Oeuvres de Joseph Droz
La philosophie a ses révolutions ainsi que la politique. Lorsque je publiai, il y a vingt ans, cet Essai, la plupart des métaphysiciens voulaient, pour ainsi dire, anatomiser l'intelligence humaine; ils semblaient aspirer à donner au langage de la morale une sécheresse mathématique. Je n'adoptais pas leur méthode d'investigation , et j'en craignais les résultats. Aujourd'hui, je fais imprimer pour la cinquième fois ce petit ouvrage: les temps et le cours des idées sont changés.On se ditencore observateur, mais trop souvent c'est avec les yeux de l'imagination qu'on observe; on aime à trouver, dans les discours sur la morale , de l'exaltation et du vague ; la métaphysique est devenue poétique. Cette nouvelle manière de s'éloigner de la vérité, ne me séduit pas plus que la première. Je reste hdèle à la
vin PREFACE.
douce philosophie du sentiment et du bon sens, à cet art de vivre qui fut chéri de Socrate, de Montaigne, de Franklin ; et qui sera cultivé d'âge en âge , par les hommes persuadés que les bonnes théories morales conduisent directement à la pratique.
J'ai souvent remercié la providence de m'avoir inspiré le goût des études philosophiques. Grâce à leur secours, j'ai pu m'occuper du bon et du beau, dans des jours orageux. Tandis que je cherchais en paix quelques idées utiles à mes semblables , combien d'ambitions ont élevé rapidement des hommes , et les ont précipités plus rapidement encore ! Pendant le court espace de temps qu'il a fiillu pour imprimer une édition de cet Essai , j'ai vu deux révolutions *. Hélas ! le calme qu'on trouve dans la retraite , fait quelquefois retomber la pensée avec plus d'amertume sur les désastresqui retentissent au dehors. Juste Lipse
* En i8i5.