Le déposant ne parlant qu'à la première personne
J'observe , sur cette règle , qu'elle est opposée à la pratique généralement établie dans le système technique : celui qui répond ne parle qu'à la troisième personne : le défendeur a dit, le défendeur a fait, etc; au lieu de dire : J'ai dit, j'ai /ait, etc.
L'origine de cette coutume si ridicule, si bizarre, remonte au temps où l'art d'écrire était un monopole entre les mains des clercs, des hommes de loi. Les déposants qui avaient à faire un narré par écrit s'adressaient à un avocat, qui le rédigeait pour
eux; et l'écrit, sigoé ou non signé parles déposants, devenait une sorte de preuve sur oui-dire.
Le secours d'un homme de loi n'était pas sans utilité. Laissé à lui-même, un homme de la classe commune ne sait point se renfermer dans son sujet, il omet l'essentiel et se perd dans des accessoires. L'homme de loi , pour son propre crédit , réprime ces écarts, et le ramène au point principal. Voilà un avantage sensible ; mais il n'y en a aucun à donner au discours une forme indirecte , à raconter ce qu'a dit le déposant au lieu de le faire parler luimême.
Au contraire, il y a un grand inconvénient. La responsabilité du témoin est diminuée à ses propres yeux : ce qu'il dit , ce n'est plus en son nom qu'il le dit; c'est au nom d'un autre, et d'un autre plus habile que lut , qui sait mieux ce qu'il faut taire , et la tournure qu'il faut donner aux choses. Ce n'est plus lut qui porte le blâme , s'il y en a ; ce n'est plus sa conscience qui répond de ce qu'on écrit. Ce qu'un autre dit pour moi est plus ou moins son affaire; ce que je dis en mon nom est exclusivement la mienne , je suis seul à en répoodre.
On trouvera peut-être cette distinction subtile; mais pour peu qu'on y réfléchisse , on sentira qu'elle est juste.