PRÉ,VMBIILE DU DEUXIEME ESSAI
fraicnl tant d'oulragcs avec Unt de patience; elle tremblait au milieu de son mépris, et craignait que , celte patience une fois à bout , le réveil des opprimés ne fût terrible.
Au sein de la minwrité se trouvaient tous les faiseurs ou commentateurs de lois. Kflrayés d'entendre retentir à leurs oreilles ce mot rat* son, qui leur semblait groi de révolution et de liberté f ils jetèrent à pleines mains, dans leurs codes, les supplices, les tortures et la mort, avec toutes les variations et sous toutes les formes imaginables. De là toutes ces horreurs inventées pour satisfaire les vengeances et apaiser les lerreursd’une minoritr hors d'clle-mémc : donjons, chaînes, piloris, bagnes, prisons, gibets, lacets, échafauds. De là ces arsenaux remplis d’armes ; de là ce soin cl celte inquiétude à entasser des milliers de sabres et de mousquets pour une future défense. De là ces exécutions soldatesques, qui soutiennent et quelquefois épargnent les travaux judiciaires. De là celte infatigable haine pour la liberté de la presse. De là ces associations en faveur des institutions anciennes contre la liberté et le bien des peuples.
Voulez-vous comparer les effets et les actes du gouvernement dirigé d'après le vœu de la mtaorifé gouvernante , avec les effets et les actes de celui que régissent les désirs de la majorité gouvernée : jetez les yeux sur l’Amérique, sur son état passé, sur son état présent, sur ses efforts , sur ses combats , sur sa puissance.
Le prétendu 6on ordre eiH prévalu ou Amérique? Quel eût été le sort de ce pays? Quel spectacle ciit-il offert? Des hommes torturés , des entrailles arrachées, des cadavres sur la roue, des haches sanglantes, des squelettes suspendus aux portes des villes; les créanciers frustrés dans leurs droits; l'indigence imposée aux parents , aux femmes , aux veuves des prétendus coupables; les malheureux jetés en prison, par groupes, par bandes, par multitudes; des juges nommés par le gouvernement et passés à la titicrc dSinc servitude complète ; des populations entières sacrifiées; la vengeance, faute de pouvoir s'assouvir sur les prétendus coupables, se jetant sur les malheureux qui avaient le moins participé à la prétendue sédition, et profilant, pour satisfaire son horrible
besoin , du sang des hommes, de la vaste puissance, de la faculté de tout saisir, de tout frapper, de tout sacrifier, qui lui fut donnée par la mmorifé gouvernante.
Il n'en fut pas ainsi. I>a majorité gouvernée triomphe. Examinons un peu sa conduite, avant, pendant et après son triomphe. A ces horreurs conlinuellcmeul suspendues au-dessus de sa lélc, à ces épouvantables menaces , qu’opposa-1-elle? Avant de tirer le glaive, une résistance morale. Elle organisa sa force d'opposition avec autant de modération que d'énergie. lin patriote, que les Anglais appelaient, dans leur impudente phrase , un juge de sang rorrompii, était égorgé par eux. Un juge perfide, découvert par les Américains, ne recevait, comme pnnition de la part de ces hommes devenus libre.s , qu’un enduit de cire appliqué sur ses membres nus, et couvert de plumes de couleurs diverses. A celte humiliation du juge emplumé, à cette souffrance mentale , à celte dérision de la loi , ajoutaient-ils quelque souffrance phy.siquo et réelle? Non. Ils étaient trop forts pour être cruels ; et ils .se vengeaient de leurs oppresseurs par le dédain. Ils furent vainqueurs. Quelle fut leur conduite? Voycz-les à York Town , à Saraloga. A leurs pieds étaient les vaincus. Les IraitèmU-ils comme des robeUes , comme des traîtres? Non ; mais comme des ennemis, comme des malheureux; comme des guerriers infortunés, des victimes du sort des armes, des hommes dignes de tout respect; comme les Français traitent le prisonnier allemand, comme les Allemands traitent le prisonnier français. Tournez vos regards vers un autre pays. Si vous voulez savoir de quelle manière les gouvernants se conduisent dans leur périodcasccndanle, la malheureuse Irlande vous en offre un exemple remarquable. Voyez , dans cette malheureuse contrée, une vaste majorité devenir l’objet d'une oppression invétérée et d'un despotisme légalisé ; tout un peuple être victime d'un système profondément étudié de despotisme inexorable, continuel, séculaire.
Cependant une occasion se présente. Longtemps enchaînés parleurs voisins, les citoyens se lèvent et courent aux armes. I.æs circonstances les favorisent!
l/heiireiise faiblesse des oppresseurs milite
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PRÉAMBULE l)U DEUXIÈME ESSAI.
Cil leur faveur. La guerre d'Amérique occupe leurs lyraiis. Tout les encourage et leur oifre une heureuse perspective. Une confédération libre et paisible unit les intérêts de tous ceux que leur position et leurs sentiments enlralnenl à la défense de la patrie. Ils sontarmés. La vengeance est dans leurs mains.
Eh bien ! ils ne versent pas une goutte de sang, ne frappent pas un seul coup; cl les dévoués de la coiTuplioD , frappés de la seule terreur dece que pouvaient faire de tels adversaires, tombent k genoux aux pieds de l’union patriotique.
Pendant cinq ans et plus (de l’aveu des jour* nalisles et des bisloricns les plus opposés à leurs intérêts) ils sont maîtres absolusdu gou* vernement. Dans ce zénith de leur autorité, quel usage font-ils de ces éternels soutiens de la légitimité anglaise, les échafauds et les supplices? Aucun usage. Us n’emploient pas même la cire et les plumes de l'indépcudancc américaine. La période de leur puissance est le véritable dge d’or de Vhistôirc irlandaise; tout le monde l’avoue; tout le monde le confesse. Lisez la Vie de lord Charlemont, par M. Hardy. € O vous, s’écrie cet auteur whigt, vous qui < riez des associations patriotiques de l’Irlande, ( roontrez-moi , je ne dis pas dans rbisloirode c ce pays, mais dans l’Iiisloire universelle, une « époque où les lois aient été plus géncrale- € ment respectées , les crimes plus rares , les 4 pauvres moins nombreux , et les riches plus € bienfaisants M... Alors, dit il plus loin, les c membres de l’union volontaire veillaient sur c la paix générale avec une piété Gliale et pa- « triolique. La propriété, la tranquillité indivi* 4 duelle et publique, étaient sans crainte sous 4 leur égide. >
Lisez jusqu'aux Observations sur l'administration irlandaise, de lord Sheflleld; lisez même un autre ouvrage, plus tory encore, s'il est possible, l'Hisloired’Adolpbus.Tous, ils avouent que le règne de l’union patriotique fut celu i des lois et des moeurs, et que le triomphe passager de la majorité gouvernée rendit l'âge d’or visible et réel sur la terre.
L’âge de fer devait avoir son tour. L’Angle-
1 P'k de lord Charlemont , p. 197.
terre conclut la paix, paix malheureuse, qui remit le Joug aux mains des tyrans. L'Irlande fut rejetée dans les chaînes. La conspiration de la minorité despotique reprit son ascendant ordinaire. On vit renaître ces horribles scènes de tyrannie , d’impudence, de barbarie. Une trop juste indignation toujours éloulfée, toujours en clTervesccncc , recommença à épouvanter les oppresseurs, etâ fournir de quoi culrcteoir leur cruauté.
Jetez cnGn les yeux sur le Portugal, ('.etlu nation magnanime, régénérée aujourd’hui, vient de jeter loin d'elle le double joug d'un despotisme domestique et d'un despotisme étranger. En se faisant indépendante, elle s’est faite libre. Que l'on songe à l'extrême apathie, à l'cxtréme avilissement des opprimés , à leur silence, à leur patience, à leurtniserc ; que l'on consulte les documents de l'iiisloirc; qu’on lui demande si tant de honte cl de pleurs ont été payés d’une seule vengeance. Elle répondra : Non.
Je m’aperçois que mon sujet m'a entraîné. Ma plume, échauffée par une matière si abondante et si noble, s’est égarée loin des bornes légitimes. Je reviens à Cadix.
G'était le 10 mars 18^0, jour de fête solennelle. Le peuple était assemblé sur la place. Même calme, même conûancc, même foule, même imprévoyance , môme dénùmentde tout moyen de défense qu’à Manchester, quelques mois auparavant. A riusligalion d’un prêtre, non de quelque moine inconnu, non de quelque curé fanatique, mais à l’instigation d'un archevêque, le massacre commence. Une troupe, choisie dans le dernier rebut de l’armée, tombe sur les femmes, sur lesenfants, sur les vieillards, et les égorge. Le sabre, ta hache, joignent leurs coups meurtriers aux foudres que vomissent les armes à feu. On u'épargne personne. Au moins trois cents, d’autres disent quatre à cinq cents hommes sont tués sur la place; mille hommes restent blessés.
Ce triomphe ne dura pas longtemps. La cause du peuple prévalut cnGn. L’autorité de la loi, telle qu'elle existe dans le pays dont nous parlons, finil par être rétablie.
Malheureusement, le but et la Gn de celle loi était, comme sous l’empire de, la constilution