‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 160 sur 443 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Je ne veux pas arrêter les lecteurs par un appareil de définitions : je me borne à quelques notions préliminaires.

Sous le nom général de richesse, on comprend tout objet qui , pouvant être désiré par les hommes, est susceptible d'entrer dans le cercle de leur possession, et qui est naturellement propre à leur usage , ou peut le devenir.

La richesse d'une communauté est le total des portions de la matière de la richesse appartenant aux divers individus dont cette communauté est composée.

Toute richesse est le produit spontané de la terre, ou le résultat du travail humain employé, soit immédiatement sur la terre , soit sur les matériaux qui en proviennent.

L'usage de la richesse se rapporte à quatre objets : 1° subsistance ; 2° jouissance ; 3° sûreté ou défense; 4° accroissement.

Comme la matière de la richesse ne peut être employée à aucun de ses usages sans consommation , le fonds existant à une époque donnée irait toujours en diminuant , si on ne travaillait continuellement à l'augmenter.

La richesse, considérée comme arrivant à des périodes successifs , est appelée rente ou revenu.

EMPLOI LE PLUS AVANTAGEUX DES CAPITAUX

Celle qui est employée à l'objet de l'accroissement est ordinairement appelée capital.

Un homme qui s'emploie d'une manière quelconque à l'accroissement de la richesse doit avoir, 1° des matériaux sur lesquels il travaille ; 2° des instruments pour travailler; 3° une place pour son travail ; 4° le nécessaire pour sa subsistance. Tous ces objets sont compris sous la dénomination de capital.

Dans Tordre historique, le travail précède les capitaux *. De la terre et des bras, voilà l'origine de tout. Mais dans l'ordre actuel , il y a toujours quelque capital déjà produit, qui concourt avec la terre et les bras à la production des valeurs nouvelles. Qu'un article de production territoriale ou industrielle, au lieu d'être consommé ou gardé pour l'usage de celui qui l'a fait ou fait faire , soit offert en échange , il devient alors un objet de commerce , une marchandise.

La richesse générale s'augmente :

1° Par l'augmentation du nombre d'hommes en tant que travailleurs ;

2° Par l'augmentation de la masse des capitaux;

3° Par l'emploi le plus avantageux des capitaux ;

4° Par l'augmentation de l'efficacité du travail ;

15° Par l'avantage du commerce.

Dans toutes les sociétés un peu avancées , il s'est formé une classe d'hommes qui achètent du faiseur pour revendre au consommateur.

Tout l'ensemble des opérations de fabrication et de vente peut être rendu par le terme général d'industrie et de commerce.

Les actes spontanés des individus dans la carrière de l'industrie et du commerce dépendent de trois conditions : Y inclination, la connaissance, le pouvoir.

Vinclination pour augmenter la richesse par le travail et l'épargne peut être en défaut dans quelques individus, mais elle prédomine dans l'espèce humaine, et ne demande d'autre encouragement que la sûreté légale pour les fruits de l'industrie. La connaissance est un résultat de l'inclination qui dispose naturellement les hommes à étudier, chacun dans sa partie, les moyens de. conserver et d'augmenter leur richesse. Le pouvoir, celui qui consiste en capital pécuniaire , est en proportion de ce capital , et ne peut aller au delà.

Par rapport à Vinclination, le gouvernement n'a rien à faire , pas plus que pour augmenter le désir de boire et de manger.

Par rapport à la connaissance, il peut contribuer à la répandre , non-seulement par les moyens

1 Le capital est l'accumulation d'un travail antérieur.

généraux d'instruction , mais encore par des informations positives sur tels ou tels faits, telles ou telles branches de commerce et d'industrie , telles ou telles découvertes récentes. Les publications périodiques instruisent tous les intéressés à la fois.

Par rapport au pouvoir, en tant qu'il consiste en capital pécuniaire, le gouvernement ne peut pas le créer : tout ce qu'il donnerait à un individu serait ôlé à un autre ; mais il y a une autre branche de pouvoir consistant en liberté d'agir; et celui-là , le gouvernement peut le donner sans frais ; il suffit d'abroger les lois gênantes, d'écarter des obstacles , en un mot , de laisser faire.

Voilà les premières lignes d'un plan analytique qui a pour but de tracer un cercle autour du sujet.

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