‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 250 sur 329 · QUALITÉS ET DÉFAUTS DES DÉNOMINATIONS · texte numérisé non relu

QUALITÉS ET DÉFAUTS DES DÉNOMINATIONS

S* Elle doit fournir la réponse à cette question : Lü branche d'art et science qu'elle désigne comprend-elle ou ne comprend-elle pas telle autre branche moins étendue?

3* Quant au but systématique , voici une troisième qualité qui se présente comme necessaire dans toute dénomination qui Fait partie d'un arrangement méthodique ou tableau systématique :

La dénomination doit être formée de manière ù exprimer, par sa conjonction avec d'autres, les differents rapports de la branche d’art et science qu'elle désigne avec les autres branches comprises dans le même système ; et cela d’une manière aussi claire, correcte et complète que possible. Ces rapports sont, d'un côté , ridentitc de propriétés, et, d’un autre côté, la diversité de propriétés

Telles sont les conditions que devraient remplir les dénominations de toutes les branches d'art et science. Ce n'est que par le moyen de noms ainsi composés qu’on rendra claire , correcte et complète toute idée qu'on peut avoir formée , conçue, retenue ou communiquée du système entier d'art et science *.

C'est par les éclaircissements réciproques que les dénominations réfléchissent l'une sur l'autre ; c’est par eux seuls que le plus de développement , par rapport au sujet qu’elles présentent, peut être donné dans le plus petit nombre de mots ainsi employés. C'est le moyen de renfermer le plus d'idées possible dans le plus petit espace.

Les défauts dont est susceptible la dénomination correspondent avec les qualités (^'rlle doit posséiler. On peut dire qu'elle a un defaut lorsqu'elle ne possède pas quelqu’une des qualités que j’ai désignées comme requises , et ne peut , par conséquent , s'appliquer avec avantage à quelqu’un des buis ci-dessus mentionnés.

Toute dénomination prise isolément peut pécher parune de ces causes, Vittexpression ou la mésex^ pression.

J'ai déjà fait voir que l'objet d'un nom employé

* Quelque importants que soient cet rapports d’identité et de dlTersIlé de propriétés , et conséquemment de ressemblance et de différence, ce ne sont pas les seuls qu'il serait utile de préseuter. Dans la pratique, une suite de rap|)orU non moins importants sont ceux üe connexion et de dépendance d’une branche d’art et science k une autre, c'est-à-dire ceux qui font voir quel degré de connaissance une personne qui étudie telle ou telle science doit avoir de telle ou telle autre. Un législateur, par exemple, doit avoir une connaissance pins ou moins étendue de presque toutes les branches d'art et science. Mais il est aisé de voir qne les dénominations ne peuvent donner la moindre indication de celte espèce de rapports d’une branche à une autre.

à désigner une branche d’art et science est de donner une idée de la nature , et pour cela du sujet ou de l'objet de cette branche , aussi correcte et complète que le puisse faire un si ])ctU instrument; et cela de manière à donner une réponse vraie et claire , affirmative ou négative , à la question qu'on pourrait clevér si telle autre branche doit ou ne doit pas y être comprise. Lorsque ce nom manque seulement de remplir ces buts , il est simplement pressif. Si, au lieu de pécher seulement en ce qu'il ne donne pas celle idée instructive , il en présente une , à la vérité , mais que cette idée soit étrangère au sujet, et par conséquent, en autant qu'on ta reçoit , erronée et délusivc , dans ce cas il n'est pas seulement inexpressif, mais aussi mésexpressif.

11 est vrai qu'une dénomination , quelque inexpressive ou même mésexpressire qu’elle soiltTabord, finirait , après un long usage, par devenir en quelque sorte expressive. On ne peut nier cette obserraUoa, ni même y opposer de doutes, et c'est pour cela que des noms inexpressifs et même mésexpressif au plus haut degré remplissent souvent, jusqu'à un certain point, les buts que l'on s'est proposés en les employant.

Voici donc un argument qui se présente fort naturellement. Si ce nom mésexpressif représente à celui à (pii il est offert la branche d'art et science à laquelle il est appliqué, quel est rinconvéaient , s’il y en a , de cette mésexpression primitive? Quoique l'idée qu'elle nous a donnée au premier abord fAi erronée, celle qu’elle a transmise à la longue est pourtant correcte ; et , en effet , il serait aisé de fire voir qu'on est parvenu à donner des idées tout aussi correctes par des noms des plus inexpressifs , que par les noms les mieux adaptés aux objets qu'ils désignent.

Quelque plausible que paraisse cette objection , on peut y opposer une réponse aussi claire que décisive et satisfaisante.

En premier lieu , l'argument objecté suppose ua certain temps , plus ou moins long, pendant let|ucl

* On donne d’ordinaire au champ d’art et science le nom d’encyclopédie, dérivé d’n», en, de cercle,

et de ■xdiitldt édueaiion ou imtruelion, c’est-à-dire insfruclion en cercle. On dit aussi cercle des aris et des tciencfs. Mais cette figure d’un cercle n’exprime qu'un espace qui sera toujours borné par la circonférence, ou qui du moins ne pourra être étendu dans une de ses parties sans l'être également dans toutes. Cette Inexactitude dans la figure, jointe au préjugé que l’on a souvent contre le mol encyclopédie, m’a engagé à changer la flgnre d’un cercle en celle d’un champ. Voyex aussi , page 514, d’autres développements sur l’idée qn'on doit avoir de ce champ, et les raisons qui m’ont engagé à dire branches <f art et science, au lien de arts et sciences.

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