‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 3)Chapitre 24 sur 64 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Effet de V enthousiasme de la tante pour son neveu.

Mademoiselle Victoire avait plusieurs pratiques dans une pension de demoiselles du faubourg Saint- Jacques. Cette pension était renommée pour la bonne éducation qu'on y donnait aux filles des riches bourgeois de Paris. Une jeune personne, nommée Louise, y était entrée dès l'âge de cinq ans. A quinze ans , sa belle-mère l'en avait retirée. Après quelques mois, elle

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y était revenue et elle n'en était plus sortie. Elle avait alors dix-sept ans. Des bruits assez singuliers avaient circulé sur sa seconde entrée dans cette pension. On disait tout bas qu'elle s'était enfuie de chez sa bellemère, et qu'elle avait supplié madame Dumont, la maîtresse de pension , de vouloir bien lui donner un asyle. Madame Dumont était une femme de mérite , jouissant de la meilleure réputation. Il y avait vingt ans que, restée veuve, sans fortune, avec deux filles en bas âge , elle avait imaginé de se faire maîtresse de pension , afin de pouvoir donner de l'éducation à ses propres enfants. Sa maison avait prospéré. Ses deux filles étaient bien mariées , et elle avait continué , par habitude et par désir d'être utile , ce qu'elle avait commencé par amour maternel. Cette digne femme avait pris en amitié la jeune Louise, et elle paraissait encore s'être plus attachée à elle depuis son retour dans la maison.

La tante de Guillaume , qui était fort discrète et fort réservée , n'avait jamais cherché à savoir si les bruits répandus sur mademoiselle Louise avaient quelque fondement; mais depuis ce retour, elle avait fait plusieurs petites remarques. D'abord mademoiselle Louise avait été triste , rêveuse ; elle avait mis une économie excessive dans sa parure, et les servantes de la maison avaient cru pouvoir se dispenser envers elle des égards qu'elles avaient pour les autres pensionnaires ; puis tout d'un coup cette conduite avait changé. Mademoiselle Louise, sans sortir de sa mélancolie, s'était permis un peu plus de dépense. On avait été fort étonné de la voir prendre le deuil. Elle avait de fréquents en-

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tretiens avec madame Dumont. Les servantes avaient repris avec elle des manières respectueuses et prévenantes. C'était à qui vanterait ses talents, sa douceur et sa beauté.

Un jour, mademoiselle Victoire, lui apportant une robe, la trouva dans sa chambre avec madame Dumont. Elles paraissaient occupées de graves réflexions, qu'elles suspendirent pour causer avec la tante de Guillaume. Celle-ci quittait son neveu; elle n'était jamais babillarde que lorsqu'il était question de ce cher neveu. Elle en fît un éloge si pompeux , que Louise et madame Dumont ne purent s'empêcher d'y faire attention. Elles sourirent, se regardèrent, et chacune d'elles retomba dans ses réflexions. La bonne Victoire avait mêlé à ses louanges sur Guillaume un grand éloge du procureur chez lequel il travaillait. Cet éloge n'avait pas échappé non plus à Louise et à madame Dumont. Le lendemain madame Dumont fit prier la tante de Guillaume de venir la voir.

« Ma chère demoiselle, lui dit -elle, j'ai à vous parte 1er d'un objet très - important. Asseyez - vous , et a écoutez -moi bien. » — « Me voilà prête à écouter, « madame», répondit la tante de Guillaume surprise, un peu inquiète , et s'asseyant avec timidité sur le bord d'un fauteuil. « J'ai bien pensé depuis hier, continua « madame Dumont, à tout le bien que vous m'avez « dit de M. Deschamps , le procureur dont votre neveu « est le second clerc. J'ai fait prendre et j'ai pris sur ce son étude et sur lui des renseignements qui m'ont « prouvé que vous n'avez pas outré la vérité , et Louise « et moi nous sommes décidées à lui accorder notre

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« confiance dans une affaire délicate d'où dépend le « sort de ma chère Louise. Aujourd'hui même je devais « consulter les plus habiles jurisconsultes. Mais nous « avons besoin sur - tout d'un procureur honnête ((. homme, et nous avons fait choix de M. Deschamps. (c Je compte sur sa probité ; je compte aussi sur le zèle c( que ne peut manquer d'inspirer à votre neveu une ce jeune personne bien malheureuse jusqu'ici, mais qui « a l'espoir d'un meilleur avenir. » — « Ah! madame, « s'écria mademoiselle Victoire, vous avez raison de « compter sur mon neveu. Quel bonheur ! quel bonce heur ! Je cours le chercher. » - — <( Un moment , re- « prit madame Dumont ; Louise ne veut voir ni votre « neveu, ni M. Deschamps, avant qu'ils soient instruits (c de sa situation. Elle éprouve de la répugnance à la ce leur apprendre de vive voix. Elle a écrit elle-même ce une espèce de mémoire à consulter qui renferme son ce histoire, pour le soumettre aux honnêtes gens dont ce elle réclame les conseils. Le voilà », ajouta- t-elle, en remettant un rouleau de papier à mademoiselle Victoire, ce Je vous le confie ; et si M. Deschamps veut ce être l'appui de ma pauvre orpheline, dès demain a nous ne nous conduirons plus que par ses avis. » La tante de Guillaume se leva, prit le rouleau de papier, se confondit en remercîments , dit encore plus de bien de son neveu qu'elle n'en avait dit la veille , fit aussi de nouveau l'éloge du procureur, promit à madame Dumont leur zèle, leurs conseils, leurs services, et l'assura que mademoiselle Louise ne pouvait remettre ses intérêts en de meilleures mains.

Elle courut à l'étude de son neveu. Elle effraya près-

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que Guillaume par son air d'empressement , d'importance et de préoccupation. Elle l'emmena chez elle ; et, comme elle était fort curieuse de connaître les aventures de mademoiselle Louise , elle pria Guillaume de lui lire le cahier que lui avait remis madame Dumont , et qui fait la matière du chapitre suivant.

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