CHAPITRE II
Retour de Guillaume. ■ — Correspondance entre Eugène et Guillaume , entre Eugène et sa mère.
Il y avait six semaines , m'assura Caroline , qu'elle hésitait à me faire l'aveu de son état. Pouvait-elle savoir si la nouvelle m'en serait agréable? Elle-même, en
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s'interrogeant , devait-elle se réjouir ou s'affliger? Elle voyait bien dans cette circonstance un motif de sécurité. Jusqu'ici c'était un penchant mutuel qui nous avait entraînés l'un vers l'autre; maintenant le devoir se joint à l'amour. En honnête homme, je ne peux abandonner la mère de mon enfant ; mais qui lui répondra que ma famille , une autre passion , d'autres devoirs ne parviendront pas à faire taire la voix de mon amour.
Il fallait que je fusse bien faible, et que ma faiblesse fût bien connue de Caroline; car, je n'en puis douter, elle conçut dès-lors les plus grandes espérances. Ces espérances étaient-elles si dénuées de fondement? Sa mère lui citait tant d'exemples ! Et combien ne voit-on pas en effet de bonnes gens entraînés par la passion ou par les circonstances à de sots mariages avec leurs maîtresses ? Et quels sont presque toujours les hommes qui font ces insignes folies? Des vieillards ou de trèsjeunes gens. Je suis loin de prétendre qu'aux autres époques de la vie on soit bien fort et bien maître de soi-même ; mais n'est-ce pas à ces deux âges que l'homme est le plus facile à se laisser dominer ? Quant à moi, je me promettais d'être bon père, et d'assurer .un sort à Caroline, mais j'étais loin de songer à en faire ma femme.
Ce fut donc par ménagement pour elle , et dans l'espoir de la rendre avec le temps tranquille et raisonnable , que je suspendis mon départ. J'écrivis à ma mère. J'avouais franchement mes torts. Je ne lui demandais que quelques mois encore de séjour à Paris pour réparer le temps perdu , m'occuper de quelques études , et me décider enfin sur le choix d'un état ; après