‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 15 sur 88 · XVI. Éloquence des Pères · texte numérisé non relu

XVI. Éloquence des Pères

Après cela il ne faut pas s'imaginer que les Pères en soient moins éloquents , pour ne pas parler le grec et le latin aussi purement que les anciens orateurs i. Saint Paul , parlant un grec demi-barbare , ne laisse pas de prouver, de convaincre, d'émouvoir, d'être terrible, aimable , tendre , véhément. Il fout bien distinguer l'élo-

■ Mtmrs des ehr. n. 40. — J/ist, I, n. 45.

SUR L*HISTOIRI-: ECCLÉSIASTIQUE. 109

.qtience de Télocution , qui n'en est que lécorce. Quelque langue que Ton parle et quelque niai qu'on la parle, on sera éloquent si l'on sait choisir les meilleures raisons et les bien arranger, si l'on emploie des images vives et des figures convenables ; le discours ne sera pas moins persuasif, mais seulement moins agréable. Il ne faut pas comparer les Pères, si Ton veut leur faire justice, à Démosthëne et à Cicéron, qui ont vécu tant de siècles auparavant ; il faut les comparer à ceux qui ont excellé de leur temps : saint Ambroise à Symmaque, saint Basile à Libanius. Quelle différence vous y trouverez ! Que saint Basile est solide el naturel ! que Libanius est vain, aflécté, puéril !

Il est vrai que saint Chrysostome n*est pas si serré qoe Démosthène, et il montre plus son art; mais, dans le fond, sa conduite n'est pas moindre. U sait juger quand il faut parler ou se taire, de quoi il faut parler, et quels mouvements il faut apaiser ou exciter. Voyez comme il agit dans l'affaire des statues '. Il demeure d'abord sept jours on silence pendant le premier mouvement de la sédition, et interrompt la suite de ses homélies à Tarrivée des commissaires de l'empereur. Quand il commence à parler, il ne fait que compatir à la douleur de ce peuple affligé , et attend quelques jours pour reprendre l'explication ordinaire de l'Écriture. Voilà en quoi consiste le grand art de l'orateur, et non pas à faire une transition délicate ou une prosopopée. Ainsi quand saint Augustin voulut abolir les agapes ^ , dont on al>usait, il fit, pendant deux jours de suite, plusieurs sermons, et crut n'avoir rien fait tant qu'il n'eut que des applaudissements ; il commença à bien espérer quand il vit couler des larmes, et ne cessa point (|u'il n'eût obtenu ce qu'il desirait. Ainsi saint Ambroise, persécuté par Justine, console son peuple, l'encourage. Je

' Hist. XIX, n. 12. — > //i«/. XX, n. 11. tp. 29.

ItO I>£UX1£M£ DISCOURS

retient dans le devoir *. Il sait proportionner son discours

au sujet, au temps, à la disposition de l'auditeur.

Les anciens oui déim Torateur un homme de bien qui sait parler. En effet, la confiance fait la moitié de la persuasion ; celui qui passe pour méchant et artificieux n'est pas écouté ; on se défie de celui qu'on ne connaît pas ; pour écouter volontiers, il faut croire celui qui parle également instruit et bien intentionné. Après cela, que ne devaient point persuader des évêques d'une vertu si éprouvée^ d'une capacité si connue, d'une telle autorité? Ils n'avaient qu'à ouvrir la bouche, qu'à' se montrer. Et qur pouvait leur résister, quand à cette autorité ils joignaient une application continuelle aux besoins de leur troupeau, et une industrie singulière pour gagner les^ oœurs?

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