CHAPITRE PREMIER
DÉFWmOWS ET DISTINCTIONS.
Une récompense est une portion de la matière du bien f , accordée en considération d'un service réel ou supposé.
La notion de la récompense comprend donc nécessairement la notion du service ; et le service lui-même est quelque bien réel ou supposé , fait à la partie qui est censée Ta voir reçu.
1 Matière du bien : c'est le mot propre et nécessaire ; ce n'est pas le bien que Ton donne , c'est une portion de la matière du bien. Il faut distinguer la cause et l'effet, comme on distingue en chimie le calorique et la chaleur. Si on ne s'assujettit pas toujours à celte distinction, Il est au moins nécessaire de l'avoir indiquée.
La matière du bien comprend tout ce qui est moyen de plaisir ou d'exemption de peine : car c'est toujours là qu'il fant aboutir pour avoir des idées claires. Le bien moral et le mal moral tont des termes abstraits qui ne signifient rien de plus que des causes efficientes de peines et de plaisirs , causes certaines ou éventuelles, immédiates ou éloignées.
Pour la nécessité de l'exactitude dans le langage , je ne
Avant de parler des récompenses , il faut donc se faire une idée générale des services.
Les services (j'entends ceux qui sont l'objet de la législation ) se divisent en trois classes : 1° services réglés ; 2° services occasionnels ; 5° services extraordinaires.
I. Services réglés. Ceux que les fonctionnaires publics sont tenus de rendre, en vertu de leurs offices, dans tous les départements de l'administration.
II. Services occasionnels. Ceux qui sont demandés par le gouvernement à des individus autres que des fonctionnaires publics , surtout en matière
renverrai pas à Locke et à Condillac, mais à un poète qui a rendu cette vérité sous l'image la plus heureuse.
le grand art de penser lient à l'art du langage. Le labyrinthe obscur d'une langue sauvage Sert d'aile aux erreurs. La langue, en s'éclairant , Présente aux vérités un voile transparent.
Tel d'un limon groister le fleuve qui t'épure Dans un brillant cristal réfléchit la nature.
Thomas, Pétréide, chant III.
Langue sauvage est un mot impropre , amené par la rime. Il aurait fallu dire langue indistincte, confuse ou équivoque, etc.
FONDS DE LÀ RÉCOMPENSE
de justice et de police, comme la dénonciation et la poursuite des délits » les témoignages juridiques, les saisies des accusés , etc. On peut ranger sous le même chef les secours donnés dans les incendies , les inondations , les naufrages. Ces services sont en effet rendus à l'État , puisque l'État est chargé de la sauvegarde commune.
III. Services extraordinaires. Ceux qui supposent de la part de celui qui les rend des talents distingués , des vertus rares , ou quelque circonstance particulière qui lui en a fourni l'occasion.
On peut ranger sous ce chef :
1° Les services rendus à l'État par des vues nouvelles qui perfectionnent les opérations du gouvernement dans ses différentes branches ; les inventions importantes dans l'art militaire, dans l'architecture navale ; dans l'art d'administrer la justice, la police, les finances, l'éducation ;
3° Les services rendus en temps de guerre , en saisissant ou détruisant une portion considérable des forces de l'ennemi, ou en sauvant celles de l'État;
5* Les services ministériels qui ont prévenu ou terminé les calamités de la guerre, ou opéré des alliances heureuses ;
4° lies découvertes d'une grande importance pour l'augmentation de la richesse nationale : nouvelles méthodes pour abréger le travail ; importation de nouvelles branches d'industrie ;
5° Les découvertes dans les sciences, qui, sans être susceptibles d'une application immédiate aux arts, étendent la sphère spéculative de l'esprit humain ;
6° Les grandes actions, les efforts extraordinaires de vertu, dans lesquels il faut considérer, au delà du service immédiat, leur influence sur l'exemple et la culture des dispositions morales.
Tel est le champ des services; tel est aussi celui des récompenses.
A l'égard des récompenses, la division la plus importante est celle-ci : les unes sont occasionnelles, les autres pennanentes ; les premières sont des actes particuliers, les secondes, des établissements publics. Les récompenses occasionnelles s'appliquent, selon le temps et les événements , à un individu ou à plusieurs, pour un fait isolé, pour un service spécifique. Les autres sont constituées sur un fonds général pour un nombre indéfini de personnes, et pour une succession de services. Telles sont les fondations religieuses, — les fondations militaires , — les fondations académiques.
C'est principalement à ces récompenses d'institution qu'il faut appliquer des principes et des règles, à raison de l'étendue et de la durée de leurs
effets. Les récompenses occasionnelles n'ont que des effets bornés et passagers ; les erreurs n'y sont pas de la même conséquence.
Le plus grand emploi de la matière de la récompense est celui qui a lieu entre particuliers. En fait de services personnels, résultant d'une convention , la paye donnée à celui qui les rend est sa récompense. En fait d'achats et d'échanges, les transports réciproques se servent mutuellement de récompense. Or le public , c'est-à-dire le gouvernement pour le compte du public, a besoin de quantité de services exactement pareils à ceux dont un particulier peut avoir besoin ; et c'est par là que le mode le plus avantageux d'employer la matière de la récompense , même dans la voie ordinaire du commerce, entre dans la sphère de la politique , et réclame l'attention du législateur.