DE LA POPULARITÉ DU CODE PÉNAL
Si elle est révélée , elle doit se trouver dans le texte des livres qui sont censés contenir l'expression des volontés de Dieu ; mais comme il n'existe point de pareil texte dans la révélation , et que la loi judaïque renferme des peines capitales , les partisans de cette opinion doivent s'appuyer d'une loi divine non révélée, d'une loi naturelle, c'est-à-dire d'une loi déduite de la volonté supposée de Dieu.
Mais présumer que Dieu veut, c'est supposer qu'il a une raison pour vouloir, une raison digne de lui , qui ne peut être que le plus grand bien de ses créatures. Dans ce sens , la loi divine naturelle ne serait autre que l'utilité la plus générale.
Présume-t-on des volontés de Dieu sans rapport à Vutiiilé, c'est alors un principe fantastique, illusoire, prêt à sanctionner toutes les rêveries des enthousiastes et toutes les folies des superstitieux.
La religion mal entendue a souvent opposé différents obstacles à l'exécution des lois pénales : — par exemple, les asiles ouverts aux criminels dans les temples.
Théodose 1 er défendit toute procédure criminelle pendant le carême. 11 alléguait pour raison que les juges ne doivent pas punir les criminels dans un temps où ils demandent à Dieu le pardon de leurs propres crimes. Valentinien I er ordonna qu'à la solennité de Pâques tous les prisonniers seraient élargis, excepté les accusés de crimes majeurs *.
Constantin défendit par une loi d'imprimer des stigmates au visage, parce qu'il est contre le droit de la nature de blesser la majesté du front de l'homme. Voilà une singulière raison ; la majesté du front d'un scélérat !
L'inquisition , dit Bayle , a condamné les hérétiques au supplice du feu pour ne pas violer la maxime : Ecciesia non no vit sanguinem. La religion a eu ses calembours comme la loi.
IV. Humanité. -— « N'écoutez pas la raison , qui nous trompe si souvent, mais le cœur, qui nous conduit toujours bien. Je rejette sans examen cette peine que vous proposez , parce qu'elle fait violence aux sentiments naturels, elle fait frémir les âmes sensibles, elle est lyrannique et cruelle. » Voilà le langage des orateurs sentimentaux.
Certes, si la répugnance d'un cœur sensible est une objection suffisante contre une loi pénale, il faut anéantir le code pénal. Est-il une seule de ses dispositions qui ne porte une atteinte plus ou moins douloureuse à la sensibilité?
Toute peine par elle-même est nécessairement
% Pilati. Histoire des révolutions , depuis l'acces-
lioo de Constantin jusqu'à la chute de l'empire d'Occident.
* Les termes passionnés rcnfermeul tous une pétition de
odieuse. Si elle n'excitait point d'aversion , pourrait-elle remplir son objet? Une peine ne saurait être approuvée qu'autant qu'on l'associe à l'idée d'un délit.
Je récuse le sentiment comme arbitre ; — je ne le récuse pas comme premier moniteur de la raison. Qu'une disposition pénale nous révolte , ce n'esta point assez pour la condamner, mais c'est un motif pour la scruter attentivement. Si elle mérite cette antipathie , nous en découvrirons bientôt les causes légitimes : nous verrons que cette peine est déplacée, ou qu'elle est superflue, ou qu'elle n'est pas en proportion avec le délit , ou qu'elle tend à produire plus de mal qu'elle n'en prévient. Nous parviendrons ainsi à découvrir le gîte de l'erreur. Le sentiment met la réflexion en œuvre , et la réflexion démêle le vice de la loi.
Les peines les plus généralement approuvées sont celles qui ont quelque analogie avec le délit : on croit y voir un caractère de justice et d'équité. Qu'est-ce au fond que cette justice et celle équité? Je n'en sais rien. On punit le délinquant par le même mal qu'il a fait ; — mais la loi doit-elle prendre exemple sur la conduite qu'elle condamne ? Des juges doivent-ils imiter le malfaiteur dans sa méchanceté? L'acte solennel et juridique devrait-il être le même en nature que l'acte criminel?
Ce qui plait en cela à la multitude , c'est qu'on ferme la bouche au coupable: il ne peut pas accuser la sévérité de la loi sans que sa conscience l'accuse lui-même.
Heureusement , le même tour d'imagination qui rend cette peine populaire, la rend convenable. Cette analogie qui frappe le peuple, frappe également les individus au moment de la tentation , et rend cette même peine un objet particulier de terreur.
Il importe d'écarter les fausses notions , même quand elles s'accordent avec le principe de l'utilité. Cet accord n'est qu'un hasard, et celui qui porte un jugement d'approbation , indépendamment de ce principe, se prépare à en porter d'autres qui lui seront contraires. 11 n'y a point de sûreté pour la marche de l'entendement jusqu'à ce qu'on ail appris à se servir constamment de ce principe , à l'exclusion de tout autre. Les termes purement approbatifs ou désapprobatifs , en matière de raisonnement, sont le bégayement de l'enfance. II faut s'en abstenir dans toute reoherche philosophique où il s'agit d'éclairer, de convaincre, et non d'émouvoir *.
principe, un jugement anticipé d'approbation ou de désapprobation impliqué daus le terme même. Celui qui s'en sert dans un argument veut faire une espèce de supercherie ou