COMPARAISON DE LA MEUVE PAR COPIE A LA PREUVE PAR O0Î-DIRE
Si l'on compare la preuve qui se fonde sur une copie à celle qui se fonde sur un oui-dire, on n'aura pas de peine à voir que la première l'emporte sur la seconde.
Cette supériorité résulte de ce qu'elle présente moins de danger d'inexactitude; je parle d'inexactitude accidentelle sans fraude et sans dessein.
1* Dans le témoignage sur oui-dire , le témoin supposé immédiat et le témoin déposant ne sont pas les mêmes personnes.
Quand on présente une copie (supposant qu'il y ait eu un original ) , la personne qui est prétendue y parler est encore la même.
Le 1 er janvier 1810, étant judiciairement interrogé , je rapporte ce que j'ai vu moi-même ce même jour. C'est là le témoignage direct ordinaire; dans ce cas il n'y a qu'un seul intellect qui soit concerné dans l'exposé du fait.
Le 1* janvier 1812, étaut judiciairement interrogé, je rapporte que ce même jour j'ai entendu Titius dire lui-même qu'il veoait de voir tel ou tel fait. Voilà le témoignage sur oui-dire ; dans ce cas il y a deux intellects concernés dans l'exposé en question.
Le 1 er janvier 1812 , A fait une copie d'une lettre censée originale , qu'il a écrite le même jour, et qu'il a envoyée en son nom. Dans ce cas encore il
DANS QUELS CAS UNE COPIE SERA-T-ELLE REÇUE
n'y a qu'un seul intellect concerné dans l'exposé de l'affaire.
Qu'au lieu de copier lui-même il ait employé la main d'un autre, la différence est petite ou nulle. Dans le cas d'un scribe exact, le danger d'inexactitude sera moindre quand l'écrit qu'il copie est d'une autre main; dans le cas d'un scribe inexact, il fera moins de fautes quand il copie sa propre écriture.
2° Dans le cas d'un témoignage oral , la force probante sera inversement comme la distance entre la date de la perception et la date de la déposition. Plus on s'éloigne d'un fait, plus ses circonstances s'effacent ou se confondent.
Dans le cas de la copie , la force probante ne reçoit aucune diminution par la distance entre le temps où l'écrit original a été fait et celui où il a été transcrit.
11 résulte de ce qui a été dit qu'un témoignage sur oui-dire est sujet à bien des causes d'inexactitude qui n'affectent pas une copie. Le déposant peut avoir saisi à la volée le discours qui frappait son oreille , il peut s'être mépris sur le sens , il peut Tavoir oublié en partie , ou y ajouter par erreur des circonstances différentes. Le copiste a toujours son original sous les yeux, il peut y revenir pour s'assurer de son exactitude , et le mot n'est pas plutôt fixé que sa conservation est placée sur une base plus forte que celle de la plus forte mémoire.
La seule cause d'inexactitude pour le copiste est le défaut <T attention. De là peuvent résulter des erreurs par omission , par substitution , par insertion. Quelle est la plus probable?
L'omission se présente d'abord comme la plus naturelle. Un mot de l'original qui échappe à l'œil produira une omission correspondante dans la copie ; et même , si le sens n'est pas rendu inintelligible, une ligne entière peut être omise. Les signes distinctifs des phrases, les virgules, les points , sont facilement oubliés.
La substitution d'un mot à un autre par le seul changement d'une lettre est presque aussi probable qu'une simple omission , surtout quand les lettres ont une ressemblance ou une affinité l'une avec l'autre ; motus pour notus, pourvu pour prévu. Ce genre de faute peut être aisément le résultat d'une méprise , d'une erreur de conception , surtout si le copiste n'a qu'une connaissance superficielle du sujet , et que la phrase , malgré son altération , reste intelligible. Si elle ne présente aucun sens , ou qu'elle forme un sens absurde , et que le copiste ne soit pas un homme dépourvu de juge* ment , ce n'est plus qu'à l'inattention qu'on peut rapporter cette espèce d'inexactitude.
L'addition d'un mot est une faute qui n'est pas sans exemple, mais elle est beaucoup plus rare que les deux autres. Elle ne tient pas à une simple erreur du jugement, à un simple défaut d'attention ; elle a sa source dans l'imagination du copiste, imagination qui se mêle à son travail , faute d'une comparaison attentive et suivie avec l'original qu'il a sous les yeux.
Ces distinctions ne sont pas sans utilité : elles mettent sur la voie pour distinguer entre les dévialions celles qu'on peut regarder comme des indices de fraude , et celles qu'on doit simplement attribuer à une inexactitude innocente.
Dans les procédés judiciaires il y a deux cas où l'erreur est sans conséquence : 1° lorsqu'elle tombe sur des mots qui n'ont aucune importance pratique ; 2° lorsque la correction est facile et suffisamment indiquée par le contexte.
Plus une série de mots est souvent répétée, moins il est probable que la même erreur souvent répétée sur ces mots soit faite sans intention : et s'il y a un seul endroit où la foule ne se trouve pas , où le vrai sens soit conservé, on a là un guide qui sert à rétablir le texte dans tout le reste.