‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 76 sur 442 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

CÉLIMÈNE, suivie û^'ALIDOR, qui l'entend sans se montrer à elle.

C'en est fait , ma raison est lasse

De tenir contre tant de grâce ; Mon courage est trop faible, il ne me peut aider, Et le dieu des amans m'a tiré la plus forte

De toutes les flèches qu'il porte.

Hé bien. Amour, il faut céder.

ALiDOR, à part.

Dieux! est-ce en ma faveur qu'elle tient ce discouis? Puis-je , après tant de maux , espérer du secours ?

Enfin tôt ou tard ce dieu touche

Et la facile et la farouche:

On peut craindre son mal , on le peut retarder, Mais d'être toujours froide et dans l'indifférence ,

C'est une frivole espérance.

Hé bien , Amour , il faut céder.

ii6 LA CELIMENE.

ALiDOR, à part.

Amant le plus heureux qui soit en l'univers! Ce discours favorable est l'effet de tes vers.

CÉLIMÈWE.

En vain notre cœur prend les armes

Contre d'inévitables charmes, Il se rend à celui qui le doit posséder; Et l'orgueilleux qu'il est blâme après sa défaite

La résistance qu'il a faite.

Hé bien , Amour, il faut céder.

AI.IDOR, àpart.

Enfin le ciel me rit , mes vœux sont approuvés , Et sa main favorable a mes vers achevés.

Toutes nos défaites sont vaines ,

Et tes loix sont si souveraines, Qu'on voit même des dieux forcés de les garder. Il n'est âme si dure et si pleine de glace

Oîi tes flammes ne trouvent place.

Hé bien. Amour , il faut céder ALIDOR , V abordant.

Abordons-la sans crainte. Obligé désormais A vous offrir des vœux si je le fis jamais , Que je baise à genoux cette main favorable Qui vient de relever l'espoir d'un misérable. Donc ces beaux yeux sont las de me voir soupirer? Donc il m'est ordonné de vivre et d'espérer. Et, comme un doux vainqueur conserve sa conquête. Vous aurez diverti la itiort qui m'étoit prête ? Oui, je vis, et j'espère un destin plus humain, Puisqu'il faut obéira cette belle main.

Page 1