‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 213 sur 443 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DB LÀ SANCTION ftELIGIEUSE.

La sanction religieuse, soit qu'on la prenne dans la loi mosaïque , soit qu'on la considère dans les préceptes du christianisme , est au plus haut degré favorable à la vérité du témoignage. La loi est formelle ; il n'y a point de restriction , point d'exception : Que votre oui soit oui, que votre non soft non ; telle est la parole du maître : et si on le prend dans le sens littéral , dans le sens clair et manifeste que son discours présente , il ne va pas moins qu'à interdire le serment à ses disciples; mais c'est pour donner à la plus simple affirmation la même force qu'au serment lui-même.

Si ce précepte a quelque défaut, c'est d'être trop général, trop exclusif ; c'est de ne pas admettre ces modifications que nous avons énoncées et que la morale réclame. On dira que ces exceptions sont sous-entendues dans toutes les règles générales; mais c'est là ce qui donne aux interprètes des prétextes pour expliquer , commenter , altérer le sens, et rendre les lois primitives méconnaissables.

Si de la doctrine de l'Évangile on passe à la pratique du christianisme, on est étonné de ne trouver aucune conformité entre l'une et l'autre : c'est même un contraste qu'on a pejne à expliquer. Dans toutes les circonstances où l'intérêt apparent de la religion et l'intérêt réel de ses ministres ont pu prêter un voile à l'imposture , la sanction religieuse n'a pas opposé le moindre obstacle. L'histoire de l'Église pendant des siècles ne présente que les annales du mensonge : les fraudes pieuses étaient consacrées par les plus grandes autorités ; les faux miracles , les faux saints , les fausses reliques , les faux évangiles, les faux actes des conciles, les fausses décrétâtes, les fausses donations, les fausses révélations et apparitions appuyées par les témoignages des docteurs , des évèques , des pontifes les plus révérés , en un mot toutes les faussetés imaginables semblaient légitimes pour toutes les sectes ; et au nom de la religion la plus ennemie du mensonge, la vérité semblait bannie de la terre.

Il fut établi en principe et en fait que les papes pouvaient délier les sujets du serment de fidélité à leurs souverains. Il fut établi de même en principe et en fait qu'on n'était pas tenu de garder la foi aux hé-

L'honneur est, à la vérité, un frein puissant; mais un homme sûr de l'approbation de son propre parti pour tout ce qui sert l'intérêt commun , apprend bientôt à dédaigner les clameurs de ses adversaires.

Page 1