AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR
lion plus large que celle que notre langue leur allribue. Tels sont contenance et inconvenance , convenable et inconvenable, qui n'eiprimaient que des idées purement conrentionnelles , et auxquelles nous avons associé d'une manière absolue les idées qui se rattachent au deroir. Ainsi, ce qui est convenable n’est pas pour nous le résultat du caprice individuel ou social , c'est ce qui est conforme i rintérèt éclairé et bien entendu , soit indi-
viduel, soit social. Inconvenable , eiprimani l'idée contraire, a dû être substitué au root inconvenani, dont le sens n’a aucune analogie avec lui.
Sur toutes ces innovations de langage , comme sur le système de fidélité rigoureuse que nous nous sommes imposé dans notre travail , nous nous en rapportons avec confiance au bon sens du public.
BiajAHiiv Lsrochs.
Digilized b" Güügle
PREFACE
Ccl ouvrage clait déjà commeucé quand la mort est venue soudaioeroenl terminer les Ira* vaux terrestres de son illustre auteur. U avait l’habitude, qu'il a conservée jusqu'aux derniers moments de son existence, de jeter sur le papier, sans ordre et sans suite, toutes les pensées qui s’otTraient à son esprit sur l'importante matière qui fait le sujet de ce volume. De temps à autre, il remettait entre mes mains tous ces matériaux épars, et, dans l'intimité dont m'honorait ce grand homme, il daignait me donner lui-méme les instructions nécessaires pour m'en faciliicr l'intelligence et l'arrangement. C'était pour moi une tâche bien douce et bien attrayante , que de poursuivre des investi* gâtions dans lesquelles la bienveillance et la sagesse se donnaient la main ; et combien précieuse au disciple devait être l'instruction qui se reproduisait si admirablement en exemples.
dans chaque pensée, chaque parole, chaque action du maître! Je pris la plume avec empressement ; je continuai mon travail avec un charme toujours nouveau ; je le termine avec un sentiment d'amertume et de tristesse qu'aucune parole ne saurait peindre. Le charme est dissipé; la voix s'est éteinte qui me guidait et m'encourageait dans la carrière. Quand je feuillette ces pages, elles me semblent avoir quelque chose de solennel, comme si elles n'étaient plus qu'un écho de la tombe. Bientét une autre occasion se présentera de parler de celui dont la pensée a préparé cet ouvrage. Je l'offre aujourd'hui au public : c'est un premier acte dans l'accomplissement des devoirs qui m'ont été imposés, comme dépositaire de ces trésors littéraires que mon ami et mon maître a conSés à ma garde et à ma foi.
Jonn Bowring.
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I3NTR0DUCTI0N
Si Ton aJmol que la vertu doit être la règle, cl le boülieur le but des actions humaines, celui qui fait voir comment Tinstrument peut s'appliquer le mieux à la production de la lin, et comment la Gn peut être accomplie dans le plus haut degré quMl soit possible d'obtenir; celui-là, sans nul doute, fait un acte vertueux et a droit aux récompenses réservées à la vertu. Ce ne sera pas un petit service rendu au genre humain, que de découvrir des lois applicables à toutes les circonstances de la vie, et de incllrc l'homme honnête cl consciencieux à même de répondre sagement à cette question embarrassante, que chaque jour, à chaque instant, chacun de nous se fait à lui-même : i Comment agirai-je, et par quel motif? > L’ouvrage qu’il m'est donné d’offrir au public contribuera, je l’espère, à éclairer les parlies obscures du champ de la morale, à résoudre bien des doutes, à démôler bien des diOicultés, et à satisfaire les invcsUgalcurs de la vérité. Le manuscrit a été mis entre mes mains, par l'auteur, sans restriction, ni réserve aucune, quant au mode cl à la forme de publication. L’extrême indifférence de cet homme extraordinaire pour ce qu’on appelle la gloire liUcraire, forme un contraste ^ frappant avec cette anxiété avec laquelle il a • toujours exprimé le vœu que ses opinions « Gssent leur chemin par le monde. » Il a toujours été plus désireux d’extraire le métal de ta raine et de le préparer, que de lui imprimer son nom ou son image. El néanmoins, la postérité n'oubliera pas son bienfaiteur; elle ne manquera pas d'honorer l’homme qui exercera nécessairement sur sa destinée une haute et
puissante influence. On peut dire avec raison des ouvrages de Bentham, ce que Millon disait d’un de ses livres aujourd'hui presque oublié : ( Il faut une haute inlelUgencc pour les appré- I cier. > Les doctrines de noire auteur ont remué fortement le petit nombre des esprits philosophes; déjà clics SC font jour rapidement, et descendent dans les masses qui s’éclairent. Des cris insultants ont pu l'assaillirdans sa marche; mais quel est Ic sagc qui a pu le mépriser, ou qui, ayant écoulé sa voix, n’a point entouré de son respect eldesa reconnaissance l’hommequi, le premier, a fait une science de la législation?
Le moyen dont s’est servi Bcnlham, a été d'employer un langage capable de transmettre ses idées avec la plus grande précision. Une phraséologie vague enfante néccssaircracnl des idées vagues. Dans les mains des hommes bien intentionnés, c'est une source de confusion ; aux mains des malinlcntionnés, c’est un instrument de dommage. Le bien cl le mal, le juste et l’injuste sont des termes susceptibles d'inlerprélations bien dilTércntes. Se ployant aux caprices de l’intérêt personnel, ils peuvent servir, ils ont servi en effet à produire indifféremment le bien ou le mal. En les examinant de près , on trouvera qu'ils ne sont que l’expression des opinions plus ou moins influentes de celui qui les emploie, et que, pour apprécier leur valeur et l’opportunité de leur application, il faut qu’ils puissent soutenir l’épreuve de quelque autre principe.
Le langage ordinaire, avant de pouvoir servir à la transmission des idées justes, doit d’abord être traduit dans la langue de rulilité, ou, en
INTUüDL'CTION.
d'aulres lcriiiC5» dans la langue du bonheur et du malheur, des plaisirs cl des peines. C'csl dansées éli^mcnls que se résolvent déGnitivemenl tous les résullaU moraux. C'est un point au delà duquel on ne saurait avancer. S'il est un plus grand bien que le bonheur, que celui qui en a fait la découverte le présente comme récompense : s'il est un plus grand mal que le malheur, que son inventeur en fasse un instrument de punition. C'est dans le vocabulaire des plaisirs et des peines que notre grand moraliste a trouvé tout le mécanisme de sa découverte.
Fiat tjpfrientia : col axiome de Bacon a été reconnu comme le fondement de toute science véritable. Fiat obierratio, tel est Taxiomc de Bentham. I/obscrvation est pour le moraliste ce qu'est rcxpéricncc pour le philosophe. Bentham a examiné les actions humaines à travers les plaisirs et les peines qui en découlent, et il a fondé tous scs raisonnements sur cet examen. Dans celle opération, la vérité ne pouvait que ditncilement lui échapper, caria vérité cl rulilitc marchent ensemble. Celui qui découvre ce qui est utile n'est pas loin de trouver ce qui est vrai. En eflet, il est plus facile d'arriver à la vérité en allant à la recherche de l'utilité, que d'atteindre la vérité sans avoir l'utililé pour guide; car ce qui est utile rentre dans le domaine de rcxpéricncc, tandis que ce n’est qu'à l'aide de conjectures que nous nous enquérons de ce qui est vrai.
Ceux qui connaissent l'Introduction de Ben-
tham aux Principes de la Morale cl de la Législation ^ trouveront dans ce livre peu de choses nouvelles ; et il en est, peut-être, qui penseront que celle publication devient sans utilité et sans but, après ce magniGquc monument de puissance analytique et de force logique. Mais les principes déposés dans cet ouvrage revêtent trop souvent la force d'axiomes, pour intéresser runivcrsalilé des lecteurs; il leur manque, comme la circulation restreinte de ce livre l'a prouvé, l'atlrail de formes plus populaires. Celui-ci, au contraire, spécialement approprie à la généralité des lecteurs, est rédigé avec moins de suite et de concision. Pour se faire lire, il lui a fallu adopter un style moins rigoureux et moins sévère.
Le premier était destiné aux méditations du penseur. Celui-ci aspire à une sphère d'utilité moins élevée, mais plus étendue et plus populaire. « L'Introduction » a une portée plus vaste et plus profonde; elle a principalement pour but le développement des vrais principes de législation, ce qui ne saurait intéresser la généralité des lecteurs. Dans ce volume, autre est le but ; nous ne nous proposons pas d'entrer dans les développements de la science jurisprudentielle. C'est de la morale privée que nous nous occupons; et ce sujet se recommande à l'allcntion de tous, en toute occasion et dans tout ce qui est du domaine de la parole et de l'action.
• Vojti le lotnc Im de c«l ouvrage.
DÉONTOLOGIE,
ou
SCIENCE DE LA MORALE