‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 6 sur 442 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

HERCULE

Poissant moteur des cieux, ferme appui de la terre,

Seul être souverain, seul maître du tonnerre,

Goûte enfin, roi des dieux, le doux fruit de mes faits,

Qui par tout l'univers t'ont établi la paix;

J'ai d'entre tes sujets la trahison bannie;

J'ai des rois arrogans puni la tyrannie.

Et rendu ton renom si puissant et si beau ,

Que le foudre en tes mains n'est plus qu'un vain fardeau. J

Des objets de ton bras le mien est l'homicide,

Et tu n'as rien à faire après les faits d'Alcide;/

Tu n'as plus à tonner; et le ciel toutefois

M'est encore interdit après tous ces exploits./

Parois-je encore un fils indigne de mon père?

Junon n'a-t-elle pas assouvi sa colère?

N'a-t-elle point assez, par son aversion,

Fait paroître ma force et mou extraction?

j4 hercule mourant,

N'ai-je pas sous mes lois asservi les deux pôles? Et celui dont le ciel charge tant les épaules, Et sur qui ce fardeau repose pour jamais, Ne me peut-il porter avec ce rude faix? Ainsi que mes exploits rends ma gloire parfaite, /jLa Parque t'a remis le soin de ma défaite; Et, de quelques efforts qu'elle attaque mes jours, L'impuissante qu'elle est n'en peut borner le cours. L'air, la terre, la mer, les infernales rives, Laissent enfin ma vie et mes forces oisives ; Et, voyant sans effet leurs monstres abattus. Ces foibles ennemis n'en reproduisent plus. Père de la clarté, grand astre, âme du monde. Quels termes n'a franchis ma course vagabonde! Sur quels bords a-t-on vu tes rayons étalés, Où ces bras triomphans ne se soient signalés ? J'ai porté la terreur plus loin que ta carrière. Plus loin qu'où tes rayons ont porté ta lumière. J'ai forcé des pays que le jour ne voit pas , Et j'ai vu la nature au delà de mes pas. Neptune et ses Tritons ont vu<, d'un œil timide. Promener mes vaisseaux sur leur campagne humide. L'air tremble comme l'onde au seul bruit de mon nom, Et n'ose plus servir la haine de Junon. Mais qu'en vain j'ai purgé le séjour où nous sommes! Je donne aux immortels la peur que j'ôte aux hommes: Ces monstres dont ma main a délivré ces lieux , Profitent de leur mort et s'emparent des cieux. Le soleil voit par eux ses maisons occupées; Sans en être chassés ils les ont usurpées. Ces vaincus, qui m'ont fait si célèbre aux neveux, /Ont au ciel devant moi la place que j'y veux;

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