‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 136 sur 443 · TROISIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES · texte numérisé non relu

TROISIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES

prèlre? quel est son véritable emploi? Il est le précepteur du peuple ; ses fonctions sont légales et morales. Pour les fonctions que la loi lui ordonne, la richesse est inutile , puisque la dépense du culte n'est pas à la charge des ministres des autels. Pour les fonctions morales , comme d'exhorter en particulier, de visiter les malades, de consoler les affligés, de guider, d'instruire, de surveiller, la richesse est pernicieuse ; elle les rapproche de ce qu'on appelle les gens du monde , et les jette au milieu de la dissipation et des plaisirs. LA , ils se gardent bien de faire souvenir qu'ils sont prêtres, parce qu'ils sentent qu'on n'a pas besoin d'eux , et qu'ils sont avec leurs égaux ou leurs supérieurs en lumières. Mais tout ce qui les entraîne dans cette sphère brillante les éloigne des humbles demeures de la pauvreté : ils ne peuvent être ni les confidents ni les conseillers de la classe indigente de leurs paroissiens ; la distance dans les fortunes en produit une semblable dans les sentiments et les affections. Ainsi l'effet naturel d'un grand revenu sera de les séparer de ceux auxquels seuls ils pourraient être utiles. On me citera un Fénélon et quelques autres ; mais j'allais les citer aussi , pour établir la preuve de ce que j'avance, par une exception aussi extraordinaire.

L'expérience vient à l'appui de cette considération. Les plus forts bénéfices, en Ecosse, n'excèdent guère deux cents livres sterling, et la plupart sont au-dessous. Comparez l'influence du clergé dans les deux parties du royaume. En Ecosse , elle est tout ce qu'elle doit être ; en Angleterre , elle est presque nulle. En Ecosse, l'ambition du curé se borne à bien gouverner sa paroisse , et il la gouverne en effet. 11 connaît tous les individus , étudie tous les caractères , s'intéresse à tous les besoins : il est près du riche par son éducation , et du pauvre par sa fortune. En Angleterre , les riches ecclésiastiques vivent avec les riches mondains ; ceux qui sont pauvres sont les courtisans nés de quiconque peut disposer d'un bénéfice. C'est la pauvreté même qui les force à fuir la société des pauvres. Ils débutent dans leur carrière par une complaisance domestique , et ceux qui arrivent aux plus hauts degrés finissent trop souvent par une complaisance politique. C'est le langage de la satire , dira-ton peut-être ; non , c'est celui de la vérité : la satire accuse les personnes, la raison n'accuse que les lois. Tout autre homme à leur place en ferait autant : au lieu de les blâmer, il faut les absoudre et les plaindre.

Je ne parle pas de l'argument que Hume a fait valoir en faveur des richesses du clergé : c'était, selon lui , un moyen d'assoupir toutes les malfaisantes passions des Églises dominantes, le prosé-

lytisme , le fanatisme, l'esprit de controverse. Hume attaquait ainsi l'institution elle-même. J'ai , au contraire , examiné le moyen de la porter au plus haut degré d'utilité possible.

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