‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 71 sur 443 · Publication du délit · texte numérisé non relu

Publication du délit

De toutes les mesures qui appartiennent à ce chef, la moins sévère est celle de la publication, consistant simplement à rendre notoire le fait du délit , et à désigner le délinquant. Cette mesure a divers degrés de sévérité, correspondant aux divers degrés de publicité possible. On peut inscrire le fait dans un registre accessible à peu de personnes , ou accès* siblc à tous. On peut le notifier par proclamation , au son de la trompette , au son du tambour. On peut l'afficher dans un placard. Depuis l'invention de l'imprimerie , on peut le faire circuler dans tout l'Etat , et en fixer le souvenir d'une manière indélébile t. U est évident que le déshonneur qui en résulte aura plus ou moins d'intensité , selon que le délit est réputé plus ou moins odieux.

iftans les cas de certains délits contre la police, par exemple , celui des poids frauduleux dans la vente des denrées , le magistrat menace fréquemment le délinquant , en

*. Admonition judiciaire.

L'admonition peut être considérée sous points de vue : — en qualité de moyen préventif fà^ — en qualité de peine. ^^

Ce n'est pas proprement un exercice de pouvoir ;ôiBLlQTEG& le juge n'y décerne rien de lui-même ; tout ce qu'il^ Défait, c'est de rappeler à l'esprit de l'individu les dispositions de la loi à son égard : Mémento. Cette opération , toute simple qu'elle est , n'est point inutile. Le premier effet des passions est de reléguer, pour ainsi dire , dans l'obscurité les motifs qui pourraient les combattre. Rappelées dans le poste d'où elles avaient été expulsées , ces puissances tutélaires peuvent regagner tout l'ascendant qu'elles avaient perdu. Or, quoi de plus propre à réveiller dans le cœur le sentiment de la vertu et le respect des lois , que la voix imposante des gardiens de la probité publique.

L'admonition est une peine qui porte sur l'honneur. Remettre sous les yeux d'un homme en public ses devoirs et les lois, c'est supposer qu'il aurait pu les oublier et les enfreindre : mais , de toutes les peines honoraires , c'est la plus légère , vu qu'elle renferme , pour celui qui en est l'objet , un témoignage d'estime. Elle est , en fait d'honneur, ce qu'est une amende modique en fait de peines pécuniaires. Sa gravité dépendra de sa publicité, du nombre et du choix des personnes admises à la cérémonie. Plus la loi distinguera de nuances, plus elle relèvera aux yeux des citoyens l'importance de cette peine salutaire ; importance qui sera l'indice et le gage de l'ascendant qu'oblient la sanction morale. Heureux le peuple sur lequel ses magistrats auraient une forte prise par un fil aussi délicat !

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