‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 232 sur 443 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DE L'INTERROGATOIRE

Plus l'importance de cette opération est évidente, plus il parait superflu de faire des efforts pour la démontrer.

Pourquoi donc s'engager dans une tâche de cette nature? La raison n'en paraîtra que trop quand nous passerons en revue les cas nombreux où la pratique judiciaire a exclu ce moyen de sûreté 5 .

Son utilité est manifeste dans le cas d'un défendeur de mauvaise foi ; mais comme ce cas peut se présenter dans chaque cause individuelle, c'est celui qui exige le plus d'attention.

L'interrogatoire est surtout nécessaire au témoi-

de peines, selon la gravité du mal qui pouvait résulter du faux témoignage.

s Ceci s'applique en particulier à divers cas de procédure anglaise.

DE L'INTERROGATOIRE

gnage pour le rendre complet. La crainte de la peine et celle de la honte ont plus d'influence sur les témoins pour les empêcher de mentir, que pour les engager à tout dire : la peine atteint le mensonge ; la peine ne peut pas atteindre l'oubli réel ou simulé. On est jugé sur ce qu'on dit; il est bien difficile d'être jugé sur ce qu'on omet : il faudrait pouvoir s'assurer que le déposant a eu telle ou telle perception , qu'il l'a conservée dans sa mémoire , qu'elle s'est présentée à son esprit, et qu'il en a connu l'importance.

C'est par l'interrogatoire, et seulement par ce moyen , qu'un déposant de mauvaise foi est forcé d'abandonner successivement tous ses postes.

Une réponse est-elle vraie, elle sert comme témoignage direct ; est-elle fausse , elle est exposée à la contradiction du dedans et du dehors : et dès que la fausseté est décelée, elle opère comme preuve de caractère et de disposition , et par conséquent comme preuve circonstancielle.

Le silence, le pur silence est-il le résultat, il opère encore comme preuve circonstancielle.

Le témoignage est-il indistinct , frivole , inintelligible; à moins que ce ne soit le résultat d'une faiblesse manifeste d'esprit, cette confusion est l'équivalent du silence.

Il n'y a pas de cas imaginable où la faculté d'interroger soit un objet d'indifférence absolue ; pas même avec le témoin le plus vrai, le plus circonspect , le plus éclairé ; pas même avec celui qui a l'intérêt le plus direct dans la cause. II a encore besoin d'être interrogé pour mettre au jour des circonstances dont l'importance lui échappait , et il faut l'intelligence d'un interrogateur expert pour aider la sienne.

En un mot , sans l'interrogatoire , toute personne intéressée à la découverte d'une vérité est dans une entière dépendance du déposant.

Est-il croyable qu'il y ait des systèmes de procédure où l'on reçoive un témoignage qui n'est pas muni de cette garantie, et où ce témoignage , rendu par le même individu, fût exclu s'il était présent pour répondre? Dans une telle procédure , on a eu certainement toute autre vue que la recherche de la vérité.

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