‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 335 sur 443 · TÉMOIGNAGE ÉCRIT D'UN TÉMOIGNAGE SUPPOSÉ ORAL · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE ÉCRIT D'UN TÉMOIGNAGE SUPPOSÉ ORAL

toujours de questions du plus grand intérêt , des titres de possession pour des terres, des pouyoirs héréditaires, des dignités, etc. Ces espèces de preuves sont, comme on Fa dit, un pis aller, mais un pis aller nécessaire.

S. Application des mathématiques au témoignage.

Le sujet que nous traitons pourrait ouvrir une belle carrière aux mathématiciens ; mais si on appliquait leurs formules à des cas réels , les résultats seraient souvent à l'inverse du sens commun.

Supposez qu'un mathématicien , partant des observations que nous venons d'exposer , se mit â l'œuvre dans son propre genre , et , parce que la démonstration est le fruit de sa science , s'imaginât pouvoir arriver à des conclusions certaines sur la crédibilité du témoignage. Dans une série d'ouïdire , la force probante est inversement comme le nombre des degrés. Cette proposition énoncée dans la langue algébrique par des lettres et non par des mots , aurait la prétention de passer pour une vérité irréfragable. Oui , mais comment? Dans la supposition que dans chaque cas un oui-dire d'un plus bas degré étant comparé avec un ouï-dire d'un plus haut degré, la crédibilité des témoins est toujours au même niveau. Or cette supposition admise tacitement et gratuitement dans la formule est tout à fait fausse.

11 s'agit, par exemple , d'un procès sur un objet pécuniaire de petite valeur ; des deux parts il y a témoignage d'ouï-dire : du côté du demandeur , oui-dire du second degré ; mais le témoin déposant et le témoin intermédiaire , tous deux bien connus, tous deux opulents, sont au plus haut degré de l'échelle morale : du côté du défendeur , ouï-dire du premier degré ; mais le témoin déposant est dans la classe indigente et de plus un menteur notoire. Par la règle du mathématicien , la décision serait en faveur du défendeur; mais tout autre que le mathématicien prononcerait sans hésiter en faveur du demandeur.

D'après ces considérations , que doit-on penser de ces lois de procédure qui , sans peser la valeur des témoignages, prétendaient prévenir des jugements erronés en requérant pour la validité des sentences un nombre spécifié de témoins? Le nombre peut être complet, le nombre peut être

1 « On a été jusqu'à fixer le degré respectif de confiance dû aux témoins de chaque sexe. — Le témoignage de deux femmes ou filles devait servir autant et ni plus ni moins que celui d'un homme , et celui de quatre femmes ou filles autant que celui de deux hommes. — C'est , entre autres statuts , dans ceux du pays de Vaud que je trouve cette distinction absurde , plus humiliante pour le législateur

au delà du complet ; et la force probante du témoignage , au lieu d'être plus forte , sera, dans tel cas donné, plus faible que s'il n'y en avait qu'un. On se demande où est la probité , où est le bon sens des juges lorsqu'ils prononcent sur des preuves dont le vice est si apparent. Hais il n'y a pas un chapitre de cet ouvrage où l'on ne pût démontrer par des faits nombreux que le sens commun a été comme étouffé par les vapeurs de la science jurisprudencielle i .

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