‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 57 sur 442 · FILANDRE, ORANTE · texte numérisé non relu

FILANDRE, ORANTE

Qu'on voit changer souvent

L'état de notre vie!

Toujours de quelque vent

Sa bonace est suivie, Et l'on voit rarement le soir et le matin Dépendre d'un même destin.

Je suis heureux un jour.

L'autre je suis en peine;

J'ai donné de l'amour,

Je donne de la haine.

Florante m'adoroit, je l'adorois aussi;

Mais j'aime, et l'on me hait ici.

Doux ennuis toutefois, et bienheureuse haine, Si je touche à la fin le cœur de Célimène! La peine et les efforts de l'acquisition Sont un doux souvenir en la possession.

88 LA CÉLIMENE,

ORANTE, V abordant.

Qui te rend si pensif?

Un ingrate maîtresse.

ORANTE

Étouffe tes soupirs et bannis ta tristesse : Tout succède à tes vœux.

O dieux! qu'ai-je entendu?

ORANTE

Et l'on veut t'accorder le bonheur qui t'est dû. Ta maîtresse aujourd'hui favorise ta flamme.

Que j'ai d'iinpatience! avez-vous vu ma dame?

ORANTE

Oui , j'ai vu plus encore.

Et quoi?

ORANTE. '

Certains écrits Qu'elle tenoit bien chers, et qui m'ont tout appris. O le charmant esprit que celui de Filandre ! Qui ne lui céderoit? qui pourroit s'en défendre ? Combien cette beauté montre de jugement En l'acquisition d'un si parfait amant!

Epargnez mes ennuis , heureuse et sage Orante ; Je suis trop assuré de sa haine apparente : Elle rit de mes vœux, la superbe qu'elle est, Et son propre mérite est tout ce qui lui plaît.

Page 1