DE L'AVANCEMENT DES SCIENCES
fait en ce genre, il doit le faire plutôt comme particulier que comme homme public.
Puisqu'on obtient sans frais les arts agréables, il faut encore moins se constituer en dépenses pour les arts curieux.
Quant aux arts et aux sciences immédiatement utiles, et à ceux dont l'utilité est plus ou moins éloignée, il ne serait pas nécessaire ni peut-être possible de conserver entre ces deux classes une ligne exacte de démarcation. Théorie et pratique, cette distinction s'applique à tous également. Or du côté de la théorie , c'est-à-dire des propositions préliminaires ou générales, il n'est aucun art, même de ceux dont le service est continuel, qui ne semble s'éloigner de nous, et passer de la classe des arts immédiatement utiles à celle des arts d'une utilité éloignée. C'est ainsi que la médecine et la législation ( ces arts si pratiques ), considérées sous un certain aspect, paraîtront dans le même éloignement, par rapport à l'utilité , que les sciences spéculatives de la logique et des mathématiques. D'ailleurs, il est telle branche de science qui, après avoir resté longtemps parmi les objets de pure curiosité, cultivée par des mains industrieuses, présentera des caractères d'utilité immédiate. L'électricité, qui, dans sa naissance, ne semblait destinée qu'à amuser quelques philosophes par la singularité de ses phénomènes, a été employée avec succès au service de la médecine , et sert à protéger nos habitations contre ces calamités terribles auxquelles l'antiquité ignorante et consternée ne savait trouver de cause suffisante que dans la colère spéciale des dieux.
Ce que l'État doit faire pour les arts et les sciences utiles peut se rapporter à trois choses : 1° favoriser leur avancement; 2° contribuer à leur diffusion ; 5° lever les découragements qui les gênent.