‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 388 sur 443 · DISTINCTION DES FAITS IMPOSSIBLES EN TOUT OU EN DEGRÉ · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES FAITS IMPOSSIBLES EN TOUT OU EN DEGRÉ

Les rails considérés comme impossibles peuvent être divisés en deux classes: 1° les faits impossibles en totalité; en les supposant vrais , ils seraient une violation de quelque loi de la nature manifeste et généralement reconnue ; 2° les faits impossibles en degré; vrais et peut-être réalisés chaque jour dans une certaine mesure : faux dans le degré qui leur est attribué par le témoignage en question. Jusqu'à un certain point , ce seront des faits ordinaires : au delà de ce point, ils seront extraordinaires; mais fixer absolument dans celte échelle le point où l'impossibilité commence , est une opération qui surpasse l'intelligence humaine.

Donner un catalogue complet des faits impossibles en totalité j ce serait donner un catalogue complet de toutes ces observations générales qui ont reçu le nom de lois de la nature. Cette notion est au delà des limites de la science humaine dans son état présent. Mais il est des propriétés communes à tous les corps connus ; propriétés si bien établies , que tout témoignage direct en faveur d'un fait qui les contredit, peut être rejeté par la seule objection tirée de l'impossible.

Aucun corpsnepeut occuper deux places dans le même temps. Il est évident qu'un fait qui supposerait le contraire serait une violation d'une loi de la nature universellement connue , qu'il n'y a point de témoignage positif, quel que fût le nombre des témoins prétendus , qui pût le faire recevoir pour vrai dans une cour de justice : du moins en Angleterre ou en France. Aussi Valibi, dès qu'il est prouvé, fournit la preuve la plus satisfaisante de l'innocence de l'accusé.

Mais supposons qu'en Angleterre le plus grand espace parcouru en vingt-quatre heures jusqu'à nos jours eût été deux cents milles ; pi un individu accusé d'un certain délit avait été vu, dans les vingt-quatre heures où ce délit a été commis , à

une distance de deux cent vingt-cinq milles du lieu où l'acte criminel s'est passé, ce serait une question de degré; il ne serait pas notoire qu'il y a violation d'une loi de la nature : ce serait une déviation de son cours ordinaire ; le juge pourrait dire : « Dans tous les cas de célérité que j'ai pu observer « ( ici c'est perception ), et dans tous ceux dont j'ai « entendu parler ( masse indéfinie de témoignages « extrajudiciaires ) , il n'y en a point qui ait excédé « les deux cents milles dans les vingt -quatre u heures; le fait qu'on affirme est donc extraordi- «< naire, et tellement extraordinaire, qu'il en devient u improbable, malgré le témoignage affirmatif des « accusateurs. L'erreur ou le mensonge de leur « part est moins improbable que cette célérité qui « dépasse toute expérience. J'en conclus que le » délit imputé à cet homme n'a pas été commis par « lui. >»

II ne serait pas absurde dans un cours de droit , et surtout dans un traité de l'art judiciaire , de placer un sommaire des lois de la nature , dans leur application aux diverses questions qui peuvent se présenter à des juges; mais on doit supposer que tous les hommes qu'on élève aux fonctions éminentes de la judicature ont passé par les écoles de la philosophie.

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