'oblige encor cet infidèle amant Par des signes honteux de mon ressentiment : Le sujet de sa gloire est joint à son supplice, Et c'est l'avoir aimé que de punir son vice.

CÉPHISE

Fais ce qui te plaira ; mais que ta passion Exerce à mes dépens ton indiscrétion , Notre seule amitié rend ce mal supportable , Et d'autres t'en feroient une peine équitable.

NÉRÉE

T'imputé-je les maux dont mes jours sont suivis,

Et t'ai-je reproché ce que tu me ravis ?

Tu poursuis Célidor, et, perdant sa franchise.

Je ne t'accuse pas toutefois de sa prise :

Aime ce beau vainqueur, tout coupable qu'il est.

Dieux! qu'il est malaisé d'oublier ce qui plaît!

THÉANE.

Donc pour Céphise on quitte et Théane et Nérée ; Celle qui la fut moins est la plus honorée. Peut-être ton malheur avoit charmé les yeux Quand tu ne plaisois pas aux amans de ces lieux : Mais aujourd'hui tout cède à tes grâces divines ; Tu peux tout maintenant , riche de nos ruines. Thimante t'a-t-il fait agréer son souci,

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