‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 4)Chapitre 228 sur 343 · SCÈNE X. 3n · texte numérisé non relu

SCÈNE X. 3n

DURMON T.

C'est fort bien raisonné. Après?

MALINVAL.

Il n'est pas riche , ce jeune Armand.

DURMOWT.

Non , vraiment.

MALIIVAL.

Mais il a tout ce qu'il faut pour le devenir.

DURIOIT.

Mais je le crois comme vous. Des mœurs, du sens, de l'esprit.

MALINVAL.

Bah ! des mœurs , de l'esprit ! c'est fort beau ! mais pour faire son chemin , cela ne suffit pas.

DURMONT.

Comment ?

MALINVAL.

Ah ! mon ami , si tout le monde avait nos principes , cela serait charmant! mais les vices!... la corruption !... l'immoralité !... Que vous dirai-je? il faut bien suivre l'exemple général, et c'est ce qui fait que vous et moi, et tous les honnêtes gens qui nous ressemblent, nous avons pris notre parti , et que nous sentons qu'un excès de scrupule serait fort déplacé dans un moment où si peu de gens s'en piquent.

DURMONT.

Que dites-vous?

MALINVAL.

Vous comprenez bien que tout cela est sujet à quelques modifications ; mais enfin qu'est-ce qu'il faut pour faire fortune aujourd'hui ? Acheter à bas prix pour vendre fort cher , placer au plus haut intérêt ; en un mot, faire des affaires, n'est-il pas vrai?

3ia LES VOISINS.

DURMONT.

Mais , en effet , c'est la route la plus commune.

MALINVAL.

Or , pour faire des affaires , qu'est-ce qu'il faut ? De l'activité, de l'intelligence et de la délicatesse... suivant le cours du jour.

DURMONT.

Mais où voulez-vous en venir?

MA.LINVAL.

A vous persuader que ce jeune Armand est abondamment pourvu de toutes ces qualités.

DURMONT.

Du reste, jeune homme parfaitement honnête. Bon ton , de l'esprit , bienfaisant , exact dans les affaires , faisant payer ses débiteurs.

DURMONT.

Allons donc ! je ne croirai jamais Un jeune

homme employé dans une maison de commerce se

mêlerait! Cependant que signifie ce changement

de nom ?

MALINVAL.

Un changement de nom ! Ah ! il a deux noms ? Précisément, je suis au fait.

DURMONT.

Plaît-il ?

MALINVAL.

Ne me trahissez pas! Sous cet autre nom, que je ne

connais pas , mais qu'il vous dira , il a un intérêt

dans une maison de jeu.

DURMONT.

Une maison de jeu ?

SCÈISE X. 3i3

MALINVAL.

Très-bien composée. Cela rapporte beaucoup,

Mais vous moquez-vous de moi?

MALINVAL.

Permettez donc , mon cher voisin , il me semble que , lorsque je dis une chose.... Je suis l'ami d'Armand, il est vrai; mais quelque intérêt que je lui porte, je ne

voudrais pas Et tenez, ne m'en croyez pas; ce

Montbrun qui va venir vous demande^ à dîner , et que nous attendons, le connaît très-particulièrement; ils ont fait je ne sais combien d'affaires ensemble : interrogez-le.

DURMONT.

Oui certainement je l'interrogerai ; mon dessein était déjà de prendre des renseignements sur ce jeune homme : mais si ce que vous me dites est vrai , vous m'aurez rendu un grand service. Ignorant ses principes et sa conduite , j'étais sur le point

MALINVAL.

De le congédier ! je m'applaudis d'avoir parlé à temps , pour empêcher une rupture qui eût été fatale à tous deux. Ah çà ! tout est conclu , si les informations

DURMONT.

Pas tout-à-fait encore. Pardon , il faut que je vous quitte.

MALINVAL.

Oh ! liberté , liberté tout entière. Je ne suis pas comme ce Lambert, qui ne sait pas quitter les gens; moi , je ne les cherche que pour leur rendre service à eux et aux autres ; et quand notre affaire est finie , adieu , je les rends à eux-mêmes.

3i4 LES VOISINS.

dormokt, a part.

Se pourrait-il que je me fusse trompé à ce point sur

ce jeune homme ? Je ne suis pas fâché que Montbrun

vienne dîner avec nous. Oh ! il n'a pas encore épousé

ma fille ! i^A Malinval.^) Sans adieu, mon cher voisin.

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