DE LA SANCTION RELIGIEUSE
de passer pour menteur s'il est découvert. Le dilemme , quelle que soit l'occasion , peut jeter dans la plus grande perplexité ; et la crainte de tomber dans une situation si cruelle est , pour quiconque sait réfléchir , une des plus puissantes sauvegardes de la vertu.
Il est un cas particulier où la véracité n'a pas le même secours à attendre de la sanction populaire : une corporation , un parti, une secte , une profession , peuvent avoir des intérêts communs à tous leurs membres, mais des intérêts hostiles au corps de la nation; et à chaque association de cette nature correspond une portion de la sanction populaire. Il y aura donc des faussetés accréditées, ou tolérées, pour protéger la petite société contre la grande.
On a observé depuis longtemps qu'il règne entre les voleurs une sorte d'honneur et de foi ; mais cet honneur n'est ni plus ni moins qu'une disposition à poursuivre cet intérêt qui les unit. La grande communauté a sa sanction populaire , qui embrasse tous les intérêts : les diverses communautés de voleurs , de contrebandiers , de malfaiteurs connus ou non reconnus, ont aussi une portion de la sanction populaire pour eux, et pour eux seuls fl .
Si la sanction morale opère avec force en faveur de la véracité dans les relations d'homme à homme, dans le commerce ordinaire de la vie , elle s'applique plus fortement encore au témoignage judiciaire. Elle se proportionne à l'importance des causes, à la solennité des occasions, à la réflexion qu'on a droit d'attendre de celui qui est appelé à influer sur les décisions des juges et sur les premiers intérêts de la société.
Il faut observer toutefois que la sanction populaire est bien disposée à se relâcher de sa sévérité lorsqu'il est question de lois qui blessent l'opinion publique , et qu'il s'agit de favoriser des accusés qu'on regarde comme des victimes de la tyrannie , ou qu'on veut échapper à un sort trop rigoureux. Les témoins cachent la vérité en partie , *u même la dissimulent entièrement. Ces mensonges d'humanité sont traités avec indulgence ; et ce ne sont pas seulement les témoins qui cherchent à affaiblir leur témoignage , ce sont les jurés eux-mêmes qui ont recours à des équivoques , à des faux-fuyants , et qui sortent d'une cour de justice comme en triomphe, après un mensonge authentique. Le grave Blackstone n'a pas craint de donner à des actes de cette nature la dénomination adoucie de parjures miséricordieux.
* Hume a observé que l'homme est généralement plus honnête dans son caractère particulier que dans son caractère public, et fera, pour servir un parti, beaucoup de choses qu'il ne se permet ira il pas pour ses propres intérêts.