XV. Science des Pères
Quiconque aura tu avec quelque attention, je ne dis pas les ouvrages mêmes des Pères, mais le peu que«j'en ai rapporté dans oelte histoire, ne pourra douter, à mon avis, ni de leur science, ni de leur éloquence. Quand on prendrait le nom de science improprement, comme lait le vulgaire en nommant savants ceux qui par une grande lecture ont acquis la connaissance d'un grand nombre de &its, les anciens ne manquaient pas de cette espèce de science ou plMtôt d'érudition. Combien en voyons-nous dans saint Clément Alexandrin, dans Ortgène, Eusèbe de Césarée, saint Jérôme? Combien de faits historiques, combien de poètes, d'historiens, de philosophes nous seraient inconnus sans eux ? Us étaient nourris dès l'enfance dans l'étude de tous ces auteurs, et la teinture en est répandue
» liisl. XVI r, n. 52. — Oric. 33.
SUR L'firSTOIRE ECCLÉSIASIIQUE. t07
<ians tous leurs écrits ; en sorte que, pour les bien entendre, il (aut être versé dans Tantiquité profane.
11 est vrai qu'ils étudiaient peu de langues étrangères ; Jes Grecs se bornaient à leur langue naturelle , les Latins au grec, et Ton a remarqué comme des prodiges les travaux d'Origène et de saint Jérôme poor apprendre la langue hébraïque ; mais il faut considérer qu'ils étaient les docteurs de l'Église , des pasteurs très occupés à corriger, à juger des différends, à assister des pauvres. Voyez -comme saint Augustin gémit sous le poids de ses occupations *. Et en cet accablement, s'il avait quelque peu de relâche, il l'employait plutôt à la prière ou à la méditation de l'Écriture, qu'à étudier des langiues ou conférer des •exemplaires pour restituer un passage obscur ; ces travaux convenaient mieux à un solitaire comme saint Jérôme. Outre que les saints n'étudiaient ni pour satisfaire • leur curiosité naturelle, ni pour s'attirer Tadmi ration qu'excite dans les ignorants la connaissance des choses rares ; ils étaient bien au-dessus de ces puérilités. Voyea entre autres la lettre de saint Augustin à Dioscore.
Que si nous cherchons ce qui mérite proprement le nom de science, où en trooverons-nous pl«s que cher les Pères? Je dis cette vraie philosophie qui, se servant d'une «xaete dialectique , remonte, par la métaphysique , jusqu'aux premiers principes et à la connaissance du vrai bon et du vrgi beau, pour en tirer, par des conséquences sûres, les règles des moeurs, et rendre les hommes fermes dans la vertu et heureux , autant qu'ils en sont capables. <}u'y a-t-il en ce genre de comparable à saint Augustin? Ouel esprit plus élevé, plus pénétrant, plus suivi, phis modéré? Quelqu'un a-t-il posé des principes plus clairs, ou tiré plus de conséquences et mieux suivies? Quelqu'im a-t-il des pensées plus sublimes ou des réflexions plus sub-
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Ules? Qui ne Tadmire pas ne lui ôte rien.; mais il se fait tort à soi-même en montrant qu'il n'a pas Tidée de la véritable science. Entre les Grecs vous verrez cette même philosophie subtile, sublime et solide, dans les livres de saint Basile contre Eunomius, dans quelques lettres où il réfute les sopbismes d*Aétius , dans les discours de saint Grégoire de Nazianze sur la théologie, dans les traités de saint Âthanase contre les païens et les ariens. Ceux qui ont un peu considéré la différence des climats ne s'étonneront pas qu'il se trouvât de si grands esprits en Afrique, en Grèce, en Egypte et en Syrie.
Pour la méthode , les anciens ne la découvraient point sans besoin , et la diversifiaient suivant les sujets ; car ils n'écrivaient que dans Toccasion , pour répondre à quelqu'un qui demandait instruction ou réfuter quelque hérétique. Ainsi ils ne suivaient pas d'ordinaire la méthode géométrique, qui ne s'attache qu'à Tordre des vérités en elles-mêmes, mais la méthode dialectique, qui s'accommode aux dispositions de celui à qui on parle, et qui est le fond de la véritable éloquence ; car elle travaille à ôter les obstacles que les passions ou les préjugés ont mis dans l'esprit de l'auditeur ; puis, ayant nettoyé la pince, elle y trace la vérité , profitant de ce qu'il connaît et dont il convient, pour l'amener à ce qu'on veut lui persuader. C'est cette méthode dont Platon nous a donné de si parfaits modèles.