DÉFINITIONS ET NOTIONS PRÉLIMINAIRES
Nous venons de traiter de la preuve directe , celle qui consiste dans la déposition d'un témoin qui , relativement au fait principal, affirme purement et simplement ce qui est venu à sa connaissance par ses propres sens, en s'abstenant autant qu'il est possible d'y mêler aucune inférence tirée de son propre jugement.
La preuve circonstancielle est celle qui se déduit de l'existence d'un fait ou d'un groupe de faits, qui , s'appliquant immédiatement au fait principal, mènent à conclure que ce fait a existé. Cette conclusion est une opération du jugement. La distinction entre fait et circonstance n'est que relative à un cas donné. Tout fait par rapport à un autre peut être appelé une circonstance. Que le jour où tel meurtre a été commis, il ait tonné ou grêlé, c'est un événement fort indépendant du fait principal, mais qui peut être une circonstance â observer, et qui peut mener à des preuves. Les circonstances sont donc des faits placés autour de quelque autre fait ; chaque fait pour l'objet du discours pouvant être considéré comme un centre, tout autre fait peut être considéré comme étant autour de celui-là.
Les circonstances embrassent l'état des choses ou la conduite des personnes ; les choses fournissent ce qu'on appelle des preuves réelles : mais soit qu'on argumente d'après les choses ou d'après la conduite des personnes , cette nature de preuve est toujours la même , toujours fondée sur l'analogie, sur l'enchaînement des causes et des effets; aussi avons-nous dit, liv. I, ch. m, que toutes les preuves réelles étaient circonstancielles.
La porte d'une maison a été forcée : l'état de la serrure , les marques de violence , indiquent que
l'effraction s'est faite du dehors; des souliers, qui n'appartiennent à aucun des habitants de la maison, scfot trouvés dans un escalier obscur ; un cordonnier des environs les reconnaît pour les avoir vendus à un ouvrier qui a travaillé dans le village , et qui a disparu ; des effets volés , perdus sur la route , conduisent jusqu'à un cabaret, où on apprend que cet homme s'est arrêté, et où il a changé une pièce d'or, etc. Voilà un mélange de circonstances tirées des choses et de la conduite de l'individu , d'après lesquelles on infère qu'il peut être l'auteur du délit.
C'est ainsi que dans la chaîne infinie des causes et des effets , quoiqu'on ne puisse pas la contempler dans toute son étendue, on peut saisir avec assez de certitude quelques fragments détachés, et passer d'un anneau à un autre. Il en est de l'enchaînement des phénomènes naturels comme de la consanguinité , qui lie tous les hommes à un premier père. L'arbre généalogique de l'espèce humaine est caché à nos yeux , et le sera toujours ; mais çà et là , nous pouvons tracer d'une manière satisfaisante la descendance d'une famille, quoique ce fil ne mène jamais bien loin.
Prononcer qu'un événement fait foi d'un autre événement, c'est un jugement fondé sur l'analogie; analogie qui repose elle-même sur l'expérience. Mais il faut avouer que ce jugement peut être considéré comme une espèce d'instinct, tant par la promptitude de son opération que par la difficulté de l'expliquer, et par l'impossibilité de trouver des règles pour le conduire. Cet instinct qui guide les hommes si utilement ferait leur désespoir, s'il n'était pas presque uniforme dans tous ; et, en effet, toute probabilité s'évanouirait : tout ce qu'on pourrait dire sur la liaison des phénomènes serait vain , si Ton ne partait de la supposition que deux faits , qui paraissent liés d'une certaine manière aux yeux d'un individu , paraîtront liés de la même manière aux yeux des autres.
Les preuves circonstancielles se rencontrent également dans le civil et dans le pénal : elles diifere-