‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 42 sur 443 · Maux négatifs inséparables de l'emprisonnement · texte numérisé non relu

Maux négatifs inséparables de l'emprisonnement

1° Privation des plaisirs qui tiennent à la vue , à celte diversité d'objets dans les villes, ou de scènes rurales qui amusent l'imagination dans la campagne.

2° Privation des exercices agréables qui requièrent un espace étendu pour s'y livrer : l'équitation , la chasse , les courses champêtres.

3° Privation des voyages, qui peuvent même être nécessaires pour la santé, comme les bains de mer ou les eaux minérales.

4° Absence de tous les amusements publics, assemblées , spectacles , bals , concerts , etc.

5° Absence des sociétés particulières avec lesquelles on est dans l'habitude de vivre ; perte des plaisirs domestiques, dans les cas où un prisonnier a une femme , des enfants , des parents proches.

6° Interruption nécessaire de toutes les occupations et professions qui exigent la faculté locomotive ou le concours de plusieurs personnes ; dans plusieurs cas , privation totale des moyens de gagner sa subsistance.

7° Privation de l'exercice de toutes les fonctions publiques , magistratures , places de confiance ou d'honneur , corporations , élections , etc.

8° Pertes des occasions accidentelles d'avancer sa fortune et de servir les siens , de se recommander à des protecteurs , de se faire des amis , de mettre ses fonds en valeur , d'obtenir une place , de se marier, ou de marier ses enfants.

Quoique ces maux soient purement négatifs en première instance , c'est-à-dire des privations de plaisirs, il est évident qu'ils entraînent , dans leurs conséquences , des peines positives , telles que l'affaiblissement de la santé , et différentes causes d'appauvrissement.

2. Peines accessoires communément attachées à Pétat de prisonnier.

1° Assujettissement à un régime de nourriture désagréable : je ne parle pas ici de la souffrance occasionnée par une diète insuffisante ; c'est un chef à part.

2° Le manque des moyens convenables pour le repos de la nuit : un lit dur , ou de la paille , ou la terre nue. De là un malaise universel , souvent des maladies aiguës, et même la mort.

3° Le manque de lumière, soit, durant le jour,

BESTOA*. — TOB* 11.

par l'exclusion du soleil , soit , durant les soirées , par la prohibition de la lumière artificielle.

4° L'exclusion totale de la société : ce genre de sévérité est au comble lorsqu'on ne permet pas même au prisonnier de voir , à certains jours , ses amis , ses parents , sa femme , ses enfants.

5° L'obligation de vivre en commun avec un assemblage de prisonniers de toutes les espèces.

6° Le manque des moyens de correspondance au dehors par lettres. Sévérité inutile en général , puisque tout ce qu'un prisonnier écrit est soumis à l'inspection : justifiable tout au plus dans les cas de trahison ou de rébellion.

7° L'oisiveté forcée par le refus des moyens nécessaires d'occupation , comme des pinceaux à un peintre , des outils à un horloger , des livres , etc. On a poussé quelquefois la rigueur au point de priver les prisonniers de tout amusement.

Ces différentes peines, qui sont autant de maux positifs ajoutés aux peines nécessaires du simple emprisonnement, peuvent avoir leur utilité dans un emprisonnement pénal et pénitentiel : nous verrons ailleurs comme on doit en user. Mais, par rapport au cinquième inconvénient, l'obligation de vivre en commun avec un assemblage confus de prisonniers , c'est toujours un mal ; mal auquel on ne peut obvier , il est vrai, que par un changement dans le système et la construction des prisons.

Nous allons passer aux maux purement abusifs , à ceux qui n'existent que par la négligence du magistrat, mais qui existeront toujours, à moins qu'on n'ait créé un système de précautions ou de moyens préventifs pour chacun de ces maux. Pour cet effet, il faut présenter deux catalogues , celui des abus et celui des moyens préventifs.

Maux.

Page 1