‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 1 sur 399 · COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN PROSE

Représrntée pour la première fois le 8 février 1816.

L*aigle d'une maison est an sot dan* une antre.

Gressit.

CJbtts pièce était en cinq actes lorsque je la fis jouer; je la présente au lecteur réduite en trois actes. Peutêtre «nrais^je éA. être encore plus sévère, et la réduire en un acte : die n'obtint qu'un très-»fiiiUe sucoès^ et elle ne méritait pas un meilleur sort. Cependant il y a je crois, dans le sujet, une. idée de cbmédie qui demande grâce pour la pièce.

Un passage du roman de Joseph AndrewH, de Fielding, m avait fourni le sujet des Ricochets ; un passage du même roman me fournit le sujet de la Double Repu tatkm.

Le vicaire Abraham Adams s'est arrêté da'ns une au berge. li demande à deux Toyageurt quel est le maître d'un cliftteani qu'il apevçcèt dans la campagne : l'un des deux fait le panégyrique le plus pompeux du maître du chAtean; Fautre peine le même personnage sous les cou lemns les plus odieuses. Le bon vicaire nsi si troublé de cette différence d'opinion sur le même homme, qu'il s'imagine qu'Hs sont deux. L'aubergiste éclaircit bientôt ses idées en lui apprenant que ce maître du chiteau, en sa quahté de juge^e-^paix, a fait perdre un procès à i'vn des deux Toyageurs, et en a bit gagner un à l'antre. On n*à point de peine à deviner que l'homme qui chantait les louanges du juge-de»paix n'était pas celui qm aTsit perdu son procès.

Avant de commencer la pièce , je me demandai s'il

fallait que mon homme méritât 565 deux réputations , ou 5'il fallait qu'il n'en méritât aucune des deux. L*un et Tautre parti me semblaient offrir des chances d*un véritable comique. Je me décidai pour le dernier parti , mais alors j'^us tort de vouloir faire cinq actes. Un homme qui ne mérite ni le bien ni le mal qifon dit de lui, est un homme sans caractère , sans physionomie, qui doit n*étre ni bon ni méchant ni sot , ni spirituel. Un tel personnage peut être comiqne dans une ou deux scènes; mais ensuite il £aut qu'il agisse, qu'il montre des qualités ou des défauts , et il perd nécessairement d^ son originalité.

Le rôle était excessivement difficile à faire ; car il ne peut être ni assez passionné pour intéresser, ni assez ridicule pour faire rire aux éclats. U y a quelque mérite à ne pas , l'avoir tout-»^-fait manqué. L action est romanesque ; l'amour d«s deux jeunes» gens n'inspire pas un intérêt suffisant. Le père est trop crédule ; l'hôtesse est plus étourdie qu'adroite; son mari est un bavard pré-tentieux ; il dit quelquefois de bonnes choses , assez bien exprimées, mais ce sont plutôt des discours sur }e sujet que le développement du sujet. Ces deux derniers rôles rentrent dans le domaine de Tancien théâtre : au lieu d'être , suivant les règles de la bonne et vraie comédie , la peinture d'originaux existants daos le monde, ce sont, comme les Daves et les autres valets de nos vieilles pièces, des- personnages de convention théâtrale dont on ne trouve le modèle nulle part.

Ce qui est bien , c'est l'arrivée des deux fermiers exprimant avec une franchise grossière , l'un la bonne opifiion

que son intérêt sadsiait lui inspire de M. de Boulanville, l'autre la mauTaise opinion que son intérêt trompé lui inspire de ce même Boulanville; c est le retour de ces deux hommes mis en' présence de Boulanville; cest le brusque changement de leur opinion et de leur langa^, changement encore opéré par un intérêt satisfait et paf un intérêt trompé. Cette idée dé dénoùment me parait assez ingénieuse. Mais lart s y hh trop sentir, donc ell6 n*est pas arrangée avec assez d'art.

J'aime le personnage de Boulaurille dans toute la première partie de son r61e. Cest là qu* il me semble assez bien représenter un de ces hommes si communs dans le monde y roulant leur vie , si je puis m'exprimer ainsi , sans vices , sans vertus , sans chagrins y sans jouissances.

Il m'est arrivé plusieurs fois de faire de mes pièces des espèces d*alIégories , de placer la^ scène dans les classes inférietires, en laissant au spectateur le sein d'ap» phquer Faction et le but moral -aux classes supérieures. C'est ce que j'ai exécuté assez heureusement dans les Marionnettes y beaucoup moins heureusement dans les Capitulations de conscience et ici. Faites un grand seigneur de mon petit propriétaire de province , faites de mes deux paysans deux hommes de la haute société : et vous aurez un tableau fidèle des exagérations auxquelles les hommes se livrent sur le compte de leurs semblables , quand ils sont aveuglés par l'intérêt , par la passion , par Tespritde parti.

Tai lu y je ne sais où, qu'Alexandre YI, entrant en vainqueur dans une petite ville d'Italie, aperçut quel-

lO

ques iiâbitaiits se kàtant d'abattn une potence oà l'os avait attaché un mannequin qui le représentait, et quet quea autres se hâtant de redresser une de ses statues ifu'on avait renversée; et que ce bon pape, se retouruaBt ymcfi son neren César fiorgia lui dit : feules mifiU^ yuàm le^ discrme/t mterpatibulum et statuam.

PERSONNAGES

fermiers.

DOBICOURii négodaiity ancien marin.

RAYMOND, officier.

M, DE BOULAIfVILLE, propriétaire.

DUHOUSSAYE,

BERTRAND

LÉONARD, aubergiste.

Madà«b LÉONARD, femaae de Léonard.

MiDAanK DE TERBOIS , wave et parente ^ M. de Bati«

karviHe.

HENRIETTE, fiilede M. Doneonr.

MARIANNE^ serrante de Léonard.

Lft a«ène est ches Léonard , dans on gros lK>urg , sur la route d*Orléans "k. Tours , i deux ou trois iieties d'Oi^ans.

M. DE BOULANVILLE.

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