Oeuvres de jeunesse H. de Balzac Dom Gigadas
L’habitant du nord de la France, accoutumé à entendre préconiser la parfaite homogénéité qui recommande sa belle patrie à l’attention des politiques, ne manque pas de sujets d’étonnement lorsque, pour la première fois, il en visite les provinces méridionales. Sous les cieux purs et brûlants de ce pays, au milieu de celte riche et étrange végétation, frappé également de l’aspect original de ces populations vives et tranchées où ressortent toujours les types primitifs, et de l’énergique accent de leurs dialectes scandés et sonores, il pourra bien se demander s’il est encore réellement en France, si ce sont bien là des Français, questions qui, proférées tout haut, provoqueraient souvent des réponses négatives. Le Provençal, en particulier, s’honore médiocrement du titre de Français, si peu qu’il le prend, et le donne ordinairement comme
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injurieux, ayant soin d’en altérer seulement la dernière syllabe. En effet, qu’ont de commun ces hommes bruns et nerveux, tantôtgraves et tantôt bruyants, impétueux et paresseux, avec les natures patientes et uniformes, les physionomies émoussées et pâteuses des véritables Français? Rien absolument ne les relie à eux excepté les lois, auxquelles, même de nos jours, les Provençaux n’ont jamais été complètement soumis.
Dans les grandes villes et dans toutes les parties de nos provinces méridionales qui sont accessibles au commerce, ces différences de mœurs sont sans doute fort aplanies; mais elles ne s’effaceront jamais tout à fait, car elles tiennent en grande partie au climat, sur lequel la civilisation n’a pas une influence appréciable. Il y a d’ailleurs assez longtemps que le niveau agit, pour supposer que tout son effet soit produit. On trouve aussi quelques points reculés, quelques cantons ingrats que leur situation ou la nature du sol ont entièrement préservés du progrès et où l’observateur peut encore reconnaître des caractères collectifs, des usages indigènes et des croyances natives. Telle est la région qui avoisine les embouchures du Rhône, et dont une partie appartient à l’ancienne Provence et l’autre au Languedoc. Telle du moins elle était encore il y a peu d’années, car l’hydre de la spéculation a récemment étendu jusque-là un de ses bras polypéens. En attendant le succès fort hypothétique de leurs plans d’amélioration, les compagnies auxquelles ces déserts sont aujourd’hui en proie ont toujours commencé par altérer également et la race des habitants et la physionomie du pays. L’industrie n’y gagnera probablement pas grand’chose, mais la poésie et l’art y perdront beaucoup.
Cette région est divisée par la nature en trois parties qui portent des noms différents.
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Celle qui est située à gauche des embouchures du Rhône, entre le grand bras du fleuve et le torrent de la Durance, est appelée la Crau, vaste plaine de cailloux coupée de canaux abandonnés.
Le delta de sables et de marécages compris entre les deux bras du Rhône prend le nom de Camargue.
A droite est la petite Camargue et le territoire d’Àigues-Mortes.
Ces trois cantons, qu’on n’est pas habitué à considérer ensemble, et qui cependant se rattachent par les mœurs de leurs habitants et leuraspect également sauvage, quoique varié, forment un demi-cercle dont la corde, inclinée de l’ouest à l’est, se trouve formée par la ligne de la Méditerranée, et dont la ville d’Arles marque le point culminant. Le littoral des différentes parties est occupé par des étangs salés et peu profonds. Le sol, partout également plat, indique un terrain d’alluvion. Nous n’étendrons pas davantage cette description topographique, qui, quoique très-succincte, suffit à montrer le théâtre de cette histoire. Les autres détails nécessaires trouveront certainement leur place dans le cours du récit.
La ferme de Meyran, où nous avons obtenu les Mémoires sur lesquels ce récit est basé, est située entre Trinquetaille et Saint-Gilles, sur la rive droite du petit bras du Rhône et à environ un quart d’heure de marche de la rivière. C’était autrefois un bel et respectable château, ceint de grands bois et de nobles domaines, comme c’est aujourd’hui une bonne et notable ferme, entourée de bonnes terres et de gras pâturages. Il ne reste plus des anciens bâtiments que le portail, deux tours noires et moussues dont il est flanqué, et quelque bout de rempart. Dans la partie du fossé qui n’est pas comblée, on a pratiqué un abreuvoir pour le bétail, qui
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sert aussi aux ébats des canards et des oies. Le pontlevis a été remplacé par une chaussée pavée. A quelle époque ce domaine a-t-il changé de maître et de destination? c’est ce que nous ne saurions préciser. Ce qu’il y a de certain, et nous n’avons pas besoin d’en savoir davantage, c’est qu’il était encore au xvii” siècle le patrimoine des seigneurs de Meyran, et que ses tours et son enceinte crénelée se montraient alors sinon intactes, du moins dans leur entier. Les légères cicatrices empreintes par les guerres partielles sur les flancs du vieux manoir attestaient seulement sa solidité; et la sombre teinte que le temps lui avait donnée justifiait l’orgueil de ses maîtres.
Au xvii e siècle, cependant, la famille de Meyran était déjà bien déchue de sa grandeur et de son importance. Le temps n’était plus où elle dominait de sa bannière cinquante pennons de chevaliers, comme lorsqueÉmery de Meyran suivit le roi saint Louis au saint voyage d’Égypte. Elle ne pouvait pas non plus, comme au temps d’Henri IY, répandre à flots- le sang de ses enfants, sans craindre que son nom pût s’y perdre. René de Meyran, l’ami de l’amiral de Coligny, zélé protestant et l’un des plus chauds partisans d’Henri IV, vit sept gentilshommes de son nom, dont trois étaient ses fils, périr diversement au service de ce prince.
— J’ai encore trois enfants et de neveux autant, que j’élève à vivre et à mourir ainsi pour Votre Majesté, répondit le vieux guerrier à son roi qui le plaignait de ses pertes.
Plusieurs lettres de la main du monarque témoignèrent de la reconnaissance qu’un tel dévouement lui inspira, et la famille de Meyran, jusqu’alors toute provinciale, se trouva impatronisée à la cour. Mais cet arbre vigoureux, dont les rameaux semblaient n’être
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arrachés par la guerre que pour faire place à de nouveaux rejetons, dont la sève était intarissable quand elle était prodiguée, se flétrit et dépérit au sein de la paix et loin du sol natal. Des membres nombreux de cette vaillante famille, les uns moururent sans postérité, d’autres furent retranchés parle duel; un dernier fut étouffé par l'air de la prison, et, en 1659, époque où commence cette histoire, il ne restait plus pour soutenir cette maison, jadis si florissante, qu’un vieillard et son petit-fils.
Le vieillard était le fils de René de Meyran. Après l’assassinat de Henri IV, il s’était retiré dans son manoir, d’où il sortit poûr aller à La Rochelle défendre sa religion, et où il rentra après la défaite des protestants, traités par Richelieu avec aussi peu de respect que s’ils eussent été des séditieux ordinaires. II refusa toujours de prendre part aux intrigues de cour, considération qui porta le ministre à l’épargner ; mais son petit-fils s’étant jeté dans la conspiration de Cinq-Mars, ne put échappera la Bastille, où il mourut après une année de détention, ne laissant qu’un fils auquel le vieux seigneur se dévoua tout entier, comme à l’unique héritier de son nom.
Cet enfant, qui fut nommé René, en mémoire de son bisaïeul, fut élevé dans la plus rigide pratique de la religion réformée et dans l’horreur des cardinaux, des •ministres et d’une cour ingrate et corrompue. A l'àgc de vingt ans, il n’avait guère quitté le manoir paternel ; mais, d’ailleurs, il était instruit de tout ce qu’il convenait alors à un gentilhomme de savoir. Son grandpère et le chapelain du château avaient soigneusement cultivé son esprit; sa mère, qu’il n’avait perdue quedepuis deux ans, et qui n’était rien moins qu’une Rohan, avait eu le temps de polir ses manières; enfin, l’écuyer
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de son aïeul lui avait appris à faire des armes, à monter à cheval, et d’heureuses dispositions, une bonne constitution, un exercice constant, avaient bien secondé ces divers instituteurs.
Après la mort de sa mère, René se trouva à peu près livré à lui-même : car son aïeul, usé par ses chagrins plus que par l’âge, était alors bien infirme et ne sortait plus de sa chambre. Malgré sa figure austère et ses principes rigides, comme c’était un homme excellent et raisonnable, il n’exigea point que son petit-fils se fit impotent, parce que lui-même l’était devenu. Pourvu qu’il le vit matin et soir, et qu’il connût l’emploi de son temps, il le laissait parfaitement libre, sous la surveillance de Bertrand, le vieil écuyer. René n’avait garde d’abuser de cette confiance. Bien que ses vingt ans n’eussent point échappé à l’inquiétude que cet âge éveille d’ordinaire dans une organisation saine et active, il ne s’était point avisé de distractions autres que la chasse et les exercices. A peine une fois par mois poussait-il jusqu’à Arles ou jusqu’à Nirnes; et, s’il revenait songeur de ces incursions, si la nuit d’après son sommeil était agité et troublé de quelques apparitions insolites, le lendemain une chasse à courre ou une expédition dans les marais de la Camargue lui rendait toute sa tranquillité. Un observateur peut-être eût pronostiqué que ces palliatifs ne seraient pas longtemps efficaces; peut-être eût-il pensé que l’activité de ce jeune homme, à force de tourner sur elle-même, ne pourrait manquer de s’échapper comme une pierre s’échappe de la fronde, et qu’il eût été besoin de lui donner quelque aliment; mais le vieillard n’avait plus desyeux capables d’une telle prévision. Content de la sérieuse attention que son petit-fils prêtait à ses paroles et du zèle qu’il témoignait pour la religion souffrante, il s’applaudissait
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de son ouvrage, et se disait que rien désormais n’en pouvait altérer la perfection. Ce jeune arbrisseau, abrité sous sa main, n’avait plus qu’à achever d’y grandir; nul souffle humain ne l'arracherait désormais du roc où ses racines s’étaient lentement établies, et ne l’empêcherait de devenir une des colonnes du protestantisme ; car c’était pour cela, autant que pour continuation de sa race, que le seigneur de Meyran avait, avec tant d’amour, gardé son fils dans la solitude.
René était assurément protestant de cœur et d’esprit; cependant il y avait bien un peu de feintise dans l’enthousiasme religieux dont il faisait montre devant son aïeul. A l’àge où il était arrivé, les préceptes doivent être mis en action, sous peine de s’effacer. Il écoutait toujours avec la même soumission les sermons du chapelain; mais il ne méditait pas longtemps sur leur objet. Ses vœux pour la restauration du protestantisme en France étaient aussi ardents; mais, quoiqu’il n’en dît rien, il ne pouvait se cacher à lui-même qu’il ne s’y mêlât un profane espoir de guerre et d’aventures. Enfin il était forcé de s’avouer qu’il ne ressentait que bien peu d’éloignement pour la société des catholiques, quoiqu’il professât pour la cour et les ministres la haine qu’en bon fils il devait vouer aux persécuteurs de son père. Bref, il se trouvait en plein sur la voie de tiédeur qui mène à l’indifférence, tandis qu’on le croyait plongé dans les rayons du plus chaud enthousiasme. Il s’accusait lui-même de ces mauvaises dispositions, et les cachait pour ne point affliger son père, qu’il aimait et vénérait au même degré.
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l’Al'LIN
Un soir qu’un peu d’ennui l’avait laissé réfléchir à l’état de son esprit plus qu'il n’est habituel à son âge, René fut interrompu par la venue de son piqueur, auquel il avait ordonné de préparer la chasse pour le lendemain matin. Le valet, jeune Provençal à cheveux noirs et à face basanée, bien bâti et bien découplé, se présenta devant son jeune maître sans rien dire, mais avec un air d’embarras qui attendait très-éloquemment un encouragement à parler.
-- Eh bien, Paulin, qu’y a-t-il? Es-tu venu ici pour regarder le plancher de ma chambre? — Non, monsieur; mais n’avez-vous pas commandé une grande chasse pour demain ? — Oui; Bertrand a dû te le dire et cela suffit. — Sans doute, monsieur; nous savons bien que M. Bertrand a votre confiance, autant que notre amitié à tous. — Tu n’as pas besoin de me faire l’éloge de Bertrand; c’est un vieux serviteur de ma famille dont je sais plus de bien qu’on ne pourrait m’en apprendre.— Je le sais, monsieur; aussi ne voulais-je vous parler qu’au sujet de la chasse. — Paulin, il faut que tu sois le Provençal le plus lent qui existe; autrement que deviendrait la vivacité de caractère dont on les gratifie? — Il y en a de vifs et de posés, monsieur; la nature est toujours variée.
Cette phrase favorite du piqueur avait toujours pour résultat d’égayer René. Il sourit, et dit d’un ton moins aigre ; — Je vois avec plaisir que tu reviens à ton état
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naturel d’où cette chasse t’a fait sortir, je ne sais pourquoi . Est-ce que mon cheval ou mes lévriers sont malades, ou bien avais-tu autrement disposé de ma journée ? — Non pas de la vôtre, monsieur, mais de la mienne, répondit le Paulin, s’enhardissant tout à coup aux manières radoucies du jeune seigneur, qui plaisantait rarement avec ses gens. — Ah! que veut dire ceci, drôle? Depuis quand mes projets doivent-ils faire place aux tiens?
Le piqueur recommença à balbutier, disant que c’était une grâce qu’il demandait; que d’ailleurs le temps n’était pas favorable pour une chasse à courre et que les chiens n’auraient pas de nez.
— Paulin, si les chiens sont d’accord avec toi, je n’ai plus rien à dire, interrompit René. Peut-on savoir au moins ce qui te tient au cœur ?
— Vous dites bien, reprit le Provençal en soupirant. Oui, c’est par le cœur que je suis tenu. Demain est le 2o mai, c’est la fête aux Saintes-Maries... — Qu’a de commun avec ton cœur cette solennité idolâtre? Seraistu d’aventure devenu catholique! — Non, monsieur, non. A Dieu ne plaise! je suis protestant et je le serai toujours. Mais on ne place pas ses affections comme l’on veut. Elles se placent elles-mêmes sans faire attention aux différences de religion, pas plus qu’à celle du rang. — Es-tu donc amoureux de Marie Jacobé ou de Marie Salomé, mon pauvre garçon ? — Non, monsieur, mais d’une autre Marie qui n’est point aussi paisible que ces deux saintes, mais qui est certes plus séduisante qu’elles ne le furent jamais. — Et qui fait aussi des miracles, à ce qu’il parait; car je ne t’aurais pas cru capable d’être ému par quoi que ce soit, surtout par les yeux d’une femme. — Je le croyais aussi il y a quelques jours, avant d’avoir retrouvé Marie, qui a été
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ma compagne d’enfance. Sa mère demeurait porte à porte avec la mienne, et nous nous aimions déjà. Depuis, je l’avais oubliée; mais, en la revoyant, tous mes souvenirs sont revenus et avec eux beaucoup d’autres choses ; de sorte que j’en perds le boire et le manger...
— Et que mes chiens y perdent leur nez, c’est là le pire.
— Oh 1 monsieur, il faut bien que la première émotion se passe. Je réparerai cela, je vous le jure. Il y a autant de variété dans l’homme que dans la nature.
— C’est très-vrai, l’ami. Mais quel besoin as-tu de la fête des Saintes-Maries pour voir ta belle ?
— Ah 1 monsieur, le malheur veut que Marie soit justement au service de mademoiselle de Lamperière, la fille de ce Lamperière qui a fait tant de mal à votre famille...
— Parle avec révérence d’un gentilhomme qui a l’honneur d’être notre ennemi, drôle.
— Pardon, monsieur. Eh bien ! la fille de M. le marquis de Lamperière habite depuis trois mois le château de Lagny, que son père a volé à votre oncle, dont Dieu bénisse la mémoire. Vous pensez bien, monsieur, que je ne voudrais pas aller là, même pour voir ma chère Marie.
— Je conçois que tu ne t’en soucies pas, n’importe pour quelle raison.
— Oh 1 monsieur, ce n’est pas la crainte, je vous assure...
— Dis-moi, Paulin, mademoiselle de Lamperière est-elle cette jeune dame que nous rencontrâmes, il y a un mois peut-être, en revenant de Nimes, et dont le cheval voulait absolument suivre le mien ?
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— Précisément, monsieur. Pauvre animal ! il ne pouvait savoir que votre route était bien différente de la sienne, il ne pouvait pas reconnaître toute la variété de la nature. Marie n’était pas encore là à cette époque. Quel malheur qu’une si belle créature soit ainsi enfoncée dans un gouffre de perdition 1 Mais je j’en retirerai ou je m’y jetterai moi-méme, ce qui est impossible.
— Et c’est pour commencer à la convertir que tu veux aller te mêler à tous ces pèlerins imbéciles ou jongleurs qui vont pendre demain des images de cire ou de verre aux murs de la chapelle des Saintes? Tu me diras si l’eau du puits est devenue bien douce, et tu m’apporteras sans doute un peu de poussière de la pierre miraculeuse pour prix de ma complaisance.
— Ohl monsieur, je n’entrerai pas dans l’église, je verrai Marie seulement sur la place ou sur la grève.
— Est-ce qu’elle accompagne sa maîtresse à ce pèlerinage ?
— Oui, monsieur. Je ne sais si je pourrai lui parler; mais pourvu que je la voie seulement passer, je serai heureux.
René considérait avec étonnement cet homme grossier, ce misérable valet à qui étaient dévolus des bonheurs capables de compenser son obscurité et d’ennoblir ses sentiments terrestres. Le jeune seigneur, beau, fier et savant, n’avait pas dans tous ses souvenirs d’enfance un seul de ces amours gracieux et innocents qui nous apparaissent plus tard comme des chérubins, avec une tête blanche et rose, des cheveux blonds et bouclés, des ailes diaprées, et au lieu de corps des nuages tendres et légers; il n’avait pas, le gentilhomme, à placer dans ses projets d’avenir une seule
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de ces belles idoles plus complètes, mais non plus véritables, que la jeunesse crée à l’image de quelque figure mortelle. Le piqueur, lui, avait tout cela, quoiqu'il ne sût pas en distiller la quintessence. Hélas ! les pots grossiers trouvent toujours leurs couvercles; il n’en est pas de même des beaux et précieux vases.
René ne put donc s’empêcher 4’éprouver un léger mouvement d’envie, et il dit avec humeur à Paulin que, puisqu’il était assez attaché à son maître terrestre pour ne point aller dans un lieu qui lui déplût, il pouvait bien en faire autant pour son maître céleste et suprême, et qu’il devait être assez content de n’être pas autrement puni de l’inconvenance qu’il avait commise en lui demandant de favoriser ses rendez-vous.
— Gomme Paulin se retirait tristement et lentement, mais sans répliquer, car il connaissait l’humeur impérieuse du jeune seigneur, celui-ci lui dit d'un ton plus doux :
— Je ne chasserai point à courre demain; j’irai tirer des oiseaux dans la Camargue, et tu viendras seul avec moi.