‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 203 sur 443 · De* facultés intellectuelles. — De la perception · texte numérisé non relu

De* facultés intellectuelles. — De la perception

Supposant le témoin dans la disposition morale la plus favorable à la vérité, le mérite de son témoignage dépendra de l'état de ses facultés intellectuelles. Une imperfection dans l'une ou l'autre de ces facultés entraînera une imperfection correspondante dans le témoignage. S'agit-il de la perception, le juge est appelé à considérer les causes d'erreur qui tiennent à cette source ; par exemple,

s'il ne manquait au témoin aucune des conditions nécessaires pour bien entendre , s'il n'y a point de circonstances qui aient pu occasionner des méprises, si les mots qu'il rapporte ont été prononcés dans une langue qui lui soit familière ou non , s'il n'a fait que saisir en passant des propos indistincts et interrompus , ou s'il leur a donné une attention particulière. Ces observations et beaucoup d'autres doivententrer dans l'appréciation d'un témoignage.

Le sens de la vue est sujet à des causes d'erreur qui lui sont particulières : il faut les connaître; il faut que le témoin ait été placé dans un jour qui lui ait présenté l'objet entier. Dix personnes regardant la même scène , la même rixe , dans un état de confusion, auront vu les objets très-différemment. Il y a dans la conformation de quelques individus de certaines particularités dont il faut tenir compte : il en est qui ne distinguent point certaines couleurs , ou qui n'en sont pas affectés comme le commun des hommes. La faculté de reconnaître les traits du visage varie singulièrement selon les personnes.

Les autres sens, moins constamment actifs, le toucher, l'odorat , le goût , sont aussi sujets à des altérations , à des différences physiologiques, qui peuvent influer sur la vérité ou la fausseté du témoignage.

Cicéron, faisant le portrait d'un avocat consommé, embrasse dans ses éludes toutes les sciences qui étaient connues de son temps. S'il n'en est aucune qui ne puisse lui être nécessaire dans la variété des causes qu'il est appelé à traiter, à plus forte raison le juge aurait -il besoin d'être un homme universel. Nous verrons , en parlant de Y impossible , qu'il ne doit pas être étranger aux sciences philosophiques les plus relevées : mais au moins il y a une élude qui lui est essentielle, et qui ne se fait point jusqu'à présent dans les écoles de droit, Pétude de V homme physique et moral. C'est à lui plus qu'à personne qu'il convient de dire : Humani à me nihil alienum puto.

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