TÉMOIGNAGE CONTRE SOI MÊME
si Pacte qu'on suppose criminel était innocent en luimême.
2° Le discours peut être incomplet, et par cela même particulièrement sujet à de fausses interprétations. Le prévenu aura parlé de quelque circonstance qui peut avoir trait ou non au fait principal ; il peut avoir omis celle qui aurait donné la clef de l'événement, et qui aurait dissipé tous les soupçons : les faits qui manquent dans une relation accidentelle et imparfaite peuvent être de nature à changer le caractère du fait principal.
3° Le discours peut être faux ; mais , dira- t-on , est-il probable qu'un homme invente un mensonge contre lui-même , et s'expose à subir la peine d'un délit dont il n'est pas coupable? Cette supposition, tout étrange qu'elle parait d'abord , n'a rien d'impossible ni d'exagéré ; et le commerce entre les deux sexes fournit plusieurs exemples de cette espèce de dérèglement. Avec une femme non mariée, un homme cherchera lui-même à passer pour son séducteur, soit pour écarter des rivaux , soit pour déterminer les parents à accepter son alliance. Avec une femme mariée , on aura recours au même artifice pour amener un divorce. Sans avoir même en vue le mariage, la vanité seule est un intérêt suffisant pour engager un homme à s'avilir aux yeux (Tune classe de la société, dans l'espoir de s'élever aux yeux d'une autre.
Mats un témoignage contre soi-même peut être faux par bien d'autres causes :
1° Faux par ennui de la vie , par les souffrances d'une longue détention , par des peines qui peuvent conduire un homme malheureux à désirer ce genre de suicide plutôt qu'un autre ; dans le cas où il s'agit d'une imputation capitale.
2 e Faux par dérangement d'esprit , ou par des erreurs qui troublent la raison : tels ont été les aveux de sortilège , de communication avec les esprits infernaux , de pacte avec le diable , etc.
3° Faux par sympathie avec un individu que l'accusé veut sauver à ses dépens. Le drame de VHonnéte criminel était fondé sur un fait historique.
4° Faux par sympathie pour le public. Sans chercher des traits dans l'histoire, on peut rappeler l'épisode d'Olinde et Sophronie dans le Tasse, comme un exemple d'un mensonge magnanime, produit par le zèle de la religion ou l'amour de la patrie.
5° Faux pour obtenir une récompense pécuniaire. Ceci ne s'appliquerait pas à des délits capitaux; mais dans des délits inférieurs , un homme pour-
i Ce moyen de preuve , le témoignage contre soi-même, pour n'être pas dangereux, suppose une composition de tribunaux qui donne toutes les garanties possibles à l'innocence, et qui n'autorise aucun moyen de terreur, au-
rait prendre sur lui le crime et la peine pour en décharger le vrai coupable à un prix convenu. On dit que ce cas est fréquent à la Chine.
6° Faux pour s'assurer contre une autre accusa* tion. Dans une des dernières révolutions de Naples, l'amnistie ayant été promise à tous ceux qui viendraient se déclarer pour avoir été brigands, nom qu'on donnait alors à un parti , plusieurs paysans , qui n'avaient jamais pris les armes, allèrent par précaution se déclarer coupables pour recevoir le bénéfice de l'acte ; c'était une fausse quittance en cas d'une fausse imputation.
7° Faux pour cacher un délit qu'on a commis , par l'aveu d'un délit qu'on n'a pas commis. C'est ainsi qu'un homme , surpris de nuit dans une maison , avouerait un vol dont il est innocent plutôt que de trahir la femme pour laquelle il y était venu.
Tous ces cas sans doute sont rares en comparaison de ceux où les aveux sont de vrais témoignages contre celui qui les a faits : mais, plus on est porté à regarder celte preuve comme concluante, plus il est nécessaire de rappeler les faits qui peuvent l'infirmer.
Jusqu'ici nous n'avons considéré que les aveux extra judiciaires , c'est-à-dire sans l'intervention d'un juge, et sans interrogatoire, mais ces deux circonstances ajoutées font une grande différence.
Dans cette scène , où tout se passe à découvert sous des formes protectrices, il n'y aura guère d'autres aveux que les aveux imprudents, faits dans l'intention de se disculper , et les aveux par repentir. Précédés de toutes les preuves du délit , ils auront moins d'effet sur la conviction du juge que sur la satisfaction du public *•