‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 93 sur 442 · CÉLIMÈNE, FÉLICIE · texte numérisé non relu

CÉLIMÈNE, FÉLICIE

f:élicie.

Vous ne méprisez plus l'Amour ni son enfance , Je ne vous entends plus défier sa puissance; Vous aimez à rêver ; ce visage est changé: Je m'abuse, ma sœur, ou l'Amour s'est vengé, Et, ne se fiant pas au pouvoir de ses charmes, A fait à Floridan prendre pour lui les armes.

CÉLIMi^lNE.

Je ne vous entends plus estimer vos liens: Lysis n'a plus de part en tous vos entretiens; Votre humeur chaque jour devient plus solitaire : Je m'abuse, ma sœur, ou cette amour s'altère.

i38 LA CÉLIMENE.

L'humeur de Floridan a de certains appas Qui, si vous l'avouez, ne vous déplaisent pas.

FÉLICIE

Il plaît à tout le monde.

Il faut donc qu'il me plaise.

FÉLICIE

Mais ne craignez-\ous plus ce tyran de notre aise, Cet aveugle démon, ce poison des esprits, Dont les fausses douceurs vous étoient à mépris?

CÉLJMÈNE.

Le craignez-vous, ma sœur?

FÉLICIE

J'ai franchi cet orage.

Pour le franchir de même ai-je moins de courage? Dois-je avoir en horreur ce que vous approuvez, Et ne pourrai-je pas tout ce que vous pouvez?

Pourquoi donc mille amans qui vous ont tant aimée N'ont-ils rien profité?

CÉLÏMÈWE.

Vous m'en avez blâmée :

Vous me peigniez l'Amour plein d'appas et d'attraits j Je vous crpis maintenant, et je cède à ses traits.

^ FÉLICIE

En un mot, Floridan a votre âme touchée; Son mérite vous plaît.

En êtes-vous fâchée?

Au moins ce choix est juste, et mon cœur enflammé

Page 1