CHARLES MONTAULT DES ISLES
ÉVÊQUE D'ANGERS
Diledus Deo et hominibus, cujus memoria in benedidione est.
Aimé de Dieu, chéri des hommes, sa mémoire est bénie au ciel et parmi nous.
EccL 45. 1.
Messieurs,
En acceptant l'importante et honorable mission que nous venons remplir, nous avons compris, qu'il nous soit permis de le dire, ce que vous attendez de nous dans cette douloureuse solennité. Nous connaissons et
r,i4 nous partageons vos désirs; une même pensée nous réunit et nous occupe : nous voulons rendre au vertueux Prélat, dont nous déplorons la mort, des hommages dignes de la mémoire qu'il laisse parmi nous, dignes du respect et de l'affection qui nous attachèrent à lui. Ce juste et pieux accord se manifeste de toutes parts. De quelque côté que nous portions nos regards, ils ne rencontrent que des regards attristés, que des signes funèbres.
Cette antique église, heureuse depuis tant d'années de la présence de son premier Pasteur, maintenant enveloppée de deuil comme une veuve inconsolable , suspend ses prières et ses cantiques pour entendre parler de lui. Les anciens de la tribu sacrée, courbés sous le poids de leurs pénibles impressions bien plus que sous leurs travaux et leur vieillesse , gémissent , étonnés de survivre à leur chef, à leur modèle. Les jeunes lévites, accoutumés au doux nom qu'il leur donnait dans sa tendresse, se pressent autour des autels, qu'ils arrosent de leurs larmes. Les fidèles de tous les rangs se rapprochent et se confondent pour pleurer ensemble sur ses restes; le silence et le recueillement nous environnent, la douleur et l'amour nous demandent des souvenirs et des consolations. Nous croyons, et cette pensée est bien propre à soutenir notre faiblesse, nous croyons être au milieu d'une famille désolée qui ne reverra plus le père qu'elle chérissait, et qui demande à l'un de ses fils
de rappeler encore et ses exemples et sa vie, avant que la tombe se ferme pour toujours.
Cependant, en présence de l'attente générale, nous regretterions peut-être l'engagement que nous avons contracté, si nous sentions moins vivement le besoin d'acquitter le tribut de notre propre reconnaissance, mais les calculs impuissants d'une éloquence étudiée feraient injure à celui que nous nous proposons d'honorer; son cœur a dirigé ses actions et sa conduite; c'est le cœur qui doit dicter son éloge : c'est dans vos cœurs et dans le nôtre que nous devons puiser toutes nos inspirations.
Nous ne vous apprendrons rien de nouveau ; vous savez qu'il fut aimé de Dieu et chéri des hommes : Dilectus Beo et hominibus. Nous ne voulons que répéter ce que l'opinion générale a déjà proclamé; heureux, dans cette triste mais glorieuse circonstance, de pouvoir le dire sans crainte d'être démenti. Pas une voix ne troublera le concert de bénédictions qui s'élève de toutes les bouches; pas une âme ne restera froide au récit de ses vertus ; ceux qui nous écoutent nous reprocheront au contraire de n'avoir pas égalé les louanges aux mérites. Nous n'oublierons pas, toutefois, que nous devons à l'honneur de notre Évêque et à la dignité de cette assemblée , de régler le cours de nos idées et de classer les traits qui vont passer sous vos yeux. A Dieu ne plaise que nous desséchions les larmes, que nous repoussions des émotions qu'il serait
impossible de comprimer; mais nous chercherons à mettre de Tordre jusque dans les mouvements dont nous sommes si profondément agité.
La vie de notre pieux Pontife se présente d'ellemême sous deux aspects, qui diviseront naturellement ce discours. Homme public, et revêtu des fonctions les plus élevées, il fut mêlé aux événements qui agitèrent sa longue carrière comme les vagues d'une mer irritée , ou qui consolèrent sa belle âme comme des émanations de la paix du ciel. S'il garda toujours, dans l'exercice de son autorité, la modération, la sagesse, la prudence qui convenaient à son ministère, c'est que la piété, la régularité, l'amour de la prière présidaient à ses déterminations et répandaient sur ses actes une onction céleste.
Homme privé et dans le secret de ses habitudes intérieures, sa douceur, sa charité, sa foi dans les destinées immortelles de l'Eglise, sa confiance dans la croix du Sauveur découvraient à ceux qui jouissaient de son intimité , le véritable principe de ses oeuvres : elles coulaient toutes pures de la source de ses sentiments.
S'il n'avait été qu'un simple prêtre et qu'il eût fini ses jours dans l'obscurité, ses funérailles n'auraient pas ému les habitants de cette ville; elles n'auraient pas retenti jusqu'aux confins d'un vaste diocèse; mais il n'aurait pas moins mérité de servir d'exemple aux amis du bien, aux pasteurs des peuples. La Provi-
dence n'a pas permis que les dons qu'elle lui avait faits s'éteignissent dans l'ombre; ils ont brillé pour nous du plus salutaire éclat. Rendons-lui grâce de ses faveurs et entrons dans ses desseins, en racontant d'abord les œuvres qu'elle inspire, et en décrivant ensuite les vertus qu'elle couronne. Tel est le partage de l'éloge que nous consacrons à la mémoire de Mgr l'Illustrissime et Révérendissime Charles Montault des Isles, Évêque d'Angers.