‹ Œuvres de l'abbe GourdonChapitre 10 sur 15 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Quand même nous n'aurions pas pris l'engagement de méditer ensemble les graves enseignements de l'Evangile, les habitudes si simples, si modestes de M. le marquis de Civrac, les preuves journalières de sa piété si profonde et si vraie, nous interdiraient jusqu'à l'ombre des louanges profanes. D'ailleurs les pompeux récits qu'un panégyriste, souvent plus flatteur que véridique, accommode avec tant de soin à la vanité des vivants, en présence de la mort, ne recevraient point ici les applaudissement qu'ils attendent. Une illustre famille , qui garde si religieusement les exemples qu'elle a reçus et le dépôt sacré de tant de vertus et d'œuvres excellentes, ne vient point chercher au pied des autels une froide et passagère distraction à des chagrins, hélas! trop durables. Elle s'y réunit comme vous, Messieurs, pour offrir à la volonté suprême le sacrifice d'un cœur brisé, mais pourtant soumis aux desseins adorables de la Providence- elle vient demander au ciel des consolations que la Irrre impuissante ne saurait lui offrir.

Ainsi vous n'attendez pas de moi que je remonte

jusqu'au berceau de la France, pour y découvrir l'origine d'un nom qui se perd dans la nuit des temps, ni que je vous présente un abrégé de notre histoire, pour vous faire remarquer, à chaque siècle de la monarchie, les services, les dignités, les alliances qui ont rehaussé l'éclat d'une illustration si légitime. Si c'est une gloire d'avoir mêlé son sang à celui des empereurs et des rois,, comme l'a dit avant moi un orateur célèbre, d'avoir donné des princesses à toutes les cours de l'Europe et des reines même à la France, la maison de Durfort, depuis si longtemps unie à celle de la Tour-d'Auvergne, n'a-t-elle pas le droit de partager cet honneur avec elle? Mais je me hâte de reporter vos pensées vers une gloire plus solide, et de répéter avec l'Esprit-Saint que les avantages de la terre passent et se flétrissent comme une fleur que le même jour voit s'ouvrir et se dessécher aux rayons du soleil. Ne croyez pas cependant, Messieurs, que je méconnaisse les vues de la Providence ni les appuis qu'elle a préparés à la société dans ces noms impérissables qui surnagent, pour une postérité plus sage et plus heureuse, au-dessus des tempêtes qui bouleversent les états. Quel est le Français, quel est le Chrétien surtout qui n'offrirait pas de sincères hommages à des vertus héréditaires que le temps a consacrées, à des exemples d'autant plus puissants qu'ils descendent de plus haut pour se répandre sur les nations comme une rosée salutaire? Les grandes famil-

les, qui demeurent fidèles à leur importante destination, ressemblent, au milieu des ruines de la foi, de la morale et de l'honneur, à des colonnes antiques que le temps n'a pu renverser : elles attestent les magnifiques proportions de l'édifice dont elles furent l'ornement et le soutien, et indiquent les moyens de le reconstruire.

C'est dans l'une de ces maisons puissantes, qui ont attiré la reconnaissance des rois et les respects des peuples par leurs services et leurs bienfaits, qui ont réjoui et consolé l'Eglise par leur zèle et leur docilité, que M. de Civrac reçut avec la naissance des principes qui font l'homme de bien, toutefois quand ils s'unissent aux vertus du chrétien; car tous ceux qui n'ont pas la science de Dieu sont pleins de vanité et d'inconstance : Vani sunt omnes homines in quibus non subest scientia Dei. (Sap.)

Il est vrai qu'il avait besoin, dès son entrée dans le monde, d'être revêtu de toutes les armes spirituelles dont l'apôtre aurait voulu couvrir les fidèles des premiers jours de l'Evangile : il devait traverser tant d'écueils, affronter tant de périls, triompher de tant de séductions! Grâces vous soient rendues, ô Dieu des miséricordes, qui avez préservé sa jeunesse des illusions du plaisir, des traits de l'ambition et des sophismes d'une fausse philosophie. Hélas! s'il avait suivi la foule dans ce temps si fécond en naufrages, nous n'oserions aujourd'hui charmer notre tristesse

par la ferme espérance qui nous la fait supporter, quand même nous l'aurions vu rentrer tardivement au port : car qui peut sonder les redoutables secrets de votre divine justice? qui peut compter sur la sincérité d'un cœur flétri par les passions, alors même qu'il fait entendre les gémissements de la pénitence?

Fidèle aux glorieuses traditions de ses ancêtres, M. de Civrac embrassa de bonne heure la profession des armes-, et, comme si cette carrière, pleine d'orgueil et de licence, ne lui avait pas déjà présenté trop de pièges, son nom et ses titres lui faisaient souvent un devoir de respirer l'air de la cour.

Sans doute Louis XVI purifiait en quelque sorte par la piété de sa vie, par la pureté de ses mœurs, par une application constante aux pénibles charges de la royauté , les vapeurs corrompues qui s'élevaient autour de sa tête, ceinte alors de la plus belle couronne de l'univers, et tranchée quelques années plus tard par la hache du bourreau. Mais l'autorité des vertus royales, autrefois si puissante, avait perdu l'influence salutaire qu'elle devait exercer. Tout était tombé sous le sceptre mortel de l'incrédulité, idole cruelle et perfide, qui attirait à son culte par des promesses trompeuses, les victimes destinées à ses affreux sacrifices. On vit alors des égarements étranges, et les plus beaux noms de la monarchie ne garantirent pas toujours ceux qui les portaient, de la honte d'une éclatante apostasie.

Mais j'en dois convenir ici, Messieurs, non pour excuser des défections impardonnables, mais pour relever le mérite de celui dont je fais l'éloge, la jeunesse vivait alors sous le charme d'illusions bien propres à la séduire. La nouveauté , cet appât irrésistible qui a tant de fois enivré la France, versait sans mesure sa coupe enchantée. L'espérance prochaine des réformes si ardemment désirées , que préparait la sagesse prématurée du roi, et que réclamaient avec justice la grandeur, la prospérité et les lumières du royaume, jetait sur l'avenir les plus brillantes couleurs. A peine la vieillesse et ses longues expériences suffisaient-elles pour réduire à leur juste valeur les annonces emphatiques qui retentissaient d'un bout de la France à l'autre. Les chefs des nouvelles écoles se vantaient de réaliser en un jour les améliorations que la prudence et l'autorité tutélaire d'un fils de saint Louis, que les véritables amis du peuple n'osaient se promettre après leurs travaux et leurs veilles. On ne connaissait point encore les mauvais arbres par leurs fruits. Les ouvriers de l'iniquité n'avaient point encore montré leurs œuvres, et aucune tache de sang ne forçait à détourner la vue du tableau présenté par leurs mains à l'admiration du monde.

Le jeune de Civrac jugea du premier coup-d'œil ces rêves de félicité que devrait suivre de si près un réveil de désordre et de terreur; ou, plutôt, ô mon Dieu, ce fut votre divine sagesse qui le prit par la

main et qui conduisit ses pas à travers les dangers semés sur sa route : N'est-ce pas par elle en effet qu'ont été préservés dès le commencement tous ceux d'entre les hommes qui ont eu le bonheur de vous plaire? (Sap.)

Vous avez pu remarquer comme moi, Messieurs, que M. le marquis de Civrac n'avait conservé de la cour, ou du moins qu'il n'aimait à reproduire, lorsqu'il racontait ses jeunes années, que les souvenirs qu'il tenait des vertus de son roi. On aurait dit , en l'entendant parler, qu'il n'avait vu à Versailles que la famille royale, tant il éprouvait d'éloignement pour les impies et les novateurs qui déjà se pressaient aux avenues du pouvoir.

Cependant une si juste admiration, un dévouement si généreux et si complet , que partageaient tous les Français demeurés fidèles au sein de la sédition , ne purent arrêter le torrent des passions déchaînées. Son choc impétueux arracha du vieux sol de la France le trône de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, qui comptait quatorze siècles de respect et de soumission, et qui n'avait éprouvé quelques orages passagers que pour s'enraciner plus profondément.

La royauté n'existait plus : avec elle étaient tombés l'Eglise de France, la justice, l'honneur, la liberté, sécurité générale et individuelle, tous les droits en un mot qui assurent une patrie et qui imposent le devoir de mourir pour elle. Les factions triomphantes promenaient leur glaive homicide sur les plus nobles

têtes, et menaçaient les jours des augustes captifs qu'elles tenaient dans leurs chaînes. Il fallait pactiser avec le crime, ou fuir la terre natale qui dévorait ses habitants.

M. de Civrac n'hésita point à franchir la frontière, dès qu'il crut que sa conscience l'appelait sur le sol étranger. Il se soumit à l'exil auquel la Providence condamnait sa jeunesse, sans prévoir le terme des privations et des souffrances qui devaient le rendre et si long et si dur. Il oubliait ses propres malheurs pour gémir sur ses compagnons d'infortune et sur les illustres victimes qui n'avaient pu se soustraire aux horreurs de l'échafaud.

L'émigration est soumise au jugement de la postérité. Cette époque si controversée de nos déchirements politiques appartient à l'histoire; et l'histoire l'a vengée des injustes accusations que la haine avait amassées contre elle.

Mais admettons, Messieurs, pour montrer l'esprit de conciliation qui nous dirige, et pour nous prêter aux exigences de toutes les opinions généreuses, qu'il y ait eu plus d'enthousiasme que de prudence dans une détermination qui livrait, comme on l'a prétendu depuis, le champ de bataille aux ennemis du trône; il n'en sera pas moins vrai que c'est un beau mouvement que celui qui emporte une foule de Français comme un seul homme loin de ce qu'ils ont de plus cher, uniquement pour trouver une place où tirer leur

épée forcément retenue dans le fourreau. Partout où l'on peut placer les mots de dévouement, de courage et d'honneur, il est doux de les prononcer en France; car partout il y a des échos, et la tombe de M. de Civrac en retentit elle-même.

Je passe sous silence les années qui suivirent la chute de la monarchie, et le régime sanglant qui dépeupla nos villes et rendit nos campagnes désertes. Je ne dirai point les constants mais inutiles efforts des armées d'élite dont il partagea les périls, les fatigues et la gloire jusqu'au dernier moment: je ne raconterai point les combats du peuple de géants auquel nous nous glorifions d'appartenir. Plusieurs d'entre vous portent des cicatrices plus propres à rappeler l'héroïsme et le malheur que tous les discours. Je ne parlerai pas même de l'affreuse catastrophe qui vous mit les armes à la main, la mort du roi-martyr: assez d'autres douleurs nous sont réservées. D'ailleurs il vous tarde sans doute comme à moi d'arriver au jour qui unit pour jamais Beaupreau et ses pieux habitants au marquis de Civrac. C'est là le véritable théâtre de sa gloire, non de cette gloire mondaine qui s'éteint avec le bruit qu'elle a fait, mais de cette gloire du juste dont la récompense repose en Dieu même, et dont les rayons immortels attirent les bénédictions du pauvre qu'ils réchauffent dans sa détresse.

Alors vivait au milieu de nous une femme dont il suffit de prononcer le nom pour réveiller tous les sen-

timents attachés à sa mémoire, Mmc la maréchale d'Aubeterre. Illustre naufragée qu'un miracle de la Providence avait dérobée aux flots de la proscription, elle n'avait trouvé d'autre abri , après la perte de sa fortune et de la haute dignité de son mari, que les ruines d'un château vendéen qui porte encore les signes de nos désastres. Offrons-lui l'hommage de notre commune vénération, que sa mort précieuse aux yeux du Seigneur n'a point affaiblie. Nous ne nous éloignerons point d'ailleurs du sujet qui nous occupe; car nous n'avons à parler que de vertus et de bonnes œuvres.

Mme d'Aubeterre avait reçu du Ciel des inspirations dignes de ces femmes immortelles qui secondèrent dans leurs sublimes entreprises les François de Sales et les Vincent de Paul. Dieu qui l'avait destinée à réparer par ses bienfaits les ruines du sanctuaire, avait aussi préparé, dans les trésors de sa miséricorde, un guide pour sa générosité, un ami pour sa vieillesse, un consolateur pour ses derniers moments. Vous savez son nom : il s'appelle notre père. C'est lui qui prit soin de notre enfance, c'est sa douce voix qui nous a enseigné les préceptes de la sagesse, c'est la paix céleste de son visage qui nous a fait aimer la vertu, c'est son expérience qui nous a ouvert la carrière. Les jeunes lévites qu'il nomme ses enfants forment sa couronne. Ils environnent sa tête blanchie par les tribulations et les années, comme les rameaux verdoyants du pal-

mier entourent le tronc séculaire qui leur a donné naissance. Pourquoi n'est-il plus au sein de sa famille? Pourquoi ne préside-t-il pas à celte funèbre solennité, lui dont le cœur ne formait qu'un cœur avec celui que nous pleurons? Àh! ceux qui nous l'ont arraché ne le connaissaient pas : ils ne savaient pas combien son âme est étrangère à toute autre pensée qu'à celle du bonheur de tous. Qu'ils le jugent par la vengeance qu'il se plaît à exercer dans son exil, comme il l'appelle lui-même. Il n'a emporté que ses intentions et les dons célestes dont il est rempli; et déjà ses œuvres ont repris leur cours bienfaisant; et déjà, dans une autre contrée, il a repris le nom qu'il portait parmi nous, l'ami de la jeunesse et le père des malheureux. M. de Civrac était digne de comprendre l'âme de M. Mongazon , de s'associer à ses desseins et de remplacer pour lui la perte immense de Mme d'Àubeterre : aussi quitta-t-elle la vie sans inquiétude : elle savait par qui serait rempli le vide qu'elle laissait après elle.

Qu'il nous serait doux de nous arrêter ici sur des jours de bonheur s'ils n'étaient pas changés en des jours de larmes ! Avec quel intérêt nous rappellerions l'union alors si fortunée de la petite-nièce de Turenne et du fils de tant de guerriers célèbres ! Je m'en souviens, et cette pensée se confond avec tout ce que ma jeunesse écoulée me présente de plus touchant. L'adversité avait longtemps poursuivi les deux

époux , et le moindre éclat pouvait réveiller ses rigueurs. Les pompes qu'un autre temps aurait déployées n'environnèrent point ce mariage • mais il fut béni par les prières des pauvres, il fut célébré par les vœux du pays, il fut sanctionné par des applaudissements unanimes. Le ciel se plut à exaucer tant de vœux réunis. Aucun nuage ne troubla la sérénité de ces deux âmes, qui partagèrent toujours et leurs joies et leurs épreuves. On voyait qu'elles se suffisaient à elles-mêmes par la constance de leur attachement.

Quelle séparation déchirante ! Quel isolement inattendu! Que d'années nous vous promettions encore dans nos souhaits et nos espérances si soudainement trompées !

Mais au lieu de ces plaintes inutiles qui semblent accuser vos décrets adorables, ô mon Dieu! nous ne ferons entendre que les accents de la résignation la plus profonde. Nous voulons nous élever de la vue du cercueil jusqu'à la contemplation de la vie éternelle. Puissions-nous en pénétrer les secrets, en apprécier les trésors! Seigneur! nos jours sont entre vos mains! Le souffle qui soutient ma fragile existence , la voix que j'ai consacrée à célébrer vos grandeurs, ces chrétiens assemblés pour adorer votre puissance, ce temple si souvent témoin de la piété de celui qui n'est plus , tout ce que nos cœurs éprouvent , tout ce que nos regards embrassent, tout ce que nos souvenirs nous retracent, vous pouvez le détruire, l'effacer, l'a-

néantir en un instant ! Mais nous ne périrons point avec les impies. Nous croyons à votre parole et nous espérons en votre auguste Fils. Les exemples que nous avons encore à raconter soutiendront notre confiance et nous conduiront jusqu'à vous.

SECONDE PARTIE

Les graves événements dont M. le marquis de Civrac fut le témoin, hélas! et la victime dans le cours de sa jeunesse , nous ont en quelque sorte forcé de nous détourner du but que nous nous étions proposé. En effet, Messieurs, il était difficile de traverser des flots élevés jusqu'au ciel sans nous préoccuper de leur chute menaçante. Nous ne pouvions passer devant les autels abattus et les trônes renversés sans saluer au moins de nos regrets ces ruines imposantes. Rentrés maintenant dans notre sujet principal, dans la méditation d'une vie qui doit servir de modèle à la nôtre , nous n'en serons plus distraits par des pensées étrangères.

Peut-être devrais-je cependant, Messieurs, vous entretenir de l'entrée de M. de Civrac aux affaires publiques, des témoignages de confiance et d'estime que vous fûtes heureux de lui offrir, des faveurs méritées dont l'honorèrent les Rourbons rappelés au trône de leurs aïeux par la main de celui qui renverse et relève

à son gré les empires. Le guerrier si fameux et si superbe que Dieu avait armé pour châtier les peuples et les rois, n'était plus la terreur du monde. Soit que son courage eût fléchi ou que son œil d'aigle se fût obscurci au milieu des revers, lui qui n'avait jamais considéré que l'éclat de la victoire, ou plutôt parce que sa mission de châtiment et de destruction était terminée, sa puissance s'était évanouie comme un songe. M. de Civrac , renfermé jusqu'à cette époque dans une retraite absolue, que lui commandaient ses principes et ses affections, paraît et s'avance dès que l'honneur lui permet d'offrir ses services. Vous savez que l'ambition n'entra pour rien dans ses démarches. Son zèle était pur, son dévouement désintéressé. Son intégrité relevait tellement au-dessus des soupçons, qu'il est peutêtre le seul des hommes marquants de la Restauration dont la calomnie n'ait pas osé noircir les intentions et les votes. Vous avez connu les militaires soumis à son commandement, vous avez entendu ses collègues des deux chambres, vous avez vécu vous-mêmes sous son administration paternelle: rendez à sa mémoire la justice qui lui est due. Pour moi, j'ai assez parlé de l'homme public, je ne veux plus penser qu'au Chrétien.

L'Esprit-Saint, pour donner une idée précise du but que le Créateur s'est proposé en nous tirant du néant, se sert de ces courtes mais énergiques paroles : Craignez Dieu et observez ses commandements;

car c'est tout l'homme : Deum Urne et mandata ejus observa; hoc est enim omnis homo (Eccles. ). Or, pour craindre Dieu, il faut le connaître; et, pour le connaître, il faut écouter Jésus-Christ, la lumière du monde, le principe de toute vérité ; comme je l'ai dit en commençant : Hœc est vita œterna ut cognoscant te solum Deum et quem misisti Jesum Christum. Ces deux oracles prononcés en des temps différents, s'accordent, se fortifient, se complètent l'un par l'autre; et ils s'étonnent, si je puis parler de la sorte, de voir la terre envahie par des maximes si contraires à leur divine autorité. Hommes du siècle, les passions vous aveuglent, les plaisirs vous enivrent, la fortune vous séduit, les affaires du monde vous consument dans de laborieuses et criminelles inutilités : il n'y a plus pour vous d'autre Dieu que les vaines idoles élevées par vos mains sur des autels sacrilèges; vous ne connaissez ni le Père de qui descend tout don parfait, ni le Fils qu'il a envoyé réformer l'univers , et pourtant craindre Dieu et observer ses commandements, c'est tout l'homme, et pourtant : le ciel et la terre passeront, mais ces paroles subsisteront toujours.

M. de Civrac ne partageait point les égarements que nous venons de condamner. Que dis-je! Messieurs, sa foi les repoussait avec horreur, tandis que sa piété les confondait par les plus touchants exemples. Catholique, il unissait les pratiques aux croyances ; riche , il versait dans le sein des pauvres les biens dont il était

déposaitaire. Père, il vivait pour sa famille et lui apprenait à vivre comme lui.

J'userai, Messieurs, de toute la liberté de mon ministère, dans cette grave circonstance. Je vous ai promis les leçons de l'Evangile- n'attendez pas que je les affaiblisse par de molles concessions : craignez Dieu et observez ses commandements, car c'est tout l'homme.

Je sais comme vous que les systèmes incohérents de la vieille incrédulité telle que l'ont connue nos pères, sont tombés sous les coups de la raison et de la saine critique : je sais que ses blasphèmes cyniques ne se trouvent plus que sur les lèvres du libertinage le plus abject. Dans les classes éclairées , nos livres saints sont traités avec respect comme la base des études profondes, comme les fondements de l'histoire générale. Les principes de la morale religieuse sont proclamés comme le seul remède qui puisse arrêter les progrès effrayants de la contagion qui dévore les peuples et qui blesse mortellement l'autorité des rois. Les pompes mêmes de notre culte ravissent les imaginations ardentes que les fêtes du monde n'ont pu satisfaire , et leur inspirent des chants d'admiration et d'enthousiasme. Mais une foi toute humaine, une foi de lassitude pour des esprits fatigués de rouler d'erreurs en erreurs, une foi de désespoir pour des cœurs désolés de rencontrer partout des déceptions et des mécomptes, une foi qui ne règle aucun désir, qui ne brise point les liens coupables, qui ne soumet point

l'orgueil, qui n'impose aucun sacrifice, qui n'oblige à aucune pratique, qui ne rend au Créateur que des hommages vagues et profanes, une foi qui applaudit à la séduction et qui absout jusqu'à l'adultère, est-ce donc la foi de l'Evangile? Ah! si M. de Civrac n'avait rendu à nos croyances que ces respects dérisoires, non, je ne prononcerais pas son nom dans cette chaire : non, la douleur et la reconnaissance ne m'arracheraint pas ici une parole en son honneur.

Habitants de Beaupreau, et vous pieux pasteur dont je vois couler les larmes, ne reconnaissez-vous pas sa place dans cette église? Chaque jour ne le ramenait-il pas au pied de l'autel? Son recueillement profond, pendant la célébration des divins mystères , ne contenait-il pas par le poids de son exemple ceux que la majesté du sanctuaire ne pouvait effrayer? Craignait-il de changer ses habitudes les plus ordinaires pour les faire concorder avec les heures assignées aux offices publics?

Trouvait-on sur sa table, aux jours de la pénitence , les mets proscrits par l'Eglise , ou ce mélange presque adultère d'aliments incompatibles, inventé par la faiblesse et servi par l'apostasie? Non, de si déplorables scandales n'ont point déshonoré sa foi. Soumis comme un enfant à la doctrine infaillible des chefs du troupeau de Jésus-Christ, il ne courba jamais la tête sous le joug honteux du respect humain. Dans ses entretiens comme dans ses actes, il montrait

sans affectation mais sans ménagement, le dégoût des usages demi-païens de notre époque. Dans ses lectures, qui formaient le délassement le plus habituel de sa vie, il proscrivait sans retour les productions irréfléchies dont nous sommes inondés, et sa haute raison, d'accord avec ses croyances, les repoussait avec indignation. Chrétien par le cœur, ses œuvres s'accordaient avec ses principes, suivant la maxime de l'apôtre saint Jacques : De même que le corps ne vit point sans l'esprit, de même la foi sans les actes est inutile et morte.

Il est surtout une obligation essentielle , indispensable parmi celles que la religion impose, c'est la réception des Sacrements. Un fidèle la remplit toujours avec une pieuse exactitude, parce qu'il sait qu'elle est la source unique de la régénération spirituelle. Ainsi faire aux pieds d'un prêtre l'aveu de ses faiblesses , de ses chutes même ; reconnaître , en frappant sa poitrine, que non seulement nous avons besoin de pardon, mais de lumières, d'encouragements, d'exhortations; guérir par la confusion d'un abaissement volontaire, les plaies que l'orgueil a faites à nos âmes; préparer par les rigueurs de la pénitence une demeure au Saint des Saints; recevoir comme une nourriture céleste, comme la manne du désert où nous devons mourir avant d'entrer dans la terre promise, le corps et le sang de Jésus-Christ, qui enseigne que Y homme ne vit pas seulement de pain : voilà, Messieurs, ce qui

distingue les vrais disciples de ceux qui n'en ont que l'apparence.

Jusqu'ici vous avez partagé mes pensées, vous m'avez prouvé par votre attention que j'entrais dans vos sentiments. Allons-nous nous séparer avant de terminer notre course? Pendant que je poursuis ma carrière, en vous rappelant les devoirs de la vie chrétienne, resterez-vous en arrière et refuserez-vous de franchir le pas décisif? Ne marcherez-vous pas avec M. de Civrac jusqu'au tribunal de la confession, jusqu'à la table mystérieuse où se distribue le pain des élus? Encore une fois, j'userai de toute la liberté de mon ministère : la mort n'est-elle pas devant vous pour me donner une nouvelle autorité, si j'en avais besoin? Vous, qui n'accomplissez qu'une partie de la loi, qui retranchez du code de l'Église les pages qui blessent votre orgueil ou troublent votre mollesse, pourquoi vous pressez-vous dans cette enceinte ? Pourquoi occupez-vous une place dans cette réunion? Vous venez, dites-vous, honorer la mémoire d'un homme qui mérita votre respect et votre attachement : pensez-vous que du sein de l'Eternel où nous aimons à croire qu'il repose , il agrée ces marques d'estime , et qu'elles puissent monter jusqu'à lui? Détrompezvous : ce que l'obéissance n'a point sanctifié ne s'élève jamais jusqu'au ciel. Vous serez éternellement séparés de lui, si le courage vous manque pour l'imiter.

Pénétré comme il l'était des principes de l'Evangile, M. le marquis de Civrac ne pouvait pas faire un mauvais usage des richesses que la Providence lui avait départies, dans des vues de miséricorde pour les membres souffrants de Jésus-Christ. Quand nous réunirions les bienfaits que la voix publique se plaît à proclamer, qui nous révélera les largesses dérobées à nos regards par son humilité? Bornons-nous à l'application des paroles que l'Esprit-Saint a mises dans la bouche du premier riche dont nos livres sacrés aient conservé le nom : Tous ceux qui m'ont connu me rendent témoignage, parce que j'ai délivré le pauvre qui m'adressait ses cris, et l'orphelin qui n'avait point d'appui sur la terre. Celui qui allait périr me comblait de bénédictions, et sa veuve délaissée trouvait en moi son consolateur (Job).

Mais ce n'est pas seulement le pauvre réduit à la dernière détresse qui répète les preuves multipliées de la bonté de son cœur.

Il était propriétaire d'une grande fortune, entièrement exploitée par ces métayers vendéens qui, malgré l'obscurité de leur condition, ont conquis une sorte de célébrité, à force de probité, de dévouement et de courage ; familles vraiment patriarcales au milieu des excès d'une civilisation corrompue; chrétiens inébranlables contre le bruit des blasphèmes qu'ils sont forcés d'entendre-, purs au sein des scandales qui les environnent et les affligent : joie de l'Eglise, gloire de la

religion, consolation des pasteurs, vivant pour Dieu? pour leur maître et pour le bien public.

M. de Civrac était trop juste et trop éclairé pour refuser à cette intéressante portion des habitants de notre pays une affection particulière qu'il prenait souvent plaisir à leur témoigner. Aussi comptaient-ils sur lui comme sur leur père. Demandez-leur s'ils ont jamais éprouvé la crainte d'être chassés de leurs modestes demeures par les offres ambitieuses d'un voisin-, s'ils n'ont pas élevé leur famille avec sécurité; s'ils n'ont pas joyeusement marié leurs enfants près des champs où ils étaient nés eux-mêmes, et où ils étaient assurés de mourir en paix, après les avoir fécondés de leurs dernières sueurs? Pourquoi ne répéterais-je pas ici les paroles si naïves et si vraies que j'ai recueillies avec attendrissement de la bouche d'un vieillard (*) qui a essuyé le feu de toutes les tribulations de la Vendée? Je lui portais douloureusement une nouvelle qu'il ignorait encore, et qui ne pouvait manquer de lui faire une profonde impression : Dieu peut nous donner, me répondit-il, les yeux baignés de larmes, un aussi bon maître : je l'espère, car je connais ses enfants; mais jamais nous n'en aurons un meilleur. Si vous rapprochez de ces mots, dont il ne m'est pas donné de rendre l'inimitable accent, la prière d'une mère de famille, qui s'écriait, penchée sur sa tombe,

(*) Le père Audouin, des Parenchères.

avec une abondance de larmes égale à sa reconnaissance : Ah! Seigneur, rendez-lui maintenant tout le bien qu'il nous a fait! Vous conviendrez que nous ne pouvions rien, faibles orateurs, pour la gloire des hommes que Dieu même fait louer par la bouche des pauvres qu'il appelle ses amis.

Ne pensez pas, Messieurs, que j'oppose à ce touchant tableau l'image repoussante des propriétaires à l'âme de bronze, qui spéculent sur les sueurs du travailleur et qui l'éloignent comme un ennemi du seuil de leurs habitations redoutées , à moins qu'il n'ait dérobé à la substance de ses enfants de quoi grossir des trésors inutiles, ou fournir aux prodigalités d'un luxe scandaleux. Accablés de la perte que nous avons faite, les souvenirs de la bonté peuvent seuls reposer nos âmes défaillantes.

Que n'était M. de Civrac pour sa propre famille, lui si charitable, si bienveillant pour des familles étrangères à ses liens naturels? Ah! je devrais sans doute respecter des douleurs extrêmes. Ma parole imprudente va peser sur des cœurs déjà trop sensibles au coup qui les a frappés; mais j'ai promis des exemples, et ceux d'un tel père ne sont-ils pas dignes d'être conservés? Cependant je ne m'arrêterai qu'un instant sur ces pensées qui, je le sens, feraient faiblir mes résolutions et tomber mon courage : que l'amour, la reconnaissance , l'union inaltérable qui ont fait, sous nos yeux, le bonheur de cette noble maison, suppléent h mes récits! Je

ne vous présenterai qu'une remarque, dans l'intérêt de la foi et à l'honneur de la piété. M. de Civrac savait que son titre de père lui imposait des devoirs rigoureux. Il n'hésita jamais à sacrifier ses plaisirs et son repos à leur accomplissement.

Il était le précepteur de ses fils, de ses filles, avant de les livrer à des mains dignes de continuer son ouvrage. Il ne se contentait pas de leur enseigner les éléments des sciences humaines; il leur ouvrait le sanctuaire de la religion : et c'est sans doute parce qu'ils ont appris d'une bouche si chère les principes de l'Evangile, qu'ils y demeurent si fidèles. Douce assurance qui a répandu sur ses derniers moments un baume consolateur, et qui les a sans doute rendus moins amers. Mais n'anticipons pas, et suivons encore quelques instants des leçons si utiles.

Les épreuves qui avaient affermi la jeunesse de M. de Civrac contre les dangers de son début dans le monde, devaient se renouveler encore pour purifier son âge mûr, et le préparer avant le temps au jugement redoutable de celui qui a trouvé des taches jusque dans les Anges. Nous ignorions alors vos desseins, ô mon Dieu, et nous nous étonnions qu'une carrière qui avait commencé par des orages, fût encore troublée par le bruit de la foudre.

À la première nouvelle de ces événements imprévus, qui sont tout entiers dans la main de Dieu, et qu'il verse quand il lui plaît sur la terre, pour

ébranler les états jusque dans leurs fondements, le chrétien, accoutumé à puiser ses pensées dans la foi, courbe son front devant la Providence et lui offre son sacrifice. Si la commotion générale s'étend jusqu'à lui, s'il est menacé d'en être la victime, il se courbe plus profondément et redouble ses adorations. Mais, sûr de sa conscience, il attend avec le calme et la juste indépendance de l'homme de courage, des arrêts qu'il sait devoir être soumis à une autre justice qu'à la justice humaine.

Tel fut M. le marquis de Civrac, d'abord séparé des siens par la crainte de compromettre leur repos, et bientôt soumis à une longue captivité. Tel il fut sur le banc des accusés, où s'assit avec lui le meilleur des amis de ma jeunesse. Retenu loin de sa patrie et de ses plus tendres affections par des devoirs que lui imposent ces affections elles-mêmes et que son courage remplira toujours, il unit ses prières aux nôtres et ses regrets à nos regrets. Tel il avait paru dans l'affreuse nuit qui ensanglanta les murs de la Chaperonnière. Ne vous effrayez pas, Messieurs, de m'entendre prononcer ce nom, quoiqu'il soit désormais inséparable de l'horreur d'une scène que je ne veux point raconter.

Loin de moi la pensée de réveiller la haine. Mon

ministère me commande de travailler à l'éteindre; et

je comprends toute la sainteté d'une si belle mission.

La vengeance n'appartient qu'à Dieu : lui seul a le

droit et la puissance de rendre à chacun selon ses œuvres. Faibles mortels, nous devons nous préparer à ses jugements : Prêtres, nous devons prêcher la miséricorde, puisqu'en l'obtenant pour nos frères, nous nous la préparons à nous-mêmes. Je ne viens donc point, coupable agitateur, déployer aux yeux enflammés des passions politiques le cadavre mutilé d'un homme qui ne put ni provoquer la mort, ni repousser ses traits. Je ne me propose, à travers tant de gémissements qui éclatent autour de moi, que d'adresser un soupir de condisciple, de camarade à la tombe de Cathelineau, trop tôt fermée sur ses vertus, que de rappeler la gloire de son nom, déjà recommandée par tant d'autres titres au cœur des Vendéens. Cependant une accusation irréfléchie , qui ne reposait que sur la présomption d'un dévouement sans bornes, il est vrai, mais qu'aucune loi humaine n'a le pouvoir d'atteindre au fond du cœur pour le traduire devant la justice des hommes, fut bientôt réduite en poussière. Le sang de Cathelineau, qui teignait encore les vêtements de MM. de Civrac et Moricet, termina, par un tableau plein d'émotions profondes, les débats d'une cour d'assises. La voix éloquente du défenseur, ses appels réitérés à l'homme qui avait lancé la balle meurtrière, et qui n'osa paraître pour tenter sa justification, saisirent et troublèrent les juges eux-mêmes, forcés de quitter leurs sièges pour reprendre l'impassibilité de leurs fonctions qu'ils avaient perdue.

J'entends encore retentir à mon oreille, flattée d'un bruit si agréable, les longs applaudissements qui suivirent la déclaration du jury. Je vois encore les larmes d'attendrissement et de joie que répandaient les yeux qui versent aujourd'hui des larmes si amères. Tout Orléans célébra cette délivrance; car le nom de Durfort est aussi pour cette ville un nom de respect et d'amour. Un frère, plus uni à son frère par la tendresse que par le sang, a depuis longtemps appris aux malheureux de cette contrée à le répéter et à le bénir. Un simple fermier, victime de sa généreuse hospitalité, devint l'objet d'un empressement général. Une ovation spontanée, dont il osait à peine se croire le héros, le dédommagea de ses chagrins et consola sa nombreuse famille, impatiente de le serrer dans ses bras.

Ce fut à la suite de cette absence involontaire que M. de Civrac reprit parmi nous sa vie de résignation et de bienfaisance. Nous accueillîmes son retour avec enthousiasme. Nous avions éprouvé tant de craintes, nous avions fait tant de vœux, pendant qu'il était loin de nous! Jamais il n'avait montré sa prédilection pour Beaupreau d'une manière plus forte. Il répétait sans cesse qu'il ne nous quitterait plus; et nous formions avec lui comme une alliance éternelle, nous qui désirons, comme lui, que nos cendres reposent dans la Vendée.

Mais des fêtes de famille qui ne pouvaient être

complètes sans lui, et des désirs tout puissants sur une âme telle que la sienne, qui goûtait si vivement les jouissances que donnent la confiance et l'intimité, ne lui permirent pas de tenir à sa résolution. « Encore un » voyage, dit-il, et je ne sortirai plus. » Hélas! nous ne devions plus le revoir! Si nous avons accompagné ses restes jusqu'à la tombe qu'il s'était choisie, si nous avons suivi les pas de l'un de ses fils dans ce douloureux trajet, en admirant son religieux courage, c'est qu'on a cru remplir le plus cher de ses vœux, en ramenant son cercueil aux lieux qu'il avait tant aimés.

Il fut enlevé bien promptement, et la mort ne lui aurait pas laissé le temps de se reconnaître , s'il n'avait prévu ses surprises avant de les éprouver.

Il venait de visiter la Chartreuse, sans songer peutêtre que l'attrait qui l'y retint pendant deux jours entiers, achevait de détacher son âme des liens de la terre, pour la rendre pure comme celle des solitaires qui habitent ces célèbres montagnes, où il admirait des vertus sublimes, où il recueillait de célestes accents. C'était la dernière grâce qu'il devait recevoir : la mort l'attendait au seuil de la solitude.

Pendant que les lueurs incertaines d'une espérance trompeuse jettent au cœur de tous les siens l'une de ces joies qu'on ne peut comprendre sans les avoir éprouvées, tout-à-coup il penche la tête, sa voix s'éteint, ses yeux se ferment; ils ne s'ouvriront plus qu'au grand jour de l'Eternité.

Il est mort! Et les habitants de Beaupreau, comme des orphelins aux funérailles de leur père, redemandent en vain le premier et le plus digne de leurs protecteurs. Il est mort! Ni la naissance, ni la fortune, ni l'estime générale, ni la piété, n'ont pu le soustraire à l'arrêt qui nous condamne tous au silence du tombeau. Il est mort! Mais son âme, dégagée des ombres de la vie, contemple dans un saint ravissement les splendeurs de la cité céleste. Nous avons cette confiance, ô mon Dieu! Et puisqu'il a marché devant vous comme votre prophète, dans la justice et dans la droiture de son cœur, nous croyons que vous lui avez fait miséricorde. (Malach.)

Si pourtant, Messieurs, il était retenu au lieu des expiations par quelques-unes de ces faiblesses qui échappent à notre propre examen, et que Dieu purifie par des flammes, que pouvons-nous faire qui lui soit plus utile que d'unir nos faibles prières aux mérites infinis de l'adorable victime qui va descendre sur l'autel?

Préparez-vous donc, prêtres et lévites, pour qui son cœur était rempli d'affection-, pasteur de Beaupreau, qui avez connu les plus secrets mouvements de son âme vraiment chrétienne, vous l'objet de sa confiance et de son amitié, ah! c'est de vous, surtout, qu'il attend des souvenirs dignes de votre ministère.

Habitants de cette ville, qu'il lui tardait tant de revoir, vous dont la douleur a été marquée par des

témoignages unanimes et sincères, priez pour lui, priez pour la noble compagne de sa vie, priez pour tous ceux qui lui étaient chers, afin que le ciel ne frappe pas d'autres coups.

Vous, Messieurs, ses admirateurs et ses amis, accourus de toutes parts pour lui donner ces dernières marques de vos sentiments, rendez-lui le seul service qu'il puisse attendre de votre dévouement : faites des vœux pour que les portes de la gloire lui soient ouvertes.

Métayers vendéens, qui l'avez porté sur vos bras à sa dernière demeure, qui nous avez attendris par votre recueillement et vos pleurs, pendant la marche de ce nombreux convoi, racontez ses vertus et ses œuvres à vos enfants, afin qu'ils apprennent à chérir sa mémoire, et qu'ils lèvent pour lui leurs mains innocentes vers le ciel.

Et vous enfin, pauvres de nos contrées, faudra-t-il vous presser d'acquitter les dettes de la reconnaissance? Oh! non, mes frères, vous avez déjà rempli vos obligations. Comme cette voix touchante dont j'ai rappelé les paroles, vous avez dit et vous répéterez chaque jour : « Ah! Seigneur, rendez-lui maintenant » tout le bien qu'il nous a fait! »

Ainsi soit-il!

ORAISON FUNÈBRE

DE MONSEIGNEUR

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