OBJET DE CET OUVRAGE
Les beaux-arts nous offrent, à des époques différentes de la vie, deux sources de plaisirs. Dans la jeunesse, nous voyons les chefs-d'œuvre avec amour et presque avec délire. L'enthousiasme alors n'est point troublé par la réflexion ; il nous domine, il nous entraîne, et sa flamme nous paraît semblable à celle du génie dont les prodiges nous ravissent. Le temps affaiblit la volupté qui naît de l'admiration ; et notre Ame toujours active essaie de se dédommager.
'ICJO ÉTUDES SLR LE BEAU
Nous analysons les chefs-d'œuvre, nous jugeons leurs beautés, leurs défauts; nous esquissons des théories. Cette nouvelle source de plaisirs est moins féconde que la première en émotions vives; mais elle est douce, et produit encore des momens d'ivresse.
Plongé dans d'heureuses rêveries, j'ai cru quelquefois apercevoir de vagues rapports entre les beaux-arts et les femmes. Il est un âge où , près d'elles, on cesse d'éprouver le trouble du cœur; mais toujours elles inspirent un profond, un tendre intérêt; et, pour dernier hommage, on ose leur offrir les conseils de l'expérience sur les qualités qui rendent les grâces plus touchantes et la beauté moins fugitive.
Il y a des sujets pleins d'attrait , destinés à charmer la vie de celui qui leur consacre ses méditations. Jeune encore, j'écrivis sur le bonheur : la recherche du bon dans l'ordre moral , me conduisit naturellement à la recherche du beau dans l'ordre physique; et je commençai ces études. J'aimai bientôt à les continuer. Environné d'objets qui sans cesse renouvelaient pour moi
Timpression du beau, mes pensées devenaient plus sereines; de riantes et pures émotions enchantaient mes jours; je m'endormais et je me réveillais dans un monde idéal.
Obtiendrai -je une influence légère sur le jeune artiste qu'agite l'amour du beau et l'espoir de la célébrité? A planirai-je quelques-uns des obstacles qui retardent ses pas, et me saura-t-il gré de mes recherches? Je l'ignore: ce serait assez pour moi si je dirigeais les pensées du lecteur vers des sujets qui flattent l'imagination , si j'exaltais en lui k désir d'oid^lier les petitesses et les folies des hommes, leurs passions turbulentes et leurs vaines erreurs, pour se créer un asile au milieu des chefs-d'œuvre.