‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 96 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE VI. i4i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. i4i

Et l'on souhaite plus qu'on ne craint vos visites Depuis qu'on a jugé de vos rares mérites. i

FL0RIDA.N

Madame, épargnez-moi, puisque les complimens

Doivent être bannis d'entre les vrais amans.

Ma seule affection vous est considérable,

Et le moindre mérite est au mien préférable;

Je connois mes défauts; pour me bien estimer,

Avouez seulement que je sais bien aimer.

J'ai peu de vanité; mais au soin de vous plaire

Il faut que tout me cède et que tout me défère;

De quelque insigne amour qu'on ait jamais parlé.

L'ardente passion pour qui Troie a brûlé.

Ces violens transports, ces furieux caprices.

Qui font à tant d'humains mépriser les supplices.

Tout ce qui fait résoudre à d'extrêmes efforts,

Ces aveugles ardeurs qui causent tant de morts ,

Les amours de jadis et toutes les traverses

Qui faisoient prendre aux dieux tant de formes diverses,

Leurs accès les plus forts , leurs feux les plus pressans,

Sont l'ombre seulement des ardeurs que je sens.

Il faut un autre nom à mon amour extrême ,

Et c'est dire trop peu que de dire que j'aime.

Vous promettez beaucoup.

FLORIDAN

Je fais encore plus :

Mais tenez pour suspects ces propos superflus ; Doutez si je vous aime, et m'ordonnez, madame, De prouver à vos yeux cette immortelle flamme , Quel effet de valeur vous en peut assurer? Baiserai-je vos pas? vous faut-il adorer?

M'ouvrirai-je le sein? savez-vous quelque signe Qui prouvât mieux encor ma passion insigne ? J'attesterois en vain les hommes et les dieux . Je ne désire point de témoins que vos yeux.

Je crois que vous m'aimez , et sans ingratitude Je ne puis plus douter de votre inquiétude ; Mais vous ne souffrez rien que je ne souffre aussi ; Je sens la même ardeur et le même souci ; D'autres n'ont plus pour moi qu'un dessein inutile , Et vous étouffez seul l'espérance de mille.

FLORIDAN

Puis-je, 6 rare beauté, sans indiscrétion, Demander une preuve à votre affection ? Depuis que j'ai conçu l'amour que je vous voue , Je n'ai pas eu l'honneur d'approcher cette joue ; Vous m'avez refusé les moindres privautés : Comment donc traitez-vous ceux que vous rejetez?

Tu prises des baisers, des regards, des paroles; Mon cœur, tu fais état de faveurs si frivoles! Préfère à leurs appas des plaisirs infinis , Et tendons au bonheur d'être à jamais unis.

FLORIDAN

Ma tante m'a promis d'obtenir de mon père L'aveu dont j'ai besoin pour cette heureuse affaire : J'ai pourvu là-dessus; accordez seulement Ces premières faveurs à l'ardeur d'un amant. Baisant de cette main la blancheur sans seconde , Ce seul plai&ir me rend le plus heureux du monde.

(Il lui baise la main.)

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