‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 337 sur 443 · DU TÉMOIGNAGE SUPPOSÉ ÉCRIT, TRANSMIS ORALEMENT · texte numérisé non relu

DU TÉMOIGNAGE SUPPOSÉ ÉCRIT, TRANSMIS ORALEMENT

La liaison de l'événement avec son intérêt personnel est ce qui donne le plus haut degré de sécurité pour la durée et l'exactitude de l'impression qu'il en conserve.

Quand il s'agit d'évaluer l'importance qu'avait l'événement aux yeux du témoin , il faut s'assurer qu'elle était sensible pour lui, c'est-à-dire, qu'il a pu l'estimer telle, qu'il était constitué pour en juger comme tout autre individu l'aurait fait à sa place; il faut même, autant qu'on le peut, se reporter aux circonstances où il était placé au moment du fait, examiner quel degré d'intérêt il y a pris, quelle attention il y a donnée: car, quelque important que soit le fait, si son esprit était préoccupé d'une affaire majeure pour lui , si , pressé par le temps , il n'a pu s'en occuper qu'à la hâte , l'impression qu'il aura reçue sera proportionnellement faible, le souvenir incertain et flottant, quoique dans d'autres circonstances le même événement eût fait sur lui une impression permanente et distincte.

Une preuve plus forte, plus digne de confiance que celle qui est constituée par le témoignage oral seul , est celle qui résulte de la combinaison de ce témoignage avec un article de preuve casuelle écrite , écrite par la même personne en forme de lettre ou de mémorandum à l'époque de l'événement ou peu après , et l'écrit étant produit , non à la demande de son auteur, mais à celle de la partie adverse. Ici se réunissent toutes les sûretés possibles. L'écrit est une garantie contre les infidélités de la mémoire, et un certificat de la vérité du témoignage oral '.

Ce moyen de preuve est un bonheur fortuit ; il dépend d'une disposition accidentelle aussi bien que des facultés littéraires du témoin.

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