‹ Œuvres de Jérémie Bentham, jurisconsulte anglais De l'organisation judiciaire et de la codificationChapitre 261 sur 329 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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sciEXce.

L’auteur de cet Essai ayant, pendant un long cours d’années, et à des occasions très-variées, éprouvé beaucoup d'avantage à se servir de l’arbre raméen, n’a pas voulu terminer cet ouvrage sans otfrir au lecteur quelques idées qui se sont présentées à lut sur ce sujet. Il a établi les règles suivantes, dans le but de donner quelques facilités à celui qui désirerait dresser un pareil arbre sur telle portion que ce soit du champ d’art et science.

I. II faut d’abord se faire une idée claire et complète de ItTnalure de l’objet , ainsi que de l’étendue du sujet de la branche qu’un veut partager.

II. En tant que possible , employez autant de matériaux que vous pourrez vous en procurer. Ces matériaux sont les mots qui existent déjà dans le langage dont vous vous servez , et qui désignent des rapports plus ou moins exacts entre les parties de votre sujet. Notez, l’un après l'autre, en colonnes, par exemple, tous ceux que vous vous rap|>ellerez <rabor4l, en complétant votre liste à mesure que d'autres se présenteront à votre esprit.

III. Lorsque vous aurez assez rassemblé de mots pour commencer votre travail, cherchez, ]»armi le nombre de ceux qui sont entièrement renfermés dans votre sujet, celui dont la signiHcation vous parait la plus étendue. Examinez s’il couvre exactement tout le champ que vous avez choisi pour sujet. Dans ce cas , employez-Ie pour votre tronc principal. Si vous o’en trouvez pas qui remplisse celte condition, faites-en un qui, après un examen soigné, embrasse votre sujet dans toute son étendue *.

IV. Cherchez ensuite deux mots dont la signiflcalion, toujours comprise dans celle du tronc

< Ainsi , dans la taMc générale, le mot existanl, Ontologie doit Décessoircmeat comprendre toutes les sciences,

principal, soit en même temps la plus étendue. Appliqiiez-leur la formule contradictoire , afin de vous assurer que, réunis, ils répondent exactement au tronc. Dans ce cas. Ms partageront votre sujet en deux portions omnicompréhensires , et vous aurez ainsi obtenu votre première ramification.

V. Si vous ne trouvez pas deux mots qui réunissent ces conditions , prenez seulement celui qui , après le tronc principal , parait être le plus étendu de votre liste. Ce nom doit être un adjectif désignant une propriété positive. En l’ajoutant au nom de votre tronc princi|>al , vous avez le nom systématique d’une de vos dtMix premières branches ; le signe de négation ajouté au même adjectif vous donnera raulre branche.

VI. Continuez de la même manière vos ramifications bifurquées aussi loin que vous désirez porter la division, cherchant, à chaque pas que vous ferez , deux adjectifs contradictoires et déjà en usage s'il se |>eut , en faisant attention toujours que l’adjectif positif désigne une propriété aussi générale, aussi claire et aussi distincte que possible.

Vit. Ayant ainsi deux noms systématiques et biépiques , cherchez ou formez deux noms monoëptques dont la signification soit la même. Ces noms se rangeront dans votre table au-dessous des noms systématiques , et serviront tant pour la désignation ordinaire que pour la division ultérieure des branches.

VIII. Si , au lieu de ces ailjectifs , il se présente à votre esprit deux substantifs roonoépiques qui vous paraissent omnicompréhensifs , formez toujours les deux noms systématiques , afin de vous assurer qu’ils possèdent cette qualité et de fixer le sens ({ue vous leur attribuez.

Ainsi dans la table ci-jointe, à 1a division de l’ÉpicosmoIc^ie , deux propriétés se sont présentées comme devant partager le sujet en deux parties distinctes et omoicomprébensives, savoir celle de posséder la vie et celle d’en être privé ; ces propriétés étant de plus contradictoires, elles m'ont fourni les noms systématiques Èpicotmologie embiotcopique et Épicosmologie abioscopiquê. Aucun nom monoépique, déjà en usage, ne répondant cxactcmeiil à ces deux branches , J'ai formé ceux à' EnUfiologio et iX' Anorganotogie.

Dans la division de l'Embiologic, ce sont au contraire deux noms existants nionoépiqiies. Zoologie et Phgtologie f duiil rensemble m’a paru correspondre exaclement au tronc. J’ai formé , par conséquent, les «leux noms systématiques et contradictoires Embiologie zooscopique et Embio-

et m'a servi pour la rtesignalioD de leur tronc universel. HaisquaDtauxarU,il a fallu créer celui (J’£u«Jémon»guc.

INSTRUCTIONS SUR U CL\SSinCATION.

logié azootcopique y qui , par leur lynonjmie exacte arec les noms monoépiqties . m’ont donné la preuve de leur omnicompréhension , et fixent , dorénavant , le sens précis qu'il convient de leur attribuer.

IX. Toutes ces règles seront encore incomplètes pour l’usage , si l’on ne fait attention à la distinction qui existe entre les noms iVentités réelles et ceux éCenlités factices. I^es êtres soit matériels soit spirituels sont des entités réelles; les noms de propriétés, de rap|>orts, désignent des entités factices. Les mots animai y mammifère , oiseau y esprit, sensation, loi, etc., expriment des entités réelles ; la Zoologie, la Mastozoologie, V Ornithologie, la Pneumatologie, la Pathosenpie, h Législation , etc., sont des entités factices *. D’Aleraberl, je crois, fut le premier à établir cette distinction si importante , et à signaler les erreurs qui rcsullent de leur confusion habituelle, les mêmes noms étant souvent donnés aux deux classes d'entités. C’est peut-être cette confusion seule qui a été la cause des nuages et de l'obscurité qu' Aristote et IMaton ont Jetés sur tout le domaine de la Pneumatologie.

X. En continuant votre division d’après les règles précé<lentes , H vous arrivera peut-être qu'une série de noms se trouve laissée en arrière, sans qu’elle puisse être comprise dans aucune de vos dernières branches; cela provient de la diversité des bases sur lesquelles une division peut être fondée : au reste vos ramifications n’en seront pas moins omnicompréhensives. Dans le cas où vous croiriez ne pas devoir omettre ces noms, il faudra faire sur le même tronc plusieurs opérations successives, d’a(irès les diverses bases qui vous paraîtront les plus propres à remplir ce but. Les embranchements qui en résulteront seront coordonnés 'dans votre tableau *.

ObiervaUoQi lar )a rédaction du nouveau tableau.

I. Malgré la métaphore d’un arbre et de scs branches, qui semblerait devoir indiquer la partie inférieure du tableau comme la place du tronc général, et malgré l’usage qui le placerait plutôt sur le côté gauche, j’ai cru qu’il convenait de le mettre en tête de la feuille, parce que le sujet universel doit être le premier qui se présente à la vue du lecteur.

* Voici encore quelques exemples qui donneront une idée plus exacte des entités factices.

!• Entités factices physiques : Motwsmsni, répoa, qualité, etc.

3" Entités factices éthiques : Obligation, droit , poutoir, Ole.

IL A Toccasion de chaque branche, la première ligne renferme l’adjectif systématique qui caractérise et définit la branche. Cet adjectif , imprimé en caractère romain, feil partie du nom biépique, et , pour en expliquer la dérivation , la traduction des mots grecs dont il est composé se trouve à la ligne suivante en petites lettres italiques. Vient ensuite , en lettres capitales , le synonyme monoéptque que j’ai cru devoir former ou adopter ; les noms en |)elit romain sont tes synonymes usités, mais trop défectueux pour être conservés. J’ai aussi, à plusieurs occasions, ajoiitédes termes qui désignent des sous-branches comprises dans les dernières ramifications, sans pourtant que leur ensemble ait toujours ce caractère d’omnicompréhensiun qui distingue les divisions générales exprimées systématiquement.

III. J’ai inséré partout les verbes et les particules copulatifs qui rendent les phrases complètes. Celle insertion m’a paru nécessaire pour donner à ce tableau un caractère fixe et affirmatif; sans cela il n’est point de proposition dont le sens soit déterminé , puisque chaque lecteur pourra compléter les phrases à son gré. H est vrai que, lorsque plusieurs mots réunis par une accolade sont placés au-dessous d'un autre, cette disposition indique que les objets qu'ils désignent sont renfermés dans le sujet exprimé par le mot supérieur. Mais on reste toujours dans le doute si l'auteur a voulu offrir une division complète, ou s'il a simplement voulu énumérer quelques branches qui en font partie. D'Alemberl, par exemple, lorsque les quatre mots Appréhension, Jugement, Raisonnement et Méthode se trouvent réunis dans sa table sous le Uiro Art de penser, veut-il dire que l'art de penser ne renferme que ces quatre opérations, à l’exclusion de la Comparaison, de Y Imagination, etc.? Ou bien a til voulu donner par là quelques exemples seulement des cas où l'on exerce l’art de penser ?

Ensuite , dans tout tableau systéniatique , un nom placé seul directement au-dessous d’un autre indique d’ordinaire un synonyme. D'Alembert,dans l’exemple que je viens de donner, ajoute , après les moXs A ppréheTision , Jugement, Raisonnement et Méthode, les termes Science des Idées, Science des Propositions, Induction et Démonstration , sans indiquer autrement les rapports qui les y attachent. Dans le cas des deux premiers , il semble

3* Entilét factices coénontologiques : Condition, certituds, impossibilité, etc.

* Dans la nouvelle table , les branches de l’Anlhropurgie offrent l’oxemple de deux divisions coordonnées.

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