‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 103 sur 443 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Ce traité est» à plusieurs égards, une contrepartie du précédent. Par rapport aux peines, on avait eu à examiner dans quels cas elles étaient convenables, dans quels autres elles étaient nuisibles ou superflues — quelles règles de proportion il fallait suivre dans leur emploi — et quelles qualités on devait chercher dans la nature des peines pour les assortir à la nature des délits. L'analogie conduit dans la même route lorsqu'il s'agit des récompenses : les deux plans sont symétriques. Le second n'est qu'une image réfléchie du premier.

Le sujet des peines devait précéder, à raison de son importance supérieure. Une peine infligée est un mal : une récompense non accordée est la simple absence d'un bien. Une peine infligée sans cause légitime n'est pas seulement nn mal pour l'individu qui la souffre : c'est une cause d'alarme pour la société, une atteinte portée à la sûreté de tous. Une récompense accordée sans cause légitime, sans mérite, ne produit aucune alarme sensible, ne fait aucun mal apparent. 11 en résulte bien réellement un ma]; mais à moins qu'il ne soit arrivé à un grand excès, il oe peut frapper que les esprits qui réfléchissent

Le sujet des peines devait précéder par une antre raison. La peine est un instrument nécessaire dans le mécanisme du gouvernement; la récompense n'est qu'un moyen accessoire, on auxiliaire utile et agréable : c'est une espèce de luxe, et l'art de s'en servir habilement annonce une politique perfectionnée. La peine est

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la gardienne de toutes les lois : la récompense ne peut s'appliquer qu'à des services qui sortent de la ligne commune.

Mais, quoique la théorie rémunératoire soit inférieure en importance à la théorie pénale, elle mérite encore un haut degré d'intérêt.

Selon l'usage bien ou mal entendu de la récompense, c'est une force vive qui produit les services désirés, ou une force morte qui ne produit rien, ou une force ennemie qui agit dans un sens inverse à l'effet qu'on en attend.

On a écrit bien des volumes sur les peines.

La récompense offre encore un sujet neuf. Dans Y Esprit des lois on ne trouve sur celte matière qu'un chapitre de deux pages, ou il y a plus d'éclat que de vérité. Rousseau, dans ses Con- * sidéralions sur la Pologne, trace un système rémunératoire bien lié et bien entendu, mais adapté à une forme particulière de gouvernement. L'ouvrage de Draghonelti , Trattato délie virtù eidè premj , qui parut peu après celui de Beccaria, ne ressemble guère à son modèle.

C'est une déclamation stérile et prolixe, tin déluge de mots sur un 4é*c*i iïidées.

Les auteurs qui ont parlé occasionnellement des récompenses se sont fréquemment jetés dans deux exagérations opposées. Les uns se sont persuadé qu'on pourrait gouverner les États comme des séminaires, où l'on peut tout faire avec des distinctions et des prix; les autres, par enthousiasme pour la vertu, ou par zèle pour l'égalité, rejettent toutes les récompenses, comme des motifs trop peu nobles, ou

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