Des dispositions morale
Les dispositions morales relativement â notre sujet sont comprises sous deux chefs , la véracité et l'attention : il y faut ajouter leurs contraires respectifs , la mendacité , la témérité et la négligence. La témérité se manifeste d'une manière positive par le discours ; la négligence se montre négativement par le silence. Le témoin téméraire, emporté par ses conjectures , dit, sans intention de tromper, plus qu'il ne sait et plus qu'il n'a vu ; le témoin négligent, retenu par une pure paresse d'esprit, ne se donne pas la peine de rapprocher le» faits et les circonstances, et en omet plusieurs qu'un peu d'application lui eût fait retrouver.
11 y a véracité dans le témoin lorsqu'il s'applique sincèrement à rendre son témoignage et la conclusion qu'on en tire conformes à l'état réel du cas.
Il y a mendacké lorsqu'il y a , de sa part , désir,
( si on entend par là le pouvoir d'agir sans motif on contre le motif prépondérant) est un terme inventé pour couvrir une invincible ignorance. 11 est sûr que nous avons le sentiment de notre libre arbitre , ce qui veut dire que nous ne connaissons pas tous les ressorts qui font jouer notre volonté; et parce que ces ressorts sont invisibles , nous prétendons qu'ils n'existent pas.
ANALYSE DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
volonté, effort pour que son témoignage et la conclusion qu'on en tire ne soient pas conformes à l'état réel du cas.
I^ volonté de mentir tient à deux causes :
1° l'existence d'un motif séducteur, c'est-à-dire d'un motif qui se rapporte à l'intérêt du témoin ; 2° l'existence d'une habitude qui le dispose à céder à cet intérêt , habitude d'improbité.
Ce mot intérêt doit être pris dans un sens étendu ; il comprend non-seulement l'intérêt propre et personnel , mais encore celui qui est constitué par des sympathies et des antipathies à l'égard d'autres personnes prises individuellement ou par classes. C'est ce qu'on appelle partialité.
Comme la volonté ne peut pas s'exercer, du moins avec un certain degré d'énergie , sans qu'on en ait le sentiment intérieur, le mensonge est inséparable de la conscience de lui-même ; mais quant aux déviations de la vérité qui peuvent résulter des partialités du témoin , de ses préventions favorables ou défavorables , elles ne peuvent que trop exister à son insu , et donner à son témoignage entier une teinte généralement fausse.
Lurida...flunt quœcunque tuentur Arquati. l0cl
l.iv.
Quand il n'y a point d'intention de mentir, la fausseté dans les circonstances d'un récit provient ordinairement d'inattention.
La partialité peut influer sur l'attention. Celui qui a un biais dans l'esprit , une prévention déterminée, se porte tout entier à considérer dans un fait ce qui le flatte; il voit non ce qui est , mais ce qu'il veut voir; ce qui agirait dans un sens contraire lui échappe. C'est ainsi que les Juift opposaient un proverbe vulgaire à tout ce qu'on leur disait de Jésus-Christ : Qu'est-ce qui peut venir de bon de Nazareth?
Quand l'inattention provient de l'absence d'intérêt , c'est-à-dire de ce qu'il n'existe aucun motif pour s'appliquer à rendre un témoignage exact et complet, la fausseté qui en résulte doit se rapporter aux causes morales et non aux causes intellectuelles.