DE LA VÉNALITÉ DBS CHARGES
1° Si c'est un bien que les employés se contentent d'un modique salaire , c'est un plus gr bien qu'ils servent gratuitement, et un plus gr bien encore qu'ils consentent à payer pour obti l'emploi, au lieu d'être payés eux-mêmes. Vima un raisonnement très-simple , mais très-concluant en faveur de la vénalité des charges , considérée
abstraitement. Reste ensuite à examiner les arguments contraires.
2° La vénalité fournit une plus grande responsabilité qu'un salaire de même valeur. Perte de salaire est simplement cessation de profit; perle d'une charge achetée est perte positive d'un capital qu'on a possédé. Ces deux pertes font sur l'esprit une impression différente. Cesser de gagner est un mal beaucoup moins senti que celui de perdre. Le gain qui vient du dehors a toujours quelque chose de précaire sur quoi l'on ne compte pas avec une entière certitude. Une charge acquise à mes dépens est un bien sur lequel je compte absolument; elle est l'équivalent d'une partie de mes biens originaires sur lesquels j'ai toujours compté.
3° La vénalité est une présomption d'aptitude à l'emploi. Ta- t-il des émoluments, ils sont peut-être le seul motif qui le fosse désirer. N'y en a-t*il point, on n'est déterminé que par le goût pour les fonctions, ou par l'honneur et le pouvoir attachés à l'emploi. Il est vrai qu'on peut désirer une charge sans émoluments apparents , pour en tirer quelque profit caché , préjudiciable au public ; mais c'est là un cas particulier dont l'existence a besoin d'être constatée par des preuves.
Au reste, il faut avoir égard à plusieurs circonstances pour juger si la vénalité de tel emploi s'accorde avec la bonne économie. S'agit-il d'une de ces charges purement honorifiques, de ces places de parade sans profits comme sans fonctions ; où est le mal de les vendre? La vanité paye un tribut au public. C'est un marché pareil à celui des sorcières de Laponie , qui vendaient des ballons pleins de vent.
Mais quand il s'agit d'une charge lucrative, dont les droits levés sur le public ou sur les individus sont casuels et incertains, on peut, d'après cette incertitude, présumer que le marché sera désavantageux au public. L'acheteur calcule ses avantages , et le prix qu'il est disposé à donner doit être au-dessous des profits moyens de la charge.
Dans les temps où la science fiscale était au berceau, où tout était mystère dans les impôts et dans l'administration, combien de fois les gouvernements n'ont-ils pas aliéné à vil prix des branches considérables de revenu ! L'appât d'un gain actuel les entraînait à des concessions dont ils ne soupçonnaient pas l'étendue. L'histoire des finances françaises , en particulier, est remplie de traits pa- Jne douane d'Orléans, achetée autrefois par z d'Orléans pour soixante mille francs, rap- ; à sa postérité plus d'un million de re-