‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 114 sur 443 · RAPPORT ENTRE L'EMPLOI DE LÀ PEINE ET DE LA RÉCOM- PENSE · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE L'EMPLOI DE LÀ PEINE ET DE LA RÉCOM- PENSE

Ne pourrait-on pas substituer partout la récompense à la peine? L'espérance est-elle moins forte sur le cœur humain que la crainte? Quand la pharmacopée politique a des moyens si doux, pourquoi en employer de si amers ?

A ces vœux si naturels, mais peu réfléchis, j'oppose une maxime qui paraîtra d'abord un paradoxe. « Il ne faut pas se servir de la récompense quand le même effet peut être produit par la peine.» Et je rends raison de ce paradoxe par un autre. — « Employez un moyen pénal , et l'effet désiré peut avoir lieu sans faire usage d'aucune peine; employez le moyen rémunératoire, la peine en est inséparable. »

Le style d'oracle n'est plus à la mode ; et je vais donner, en termes clairs, la solution de cette énigme.

Dans le cas où la loi menace, si tout le monde obéit , nul n'est puni ; dans le cas où la loi promet, si tous obéissent , il faut que tous soient récompensés. Voilà donc des récompenses infinies ; et ces récompenses, d'où viendraient-elles, que des travaux du peuple et des contributions levées sur ses facultés ?

En comparant les propriétés de la peine et de la récompense, nous trouvons que la première est infinie dans sa quantité , forte dans sa nature, et sûre dans son effet , tellement que personne ne lui

l II parait singulier de parler d'un acle négatif, — de produire un acte négatif. — Un acle négatif consiste à s'abstenir ; — mais pour s'abstenir de faire une chose , quand on a un motif pour la faire, il faut un acte particu-

résiste : nous trouvons que la seconde est trèslimitée dans sa quantité , que le désir de l'obtenir varie beaucoup selon lecaractèreet les circonstances des individus, et qu'elle est, par conséquent, trèsincertaine dans ses effets. Mais , d'un autre côté , la perspective de la peine attriste l'âme , celle de la récompense la réjouit; la peine émousse l'activité, la récompense l'aiguise; la peine diminue le courage, la récompense l'augmente.

Des moyens si contraires dans leur nature doivent s'appliquer à des services différents. La peine , par sa force , est particulièrement adaptée à prévenir les actions nuisibles , et la seule propre à prévenir les actions extraordinairement nuisibles. Elle est bonne pour retenir, pour empêcher, pour produire des actes négatifs * ; elle est l'accompagnement naturel de toute loi qui dit: Ne faites pas , abstenez-vous. Or ces actes négatifs, dont dépendent la paix et le bonheur du genre humain , sont continuels et innombrables; et pas un individu n'en est exempt.

La récompense , par son pouvoir vivifiant , est plus propre à faire naître les actions utiles , et la seule propre à faire naître les actions extraordinairement utiles. Elle est bonne pour exciter , pour produire , pour tirer d'un individu tout ce dont il est capable, pour opérer des actes positifs , qu'il n'est pas nécessaire d'imposer à tous les membres de la société. La récompense est particulièrement convenable dans les cas où, pour atteindre un but utile, la peine serait inefficace; et ces cas sont ceux où l'acte désiré dépend de talents et de dispositions qu'on ne peut point s'assurer d'avance que l'individu possède.

Avez- vous besoin d'obtenir des informations importantes en matière juridique ou autre , tous ignorez si l'individu est en état de vous les donner, ou s'il a la volonté de le faire. La peine serait un moyen probablement inefficace et injuste; ayez donc recours â la récompense.

S'agit-il d'un service qui suppose une habileté peu commune? Comment pourriez- vous le commander sans courir le risque de commander l'impossible ? Combien de personnes aurez- vous à punir, avant d'avoir trouvé l'individu capable de résoudre le problème , de faire la découverte en question , de composer l'ouvrage dont vous avez besoin?

Offrez une récompense , son effet ne se borne pas à mettre en œuvre les facultés déjà développées ; elle opère comme puissance créatrice. Le propre de l'espérance, en excitant l'allégresse, est de mettre l'esprit dans un état heureux d'activité où

lier de la volonté : la volonté opère, elle est active pour s'arrêter comme pour avancer, pour se tenir tranquille comme pour se mettre en mouvement, pour s'abstenir de frapper comme pour frapper.

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