‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 60 sur 443 · DE8 PEINES CAPITALES · texte numérisé non relu

DE8 PEINES CAPITALES

La peine capitale se 'divise en deux espèces , la mort simple et la mort afflictive : j'appelle simple celle qui n'est accompagnée d'aucune peine au delà de ce qui parait nécessaire pour l'accomplir ; afflictive , celle qui est accompagnée d'autres peines.

Si nous avions à comparer les divers procédés par lesquels on peut produire la mort simple, ce serait pour découvrir le mode qui peut mériter la préférence, comme plus prompt dans son effet ou plus exemplaire.

Celui qui est usité en Angleterre n'est peut-être pas le meilleur. Dans l'étranglement par suspension, le poids du corps est rarement suffisant pour faire cesser subitement la respiration. Si le patient est laissé à lui-même, on aperçoit pendant quelques instants des agitations convulsives ; aussi voit-on souvent les spectateurs, par pure compassion, saisir le mourant par les pieds, et ajouter tout leur poids au sien, pour abréger sa souffrance. L'étranglement par le lacet, tel qu'il est pratiqué en Turquie pour les musulmans * , peut paraître plus rigoureux, soit à raison de nos préjugés contre les usages du gouvernement despotique, soit parce que l'exécuteur , dans ce genre de mort , a plus de part a l'opération que dans l'autre ; mais il est certain que ce mode est plus prompt. La force est appliquée directement pour couper la respiration , au lieu que, dans la suspension, elle n'agit qu'obliquement : et de plus, la force de deux hommes , qui agissent de concert pour serrer le noeud , est supérieure à celle du poids d'un seul.

Cependant il est connu , par le rapport de plusieurs personnes secourues à temps , que dans l'étranglement par suspension , la faculté de sentir est bientôt arrêtée. On croit que le sentiment cesse avant que les convulsions soient terminées, et que la peine est plus grande en apparence qu'en réalité.

Par rapport à la décapitation , il y a des raisons de soupçonner que la sensibilité peut durer au delà de l'opération : elle peut se conserver dans le prolongement de la moelle épinière ou dans le cerveau.

i C'est chez eux la peine d'honneur, comme la décapitation parmi nous.

s Chacun sait la raison qui a fait abolir ce genre de mort parmi les nations chrétiennes. Félix culpa, dirions-nous avec un Père de l'Église, dans un autre sens, si la même raison eût fait abolir tous les autres supplices cruels. L'exposition aux bétes féroces est bien un de ceux que l'esprit de l'Évangile devait détruire. 11 subsista toutefois sous les

On voit du moins quantité d'insectes continuer à se mouvoir après que la tête a été séparée du tronc.

Peines capitales afflictive*.

Pour épuiser le sujet , il faudrait passer en revue les registres criminels de toutes les nations; mais quelle découverte utile à l'humanité pourrions-nous espérer d'une telle recherche , capable d'en compenser le dégoût? Nous nous dispensons de cette étude et de ces descriptions , d'autant plus volontiers que tous les supplices affectifs ont disparu des codes les plus récents de l'Europe , et que, là où ils ne sont pas formellement abolis , ils ne sont plus exécutés. Jouissons de cet heureux effet du progrès des lumières : il y a peu d'occasions où la philosophie puisse offrir aux gouvernements des félicitations plus justes et plus honorables. L'importance du sujet ne nous permet pas toutefois de n'en faire aucune mention. Cette jurisprudence a régné trop longtemps, elle a eu trop d'apologistes, elle peut citer trop de grands noms à son appui, pour devoir être entièrement omise dans un ouvrage expressément écrit sur les peines. Il est bon de montrer que la raison s'accorde avec l'humanité pour condamner ces supplices , non -seulement comme inutiles , mais comme produisant des effets contraires à l'intention du législateur.

Si l'on considère ces supplices nfflictifs , les uns, qui ont été abolis depuis longtemps* tels que la crucifixion * , l'exposition aux bêtes féroces ; les autres, qui ont prévalu plus ou moins chez les nations modernes do l'Europe, tels que le feu, l'empalement, l'écartèlement, la roue, on voit que, dans tous, la circonstance la plus afflictive , c'est leur durée ; mais cette circonstance n'est pas de nature à produire l'effet qu'on en attend.

Dnns la description de la loi , ce qui frappe le plus vivement, c'est Yintcnsité de la |>eine : la circonstance de sa durée fait beaucoup moins d'impression. Une légère différence dans la rigueur apparente du genre de mort frappe l'imagination avec une grande force : l'idée de la durée est presque entièrement absorbée dans celle de la mort.

Dans la description légale du supplice , la circonstance de la durée n'est jamais mise en évidence; on n'en dit rien , parce qu'elle est naturellement

empereurs chrétiens. Valenlinien faisait jeter les criminels dans le charnier de deux ourses, auxquelles, par une dérision barbare, il donnait le nom de Mielte-d'Or et d'Innocence: et même, pour récompenser les services d'un de ces animaux, dont il s'était plu souvent à contempler l'appétit féroce, il le at remettre en liberté dans les forêts. Gibbon, tom. IV, chap. xxv.

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